Les professionnels du tourisme toujours dans l’expectative

• Très timide reprise pour tous, malgré les offres promotionnelles.
• Les destinations balnéaires sont de toute évidence les plus prisées par les touristes nationaux en cette période estivale.
• La demande annonce un regain de l’activité lors de la période de Aid Al Adha et au mois d’août.

Mesures de barrières, protocole sanitaire dans les normes internationales, dépistage massif du personnel…, les professionnels du secteur ont beaucoup investi pour assurer la reprise de l’activité dans les conditions édictées dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire. Après plus de trois mois d’arrêt d’activité, ce sont pour tous des investissements qui pèsent lourds. Mais pas le choix. L’application avec rigueur des mesures préventives est incontournable pour une reprise en toute sécurité.
Aujourd’hui, les hôteliers des établissements ouverts en zone 1 surveillent de près les systèmes de réservation. Sauf pour quelques exceptions, la reprise est véritablement lente en dépit des promotions alléchantes destinées au touriste marocain. Du Nord au Sud dans les territoires déconfinés de la zone 1, les taux d’occupation sont entre 10 à près de 50%, suivant les établissements. Mais les réservations d’une manière générale, selon les gérants d’établissements, tombent au compte-gouttes. Au nord, dans la localité de M’diq, les hôtels à petite capacité, aujourd’hui encore plus réduite de 50%, font toutefois le plein. «La demande est importante mais dans les conditions sanitaires actuelles nous sommes obligés de limiter notre clientèle», indique Samira Ktiri, directrice générale d’un hôtel de la place. Du côté de Saïdia et à Al Hoceima, les établissements enregistrent encore un faible taux d’occupation qui avoisine les 15%, alors que l’an dernier à la même période ces destinations faisaient le plein. «Mais la situation devrait nettement s’améliorer lors de la période de l’Aid Al Adha et en août», assure Rachid Dahmaz, propriétaire d’un complexe touristique à Saïdia. A Agadir, ce sont surtout les établissements de Taghazout qui drainent le plus de touristes en ce moment. Une clientèle en grande partie qui ne vient pas de très loin. Beaucoup de Gadiris ont choisi en effet de séjourner dans les structures en front de mer à la sortie du confinement. En week-end, les touristes en provenance d’autres villes se manifestent plus nombreux. Ici aussi, comme au cœur de la station balnéaire d’Agadir, les hôtels commencent à enregistrer des réservations pour la période de la fête et le mois d’août mais les compteurs tournent au ralenti. Le locatif continue à séduire beaucoup plus le touriste national. A Fès, les professionnels ont travaillé à la relance de l’activité mais dans le contexte des grandes chaleurs, les hôteliers ne s’attendent pas à drainer des vacanciers. Un grand nombre de structures n’ont pas ouvert leurs portes, indique Abdelhadi Mernissi, président de l’Association régionale des propriétaires d’hôtels. La destination a visiblement encore quelques mois à attendre avant que sa haute saison d’activité ne commence.
Cette très timide reprise de l’activité à travers le Royaume pourrait-elle s’améliorer après les campagnes de communication régionales au programme ? Beaucoup de professionnels restent sceptiques à ce sujet et ne comptent que sur leur propre démarche marketing.
Pour rappel l’ONMT a lancé un appel à manifestation d’intérêt (AMI) ayant pour objet le lancement de campagnes de communication conjointes entre l’Office et les Conseils régionaux du tourisme. Il s’agit notamment de «faire découvrir l’étendue de l’offre du tourisme domestique et améliorer la distribution des offres promotionnelles. Mettre en avant les offres tarifaires adaptées aux attentes et au pouvoir d’achat des différents segments des citoyens marocains», est-il indiqué dans l’Ami. Pour cette opération, l’ONMT devra débloquer un budget pour les CRT, allant de 500000 à 1,5 million de DH pour le financement de leurs campagnes promotionnelles via les médias (journaux, web, radios…). 90% de ce budget devra servir à l’achat des espaces médias, le reste est destiné à la conception et la production.
Rachid Dahmaz, sous sa casquette de président du CRT d’Agadir Souss Massa, est convaincu de la portée d’une telle opération, même si ses retombées ne se feront pas sentir dès cette saison. De son côté, Mounir Benkirane, directeur d’hôtel à Tanger, comme l’hôtelière Samira Ktiri, considèrent qu’un investissement dans des chèques-vacances aurait plus d’effet immédiat dans le contexte actuel.
Un véritable plan de relance reste cependant le moyen attendu par tous pour sauver le tourisme. Le secteur ne pourra reprendre ses forces sans l’appui des pouvoirs publics. De plus, le tourisme interne, sur lequel mise l’activité, a besoin d’une stratégie sectorielle accompagnée de gros investissements publics pour se développer.
Le secteur le mérite. Il représente près d’un million d’emplois et près de 7% du PIB national. Sur ce plan, la moyenne mondiale est établie à 9,10%. En terme d’arrivées et de recettes, le Maroc peine en effet à rivaliser ses concurrents (Espagne, Egypte, Grèce, Portugal).
Aujourd’hui, les professionnels sont dans l’expectative. Ils attendent la mise en œuvre du plan anti-crise qui sera à même d’assurer la relance de ce secteur vital de l’économie. D’ici-là, résister encore et encore par tous les moyens est ce qui reste pour maintenir l’activité après des mois difficiles.