Les patrons ont le moral… mais pas dans tous les secteurs

Ils sont globalement plus optimistes qu’en 2012 selon les derniers sondages effectués par BAM et l’ODE, mais dans plusieurs secteurs, la vigilance reste de mise. Si les activités agricoles restent globalement bien orientées, ce n’est pas le cas du secteur secondaire.

Après un début d’année dans le flou, l’économie marocaine se porte-elle mieux ? A en croire les sondages effectués récemment par les organismes spécialisés auprès des patrons, on serait tenté de croire que le secteur agricole n’est pas le seul à tirer son épingle du jeu cette année. Que ce soit pour l’observatoire de l’entreprise, qui vient de publier son rapport trimestriel sur le moral des patrons, ou pour Bank Al-Maghrib qui a publié son rapport quelques semaines plutôt, les chefs d’entreprises paraissent bien plus optimistes qu’ils ne l’étaient en 2012. Les résultats des sondages, notamment celui de l’ODE, font bien évidemment de la campagne agricole qui se passe dans de meilleures conditions, des récents dons et prêts que vient d’encaisser le Maroc et qui soulagent ses besoins en liquidité, ou encore des perspectives d’affaires en Afrique qui se sont renforcées après la récente visite royale dans le continent, les principaux points qui rassurent les patrons.

Des hauts et des bas même dans l’agriculture

Suffisait-il d’aussi peu pour redonner le moral aux patrons marocains ? Un tour d’horizon rapide auprès des principales fédérations sectorielles et on se rend rapidement compte qu’il n’est pas encore temps de crier victoire. Car si les sondages démontrent une tendance globale positive, il n’en demeure pas moins que les différents secteurs de l’économie ne sont pas logés à la même enseigne.

Ainsi, pour le secteur agricole, les indicateurs restent globalement dans le vert du fait des perspectives prometteuses que laissent présager l’actuelle campagne agricole. Les producteurs de céréales ou de légumineuses ont de quoi se réjouir puisque l’année 2013 devrait être clôturée, selon les opérateurs, par des rendements nettement en hausse comparativement à la saison dernière. Cependant, cela ne devrait pas forcément être le cas pour les autres productions végétales. A en croire la dernière note de conjoncture du HCP, si pour les cultures industrielles, par exemple, les perspectives laissent augurer une reprise de la production au même titre que 2012, «les cultures destinées à l’exportation connaîtraient un sensible mouvement de baisse, en raison des effets des perturbations climatiques ayant marqué l’été 2012». En d’autres termes, les exportateurs de produits agricoles, notamment ceux spécialisés dans les agrumes, devraient encore tenir leur mal en patience avant d’entrevoir, éventuellement, une amélioration de leur activité en 2014. En marge de ces tendances, auprès des professionnels du secteur agroalimentaire, on préfère encore attendre avant de pouvoir se prononcer sur une quelconque tendance pour le reste de l’exercice. Pour la Fenagri, il n’existe en effet pas encore de remontées de données claires et suffisantes qui permettent d’analyser ce que sera le restant de 2013 pour les opérateurs.

Au-delà des activités liées à l’agriculture, les perspectives paraissent également mitigées au niveau du secteur secondaire. Si dans le textile par exemple, on reste globalement satisfait de la résistance dont font preuve les opérateurs depuis le début de l’année, on ne cache cependant pas que la conjoncture reste globalement difficile. «Se maintenir est déjà une bonne chose pour nous. Cependant, il faudra noter que les opérateurs doivent faire face à la fois à la poursuite de la baisse de la consommation en Europe, mais également aux changements climatiques qui perturbent le mode de consommation», explique Mostapha Sajid, président de l’Amith.

Année difficile pour le BTP

La situation que vivent actuellement les opérateurs est quelque peu originale. Si d’habitude, à cette période de l’année, on avait plus tendance à commercialiser du textile de printemps, voir d’été, cette année, l’Europe connaît des conditions climatiques anormales qui ne manquent pas d’impacter le mode de consommation. Si cette situation persiste tout au long de l’année, la résilience du secteur dépendra étroitement de la capacité des opérateurs à s’y adapter. Du côté de l’immobilier, là encore les patrons reconnaissent des signaux positifs pour la période, mais dont il ne faut pas encore se réjouir. «La campagne agricole devrait avoir des retombées positives et les récentes coupes budgétaires n’impacteront pas le secteur», plaide Youssef Ibn Mansour, président de la FNPI. Pour ce dernier, il restera toutefois à résoudre les questions liées à l’accès au financement ou plus globalement donner de la visibilité sur les mesures d’amélioration du climat des affaires. C’est dire que tout n’est pas vraiment rose. Et c’est encore pire dans le BTP. Les opérateurs du secteur et ceux qui exercent des activités connexes s’attendent à une fin d’exercice plutôt délicate en raison principalement de l’impact de la réduction du budget de l’investissement de l’Etat et des délais de paiement qui restent toujours aussi longs. Déjà, «au premier trimestre 2013, la valeur ajoutée du bâtiment et des travaux publics aurait connu une forte contraction, traduisant, ainsi, la conjoncture défavorable qui devrait toucher le secteur tout au long de l’année en cours», note le HCP. En fait, pour les opérateurs, le ralentissement des activités du secteur a déjà été pressenti depuis plus d’un an.

En 2013, il ne fait que s’accentuer, ce qui assombrit davantage les perspectives pour les mois à venir. Cette déconvenue du BTP tire avec elle d’autres activités liées telles que le ciment où les professionnels reconnaissent que «les perspectives restent étroitement liées à l’évolution du BTP». Notons à ce niveau que selon l’Association des professionnels du ciment, les quatre premiers mois de l’année se sont déjà soldés par une baisse de 16,5% des ventes. Difficile d’entrevoir une reprise sur le reste de l’année vu qu’il reste des périodes réputées de faible activité à dépasser, notamment Ramadan et les fêtes religieuses.