Les producteurs avicoles mieux armés contre la canicule cette année

Ils sont pratiquement tous équipés de systèmes de refroidissement.
La production annuelle sera au moins égale à  celle des deux dernières années qui était de 440 000 tonnes.
Depuis mai, le prix du poulet au départ des fermes a grimpé jusqu’à  atteindre 15,50 DH le kilo.

Si le retour du soleil et des fortes chaleurs font le bonheur des estivants qui ont dû se contenter d’un ciel gris durant tout le mois de juin, la hausse des températures, elle, inquiète une toute autre cible : les producteurs de volaille. L’on s’en rappelle, la canicule de l’été 2009 avait induit des pertes dans les fermes d’élevage variant entre 10 et 15% selon les régions durant les mois de juillet et août. A la mi-juillet de cette année, il n’y a pas eu de pertes à déplorer pour le moment et, plus important, si casse il y a, elle sera très limitée. Selon la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (Fisa), les élevages ont été plus vigilants. Après analyse des événements de l’année dernière, il s’avère que les pertes enregistrées en 2009 étaient surtout dues à l’effet de surprise et au manque de réactivité, et non pas à l’absence de systèmes de refroidissement des bâtiments d’élevage. A cela s’ajoute le fait qu’au cours de l’été dernier, des délestages de courant électrique ont eu lieu en milieu rural et la plupart des fermes qui avaient eu des pannes d’électricité n’avaient pas de groupes électrogènes. D’ailleurs, explique un responsable à la Fisa, «les exploitants ont tout intérêt à se doter de tels systèmes de protection parce que non seulement ils réduisent considérablement la mortalité, mais leur permettent de relever considérablement leur productivité». Il faut en effet rappeler que les dispositions légales autorisent une densité maximale de 12 poulets au mètre carré si la ferme n’est pas dotée d’un système de refroidissement alors qu’elle peut se permettre d’en élever pour la même superficie, si elle est correctement équipée.

La température ne doit pas dépasser 38° dans une exploitation

Sur ce volet, il faut souligner qu’il existe différentes technologies. Par exemple, Abderrahman Riadi, un exploitant établi à Témara (région de Rabat) a équipé ses fermes des deux systèmes de protection et de refroidissement les plus indiqués en la matière : le pad cooling (refroidissement) et la brumisation. Il explique que la différence entre les deux est au niveau de la performance. «Le pad cooling permet de gagner plus de 20 degrés en peu de temps alors que la brumisation, elle, ne réduit les températures d’une exploitation que de quelques degrés», précise-t-il.
Selon les techniciens de la Fisa, la température au sein des hangars d’élevage ne doit pas dépasser 38°. Au-delà, l’alerte doit être déclenchée, car les animaux seront exposés à des complications  qui diffèrent selon que l’élevage dispose d’une bonne étanchéité et que la volaille a été bien nourrie et soignée.
Selon M. Riadi, le coût d’une installation de système de pad cooling est de 120 000 DH pour une exploitation de 1 200 m2 (entre 12 000 et 15 000 volailles) et pour la même superficie, le coût d’un équipement de brumisation ne dépasse pas 25 000 DH.

Les éleveurs informés sur les cours moyens du poulet par un système de messagerie

Tout le coût des investissements n’est pas supporté par les exploitants. Le contrat programme 2008-2013 signé avec l’Etat leur fait bénéficier de conditions particulières auprès du Crédit agricole. Par exemple, le crédit d’investissement est facturé à un taux de 6% dont la moitié prise en charge par le ministère de l’agriculture. De manière générale, le secteur a réussi aujourd’hui sa mise à niveau. Sur 6 615 exploitations recensées au Maroc, 5 092 ont aujourd’hui un agrément légal. Ce qui veut dire qu’elles respectent strictement les normes fixées par la loi et les différents arrêtés du ministère de l’agriculture et de la pêche maritime.
En définitive, tout ce dispositif a permis au secteur de monter en régime. En juin, la production de poulet de chair a atteint 33 100 tonnes, soit 9% de plus que pour le même mois de 2009. La production moyenne mensuelle tourne autour de 33 000 tonnes. Pour toute l’année, le total devrait au moins être équivalent aux réalisations des deux précédentes années qui se situaient à 440 000 tonnes, contre     370 000 en 2007 et seulement 200 000 en 2000. Et pour ce début de la période estivale, les aviculteurs ne peuvent être que satisfaits parce que la demande est plus élevée que d’habitude compte tenu du fait que certaines cérémonies familiales comme les mariages sont avancées en raison du Ramadan, dont une très grande partie coïncide avec août. Depuis mai, les prix sont donc repartis à la hausse. De 9,90 DH jusqu’à fin avril, le kilo du poulet vif (ajouter 3 à 4 DH pour le prix au détail), au départ de la ferme, à Casablanca, est monté à 11,50 DH en juin et 15,50 DH depuis le 4 juillet. D’ailleurs, pour prémunir les éleveurs contre les pratiques malsaines de certains intermédiaires, la Fisa a créé récemment un service de messagerie qui informe les éleveurs sur l’évolution des cours moyens.