Les prévisions de croissance pour 2011 revues à  la hausse

Le taux de croissance sera proche de 5% au lieu des 4,5% prévus en début d’année. Agriculture, industrie, mines, BTP et télécoms affichent tous de bonnes progressions. La consommation des ménages dopée par les effets du dialogue social.

Malgré la persistance des perturbations politiques qui affectent le monde arabe, le taux de croissance de l’économie marocaine devrait atteindre voire dépasser la barre psychologique des 5% en 2011. Bank Al-Maghrib, lors de son Conseil d’administration du 14 juin 2011, avait relevé sa fourchette de prévisions du taux de croissance d’un demi-point. La Banque centrale estime ainsi que le PIB progresserait dans une fourchette comprise entre 4,5% et 5,5% au lieu des 4% à 5% prévus précédemment. Le Haut commissariat au plan (HCP), dans le cadre de son budget exploratoire pour 2012, a lui aussi revu à la hausse sa prévision de croissance pour 2011 qu’il avait établie au début de l’année. Il estime désormais (il s’agit d’une estimation et non plus d’une prévision) la progression du PIB en 2011 à 4,8% au lieu de 4,6%.
Les raisons de ces réévaluations à la hausse du niveau de croissance tiennent, principalement, aux réalisations de la campagne agricole (80 millions de quintaux de céréales), au redressement du BTP et de certaines branches de l’industrie et des mines et aux effets du dialogue social qui ont dopé la consommation.

Le tourisme, seule ombre au tableau ?

Sur le terrain, le patronat confirme cette dynamique. Mohamed Horani, président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), déclare à La Vie éco qu’en effet «la majorité des secteurs se portent bien». M. Horani avoue ne pas disposer encore de statistiques pour étayer son propos, mais son appréciation, il la tient, dit-il, des échos qu’il reçoit des chefs d’entreprise. Le patron des patrons admet toutefois que dans ce climat général porteur, deux secteurs restent à la traîne. Le premier, c’est le tourisme : «Ce secteur, comme chacun sait, pâtit de la situation conjoncturelle de la région -printemps arabe- mais aussi du pays», allusion à l’attentat de Marrakech. Le second, ce sont les industries mécanique, métallurgique et électrique (IMME). «Mais là, précise-t-il, rien à voir avec la conjoncture, c’est un problème de compétitivité, donc un problème structurel».
Plus qu’une appréciation fondée sur le ressenti de chacun, la hausse de l’activité est confirmée par les chiffres : la croissance du PIB au premier trimestre de cette année, selon les données de la comptabilité nationale, a atteint 4,7% en comparaison avec la même période en 2011 ; un niveau bien supérieur à celui enregistré entre le premier trimestre 2010 et celui de 2009, soit 4%. Et cette dynamique devrait se poursuivre au deuxième trimestre avec une prévision de croissance de 4,5%.
Qu’est-ce qui est à l’origine de cette croissance ? En termes d’offres, et outre la bonne campagne agricole, il faut signaler principalement la poursuite du dynamisme du secteur minier, la relance du BTP, en mauvaise posture depuis la fin de 2008, et, Mohamed Horani le confirme, certaines branches des industries de transformation. La production de l’OCP, principale activité du secteur minier, a en effet progressé de 42,6% pour ce qui est des engrais et de 19,5% pour l’acide phosphorique, au premier trimestre de cette année. Cette hausse de la production est évidemment en lien avec à la fois la hausse de la demande mondiale et le maintien du niveau des cours des phosphates et dérivés.
Le BTP reprend progressivement. Les opérateurs trouvent même du mal à recruter, selon le témoignage de Bouchaïb Benhamida, président de la FNBTP (Fédération nationale du bâtiment et travaux publics). La valeur ajoutée du secteur a progressé de 1,8% au premier trimestre et devrait atteindre 2,1% au deuxième, selon les données de la Banque centrale. Il faut rappeler ici, pour mesurer la reprise, qu’au quatrième trimestre de 2010, la valeur ajoutée du BTP avait même baissé de -1,6%.

La consommation des ménages en hausse de 4%

Les ventes de ciment, principal baromètre de l’activité du secteur, et surtout de l’immobilier, ont augmenté de 6,8 % à 6,67 millions de tonnes à fin mai, selon Hassan Chouaouta, porte-parole de l’Association professionnelle des cimentiers. S’agissant de l’industrie, elle continue de croître mais à un rythme modéré, selon les témoignages des opérateurs, confirmés par les études conjoncturelles de la Banque centrale et du HCP. Evidemment, la situation varie d’une branche à l’autre, et c’est ainsi, par exemple, que les opérateurs du textile, estime le président de la CGEM, cherchent activement à recruter pour faire face aux commandes, «et parfois, ils ne trouvent pas de main-d’œuvre». En tout cas, les exportations de vêtements confectionnés, à fin mai, ont augmenté de 13,4% et celles des articles de bonneterie également de 13,4%. De même, les industries électronique, électromécanique et automobile signent de belles performances à l’export. On peut ajouter à ces secteurs celui des postes et télécommunications qui croît fortement, notamment depuis le troisième trimestre de 2010. Sa valeur ajoutée au premier trimestre a progressé de 7,6% et devrait croître de 7,8% au deuxième, en comparaison avec la même période en 2010.
Globalement donc, le PIB non agricole devrait progresser de 5% sur l’ensemble de l’année 2011 et de 4,9% en 2012, au lieu de 4,7% en 2010 et 1,1% en 2009.
En termes de demande, la croissance est tirée principalement par la consommation des ménages. Sa croissance serait de 4% en 2011 et de 4,5% en 2012, au lieu de 2,2% en 2010. En dirhams courants, la hausse de consommation des ménages approcherait les 10%.