Les produits d’herboristerie et de « s’hour » marocains s’exportent bien

240 tonnes de sarghina, 1 200 tonnes de tighuist, 40 tonnes de fassoukh… Les pays du Golfe sont les premiers clients notamment l’Arabie Saoudite, la Jordanie, l’Egypte. Certains produits sont également utilisés dans la cosmétique traditionnelle.

Le business du charlatanisme rapporte gros. On le savait depuis longtemps. Mais ce que l’on sait le moins, c’est que les ingrédients servant à la préparation de grigris ont beaucoup de succès dans plusieurs pays, notamment arabes, qui raffolent des recettes marocaines. Aussi, des opérateurs, exportateurs d’épices en particulier, expédient régulièrement vers l’étranger des centaines de tonnes de produits composés essentiellement de plantes sauvages et de minéraux. «Quand on achemine notre cargaison vers le port de Casablanca pour l’exporter, les agents de la douane ne contrôlent même pas la marchandise et nous font signe, non sans dédain, de vite charger les sachets tellement ceux-ci sont d’apparence et d’odeur peu commodes, mais ils ne savent pas qu’ils valent leur pesant d’or», confie un exportateur de ces produits. Le produit le plus demandé est visiblement la racine de sarghine (sarghina en arabe), une plante sauvage très connue des herboristes traditionnels et utilisée dans nombre de foyers marocains. On exporte 240 tonnes par an de cette espèce, utilisée sous forme d’encens et qui aurait la vertu d’éloigner le mauvais œil ou encore celle de procurer du succès aux jeunes femmes qui s’apprêtent à se marier. Selon ses exportateurs, ce produit est commercialisé entre 60 et 70 DH le kilogramme. Cela fait une recette de près de 15,6 MDH. Evidemment, la valeur déclarée en douane est minimisée, selon un professionnel, «pour réduire les droits de douane payés par les clients importateurs».

Le port de Dubaï est la porte d’entrée du Moyen-Orient

Autre produit très demandé à l’étranger : la racine de saponaire, connue sous le nom de tighuist. C’est un produit qui était très utilisé, il y a quelques années, par les Marocains comme détergent pour le gros linge, notamment les tapis. Cet usage n’est plus de mise aujourd’hui. La plante sert par contre comme substitut à la racine de sarghine pour le rituel consistant à brûler de l’encens pour les mêmes motifs. On estime le volume des exportations de ce produit à «1 200 tonnes au prix réel de 25 DH, soit une recette totale de 30 MDH», toujours selon les exportateurs. Une partie de ces ventes est exportée aux Pays-Bas où des industriels ont développé, à partir de cette plante sauvage, un détergent et un savon bio.
Quant au fameux fassoukh, une sorte de résine très connue chez les Marocains, mélange de plantes et substances minérales ainsi que de composés organiques (poils d’animaux notamment) et fortement utilisée (malheureusement) dans tous les milieux socioprofessionnels, on en vend chaque année quelque 40 tonnes à un prix fort allant de 70 à 100 DH le kg, soit un total d’une moyenne de 3,6 MDH. Ce produit est réputé, selon les explications d’un exportateur de cet article, «pour avoir des vertus contre les effets de la sorcellerie».

Au Caire, un marché spécialisé dans les produits marocains

D’autres produits dont le nom ne peut-être traduit en français, connaissent du succès à l’étranger. C’est le cas d’une recette dite gossat cheikh, qui est un mélange d’ingrédients dont des plantes, des pierres minérales et de l’argile. Le sachet d’un kilo se vend à 60 DH. Et l’on en exporte de 20 à 30 tonnes par an, soit un total de près de 1,5 MDH.
Les mêmes opérateurs exportent également des produits qui ne sont pas forcément destinés à la sorcellerie mais plutôt à des utilisations cosmétiques. Il en est ainsi de «lehdida lhamra» qui est diluée dans de l’eau pour servir de teinte pour les cheveux. Quelque trois tonnes sont expédiées chaque année vers l’étranger au prix fort de 300 DH le kg.
Selon les professionnels habitués de cette filière, la grande partie des expéditions transite par le port de Dubaï avant d’être acheminée dans les pays limitrophes, Arabie Saoudite et Jordanie principalement. La Tunisie, l’Algérie et la Libye sont également de gros clients de ces produits. Et bien évidemment, l’Egypte est aussi comme un grand consommateur au point qu’un marché dit «Souk El Aachab» (herboriste) en plein centre du Caire, très réputé dans la capitale égyptienne, offre exclusivement ces produits et ces recettes venus du Maroc.
Voilà une activité que les responsables du ministère du commerce extérieur qui s’emploient à développer les potentialités compétitives des secteurs économiques nationaux ignoraient complètement. Une niche intéressante en tout cas mais certainement difficile à structurer.