Les prix grimpent, les ménages trinquent

Café, sucre, confiture, lait, eaux minérales, levure…, les produits alimentaires de grande consommation sont les plus
touchés.
Les factures d’eau, d’électricité et de carburant
se sont gonflées.
Le transport enregistre la plus forte hausse : + 10,7%.

L’année 2006 aura été une année chère pour les ménages. Les prévisions de la Loi de finances qui établissaient le taux d’inflation à 1 % ne sont plus d’actualité. Avec 2,9% de croissance à fin juillet, l’indice du coût de la vie franchira sans doute la barre des 3 % avant décembre prochain en raison de la fièvre qui s’est emparée des prix des différents produits tout au long de l’année et qui a gagné, ces derniers jours, des produits sensibles, en l’occurrence le sucre et les carburants.

Et la spirale ne semble pas près de s’arrêter. Les prévisions demeurent difficiles en raison des perturbations et variations en dents-de-scie qu’enregistrent les cours internationaux des différentes matières premières. Il y a quelques semaines, un tour d’horizon effectué auprès d’opérateurs nationaux (cf. La Vie éco du 30 juin 2006) avait révélé que les opérateurs nationaux s’adaptent lorsqu’ils le peuvent et, lorsque la tendance au renchérissement persiste, répercutent les hausses sur les prix de vente. Une tendance annoncée, début août, par les statistiques relatives à l’indice du coût de la vie (lCV) arrêtées à fin juillet. Les prix grignotent des centimes par-ci et des dirhams par-là.

Cette frénésie des prix, plus prononcée dans les grandes villes comme Casablanca (+3,1%), Agadir (+3,4%), Marrakech (+3,1%) et Fès (+3,5%), n’a épargné aucune catégorie de produits. En tête de liste, l’on retrouve les produits alimentaires, dont l’indice a fait un bond de 3,3%, en l’espace d’un an. Un tour chez l’épicier nous renseigne, à titre indicatif, sur les produits touchés. Pêle-mêle, on peut citer le lait (+0,10 DH/litre), la confiture (jusqu’à 1 DH), le café (0,50 à 0,80 DH), la levure (+1 DH/kg), le sucre granulé (+ 0,50 DH/kg), les légumineuses en vrac (jusqu’à 4 DH /kg), les boissons minérales et gazeuses (+ 0,50 DH). A cette liste on peut aussi ajouter par exemple le produit Cérélac, préparation pour nourrissons dont la consommation est assez largement répandue dans les couches moyennes et pauvres, dont le paquet de 400 g a subi une hausse de 1,50 DH. Avec le Ramadan, traditionnelle période de frénésie alimentaire, d’autres produits devraient être touchés : fruits, légumes, viandes blanches…
Autre augmentation plus spectaculaire, celle concernant l’eau et l’électricité, dont les factures ont été plus élevées que d’habitude. Ainsi, pour l’eau et l’assainissement liquide, le gouvernement avait décidé de rétrécir les tranches de consommation en ramenant, en mars 2006, la première tranche, dite sociale, de 8 à 6 m3 seulement. Résultat de cette mesure : les 2 mètres cubes restants passent dans la tranche supérieure où le mètre cube est vendu beaucoup plus cher. En somme, une augmentation déguisée.

L’inflation devrait atteindre son niveau d’il y a 4 ans
Le même schéma est valable pour l’électricité, dont les prix ont pris 7 % de plus à partir de juillet 2006. Une augmentation qui a pesé sur le moral des ménages, dont certains ont bruyamment manifesté leur désapprobation dans les agences au moment du règlement de leur facture. Le gouvernement explique de son côté ces décisions par les programmes de restructuration et d’investissement dans lesquels sont engagés l’ONE et l’Onep. «Ne pas augmenter ces prix reviendrait à continuer à subventionner ces entreprises à travers le budget de l’Etat», soutient Rachid Talbi Alami, ministre des affaires générales et économiques, dont le département a par ailleurs autorisé, fin août, une autre augmentation de 35 centimes du prix du kilo de sucre (lire entretien en page 18).

Quelques jours après, M. Talbi Alami, au nom de l’équipe Jettou, donnera son feu vert pour une révision à la hausse des prix des produits pétroliers, la deuxième en l’espace de sept mois, la première étant intervenue le 9 février dernier. Elle avait concerné tous les carburants dont les prix ont pris 16 centimes pour l’essence super, 0,50 DH pour le pétrole lampant et le gasoil, 1,14 DH pour le gasoil 350 et 4,26 DH pour le fuel. Le mécontentement chez les automobilistes est général et devrait se maintenir aussi chez les usagers des moyens de transport en commun qui doivent faire face à une augmentation des prix quasi-générale. Une rubrique (transport et communication) dont l’indice a pris 10,6%. En effet, les sociétés de transport ont en moyenne révisé de 10 % les prix de leurs tickets. Les conducteurs de taxis, après plusieurs mois de pression sur les autorités, ont eu gain de cause début 2006. Le tarif départ à Casablanca est passé de 1,40 à 1,70 DH pour un prix minimal de la course de 7 DH au lieu de 5 auparavant et une «chute» de 20 centimes tous les 80 mètres au lieu de 100 mètres. Quant à l’ONCF, il a décidé la première semaine d’août, à la veille des départs en vacances, une augmentation de ses tarifs sur les axes les plus fréquentés.

Après plusieurs années où elle avait fonctionné avec un taux d’inflation réduit, l’économie marocaine devrait retrouver le niveau d’inflation plus élevé enregistré il y a quatre ans. Une situation qui, comme le soutient l’économiste Larabi Jaïdi, n’est pas nuisible en elle-même. «Ce taux d’inflation traduirait aussi un bon comportement de notre économie. Avec un taux inférieur à celui de la croissance (7,3%), l’inflation pourrait aussi être créatrice de richesses». Mais en attendant le budget des ménages, lui, est mis à rude épreuve.

Focus
Carburants : l’indexation n’est pas à  l’ordre du jour

La facture pétrolière est en tête des préoccupations de l’équipe Jettou. Pour les six premiers mois, elle a augmenté de 4 milliards de DH. De leur côté, les compagnies de distribution sont confrontées, de l’avis même du ministre des affaires générales et économiques, à de graves problèmes de trésorerie même si la Caisse de compensation a apuré les arriérés de 2005 et traite les encours de 2006. «Mais à la fin de l’exercice nous allons nous retrouver avec de nouveaux arriérés en raison du maintien des prix à des niveaux élevés. La deuxième augmentation des prix des produits pétroliers intervenue le 2 septembre ne permettra de réduire que partiellement le poids de la compensation en l’allégeant de 2,1 milliards de DH seulement», soutient le ministre.
Aujourd’hui, le retour à l’indexation n’a pas été définitivement décidé, mais même son application ne résoudrait pas totalement le problème