Les textiliens militent pour un retour à  l’exonération de la TVA sur intrants

Le nouveau bureau de l’Amith a mené des réunions avec le ministère de l’industrie
et celui du commerce extérieur et devrait rencontrer le ministre des finances.
Les quotas imposés à  la Chine disparaîtront dans deux mois. Il faudra améliorer
compétitivité et réactivité.

Apeine le gouvernement était-il nommé, et avant même son investiture officielle par le Parlement, le nouveau bureau de l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (Amith) entame son offensive. Conduite par Mohamed Tamer, président de l’association, une délégation de textiliens a tenu, fin octobre, des réunions avec le ministère de l’industrie et du commerce ainsi que celui du commerce extérieur. D’autres réunions sont prévues, notamment avec le département des finances.

L’Amith aura été la première association professionnelle à  prendre attache avec le nouvel Exécutif. Il s’agissait, selon le bureau de l’association, «de rencontres de prise de contact avec les nouveaux ministres afin de discuter du secteur et surtout de leur présenter la feuille de route de ce dernier». Mais, au-delà  de la présentation de son programme d’action, l’Amith est surtout préoccupée par certaines dispositions fiscales qui pourraient réduire la compétitivité du secteur sur les marchés internationaux.

Deux problèmes sont soulevés. Le premier porte sur la suspension depuis trois ans de l’exonération de la TVA pour l’importation des intrants. Le projet de Loi de finances 2008 maintient cette suspension, ce qui, aux yeux des industriels du textile, est une entrave importante pour les entreprises exportatrices. Celles-ci ont bénéficié, durant plusieurs années, de la possibilité d’acheter des matières premières en exonération de TVA (sur la présentation d’une facture pro forma délivrée par le fournisseur) à  charge pour elles de réexporter les produits fabriqués à  partir de ces intrants. Mais l’absence de mécanismes de contrôle a donné lieu à  des abus et dysfonctionnements qui ont fait perdre à  l’Etat, selon les estimations des impôts, quelque 1,1 milliard de DH/an. D’o๠la suspension de cette exonération. Une mesure excessive qui devrait être levée, selon le bureau de l’Amith, pour les entreprises transparentes. «La suspension ne devrait pas être généralisée, mais décidée au cas par cas selon les pratiques des entreprises», disent les professionnels.

Deuxième souci fiscal, et corollaire du premier : les délais de récupération de la TVA. Le délai légal est fixé à  quatre mois mais, dans la pratique, les entreprises peuvent attendre une année voire plus pour rentrer dans leurs fonds. Ce retard, de l’avis de l’Amith, pèse considérablement sur leur trésorerie, en particulier sur celle des PME.

L’Amith axe son plan d’action sur la réactivité des entreprises
Bref, l’amélioration du système de l’approvisionnement en exonération de la TVA et la réduction des délais de remboursement de cette taxe sont des mesures urgentes à  prendre pour ce secteur essentiellement exportateur.

Ses requêtes corporatistes sont-elles justifiées ? Dans l’absolu, leur effet est certes bénéfique pour les entreprises. Quant à  savoir si elles constituent un élément de compétitivité, le débat est autre. Quoi qu’il en soit, compétitivité et réactivité constituent l’axe central de la feuille de route du nouveau bureau de l’Amith et pour cause… Le secteur est à  deux mois de la suppression des derniers quotas sur les exportations chinoises de textile et habillement. Durant la période d’application des quotas, les exportations marocaines ont enregistré une hausse grâce au phénomène du fast fashion (mode de courte durée). Une situation qu’il faut aujourd’hui capitaliser, sachant que les donneurs d’ordre continueront à  fabriquer en Asie.

La réactivité permettra au secteur de s’approcher des plus grands marchés de consommation et de tirer profit des opportunités offertes par les accords de libre-échange, notamment avec les Etats-Unis et la Turquie. Pour ce dernier pays, les affaires semblent aller dans le bon sens. D’après les chiffres disponibles, les opérateurs nationaux ont importé en 2006 pour 1 milliard de DH de tissus turcs qui seront transformés et réexportés.

Mais, il importe de souligner que tout cela suppose une fluidité des opérations d’import et d’export. C’est pourquoi la logistique revêt une grande importance pour le bureau de l’Amith qui estime que «les délais et les coûts du cycle d’exploitation du secteur textile marocain demeurent peu compétitifs. Et, pour améliorer tout cela, d’importants efforts doivent être faits en matière de formation».

Italie, le deuxième marché intéressant de l’Europe
L’association prévoit également une redéfinition de la carte de la formation ainsi que la révision des programmes et des filières de formation pour adapter les profils aux besoins du marché. Il importe de souligner que l’Ecole supérieure des industries du textile et de l’habillement (l’ESITH), filiale de l’Amith, est aujourd’hui le premier établissement d’enseignement supérieur qui forme des ingénieurs en logistique internationale.

L’Amith entend, par ailleurs, capitaliser sur l’image d’un secteur maà®trisant le fast fashion et sur les niches jugées intéressantes (lingerie, jeans ou encore sportswear). Pour cela, elle compte mettre les bouchées doubles en matière de promotion. Le programme a été validé durant le dernier mandat par les pouvoirs publics qui ont d’ailleurs débloqué la première tranche du budget (20 MDH). Les marchés cibles sont l’Espagne et l’Italie. Ce dernier marché est considéré comme le deuxième débouché porteur de l’Union européenne. Le marché américain n’est pas oublié. En plus de la conquête de ces marchés cibles, le programme promotionnel vise aussi le renforcement sur des marchés comme la Grande-Bretagne, la France, les pays du Golfe et l’Allemagne. Plusieurs actions sont prévues, notamment des missions d’hommes d’affaires et la participation à  des salons.