«Les prix des sacs en papier vont baisser à terme»

Après une période de pénurie, le marché des sacs en papier sera correctement alimenté à partir du 4e trimestre. Les opérateurs investissent au vu des opportunités qu’offre l’interdiction des sacs en plastique. Les prix du papier resteront toujours plus élevés que ceux du plastique mais sont appelés à baisser grâce à une meilleure productivité.

Mounir El Bari DG de Gharb Papier et Carton - GPC
Mounir El Bari
DG de Gharb Papier et Carton – GPC

Comment se comportait le marché du papier avant l’adoption de la loi interdisant les sacs en plastique ?

Durant les années 1990, le secteur du papier comptait un segment intéressant dédié aux sacs en papier. Il a disparu quand le sac en plastique en général et le noir en particulier a vu le jour. Ce dernier répondait aux attentes des consommateurs marocains : le prix était imbattable et la couleur noire épouse parfaitement la culture marocaine de la discrétion des achats.

Actuellement, le marché du papier (sacs et emballage) est composé de plusieurs grands opérateurs : CMCP-International Paper qui est l’acteur historique ; GPC, filiale d’Ynna Holding ; Med Paper du Groupe Sefrioui ; et SIPAT du Groupe Kendouci,

Nous produisons aujourd’hui près de 150 000 tonnes incluant le papier ondulé, le papier emballage et le papier sacs. Par ailleurs, et pour combler le besoin grandissant du marché, les transformateurs importent des produits finis tel que le sac en papier.

Et depuis l’adoption de la loi ?

Après l’application de la loi 77/15 interdisant définitivement les sacs en plastique  au Maroc, le marché a connu un cafouillage puisque les produits de substitution en papier, carton, tissu et autres produits tissés et non tissés, n’étaient pas disponibles et donc la demande était plus importante que l’offre. En effet, plusieurs professionnels du secteur attendaient l’application effective de la loi pour investir et pour s’approvisionner ! Et ce, malgré l’insistance de la fédération et du ministère de tutelle qui confirmaient le caractère irréversible de cette loi.

En outre, l’application de cette dernière a coïncidé avec le démarrage de la saison estivale durant laquelle la consommation des ménages et des touristes a naturellement augmenté.

En ce qui concerne GPC, nous avons pris les devants en décidant dès 2010 d’investir dans une nouvelle unité de production. Celle-ci a été mise en marche en juin dernier pour produire du papier ondulé, du papier emballage et du papier pour sacs. D’une capacité de 50000 à 60000 t /an selon le grammage, cette unité accompagnera le projet d’éradication des sacs en plastique au Maroc. En deux mois seulement (juillet et août 2016), la quantité de papier pour sacs vendue par GPC sur le marché a crû de près de 40% !

Quelles sont les perspectives du secteur à la lumière de ce changement ?

L’application de la loi relative à l’interdiction des sacs en plastique est une opportunité pour le secteur du papier qui connaîtra un bel essor. Le chiffre d’affaires du papier est donc amené à augmenter selon la loi de l’offre et la demande.

Notons que le Maroc était le 2e grand consommateur de sacs en plastique à l’échelle mondiale et les chiffres annoncés par le ministère de l’industrie sont de près de 25 milliards de sacs par an ! Il y avait beaucoup d’abus et le consommateur marocain utilisait abondamment et à tort les sacs en plastique. Avec le ministère de tutelle, nous avons estimé que seulement le tiers était nécessaire aux différents commerces, soit 8 milliards de sacs. Ces 8 milliards de sacs donnent à peu près 120 000 tonnes de papier.

Pour GPC et jusqu’à 2015, le segment papier représentait 7% du chiffre d’affaires ; ce taux est amené à atteindre les 20% à l’horizon 2018. Les 80% restants proviendront du carton ondulé : caisses américaines et plateaux agricoles.

Est-ce que la capacité de production actuelle du secteur est suffisante pour répondre à la demande ?

La plupart des acteurs du secteur ont investi dans la fabrication du papier, la fabrication des sacs qui n’est que la transformation du papier mais aussi l’importation du produit fini pour combler le déficit. Certes, au démarrage de la loi il y avait pénurie de sacs en papier dans plusieurs villes du Royaume mais nous nous attendons à une stabilité dès le 4e trimestre de l’année. D’autant plus que d’autres secteurs profitent de cette opportunité comme par exemple les sacs en polypropylène tissé et non tissé.

Devrait-on s’attendre à de nouveaux investissements entrants dans le secteur ?

Plusieurs acteurs ont nouvellement investi dans la transformation du papier en sacs en papier mais il ne faut pas oublier qu’il y a des acteurs qui ont juste débâché et entretenu leurs machines qui produisaient déjà des sacs en papier au début des années 90. Plusieurs machines sont commandées mais leur délai de réception est compris entre 3 et 7 mois.

Qu’est-ce que GPC a prévu pour s’adapter ?

Nous sommes en phase de réflexion pour savoir si nous devons investir dans la transformation ou rester concentrés sur notre métier de base, à savoir la fabrication du papier recyclé. Pour le moment, nous restons à l’écoute du marché et installerons des machines de transformation du papier en carton si l’offre reste plus faible que la demande et que le marché nécessite cet investissement.

n Est-ce que les produits sur le marché répondent aux exigences de qualité ?

Bien sûr, les produits proposés par tous les acteurs du secteur sont des emballages adaptés et répondent aux normes requises.

Qu’en est-il de leurs prix ?

GPC vend actuellement le papier destiné au sac à un prix compris entre 5 et 8 DH HT / kg en fonction de la qualité et du grammage proposé. Le prix du sac en papier restera toujours plus cher que le sac en plastique, et ce, à cause de la structure du prix.

Aujourd’hui, notre secteur ne s’est vu proposer aucun accompagnement ni subvention pour répondre à l’application de la loi 77/15. Nous devons donc développer davantage la filière de ramassage et de collecte des vieux papiers et cartons afin de bénéficier de l’économie d’échelle et baisser in fine le prix des sacs en papier.