Les mesures qui accompagneront la libéralisation du ciel

L’objectif est de porter le nombre de passagers de 5,8 millions actuellement
à 15,6 millions à l’horizon 2010 n La croissance du trafic
aérien entre le Maroc et le reste du monde devra être réalisée
à 30 % par les compagnies étrangères, 30 % par les compagnies
nationales et 40 % par une filiale de la RAM.

La libéralisation du ciel marocain semble enfin se départir de son image de slogan gouvernemental. D’ici peu, elle deviendra une réalité pour toutes les compagnies aériennes qui désirent desservir le Maroc. Pour ce faire, le département du Transport finalise actuellement sa stratégie. Si l’annonce de ces grands chantiers a été retardée, c’est parce que certains dossiers-clés n’ont pas encore été réglés avec l’ensemble des opérateurs concernés.
Pourtant, dans les faits, les prémices de cette libéralisation sont déjà visibles. De concert, les départements du Tourisme et du Transport ont effectivement démarché des tour-opérateurs internationaux qui ont, d’ores et déjà, ouvert des lignes régulières et charters sur le Maroc. Nous l’annoncions, dans notre édition du 23 janvier, Globalia, Corsair et Jet-Air se sont engagées à ouvrir de nouvelles lignes au départ de capitales européennes et à destination de Marrakech, Fès et Agadir.
Mais les objectifs du gouvernement sont bien plus ambitieux. Au regard des études qui ont été réalisées, et pour arriver à attirer 10 millions de touristes par an, le challenge est colossal. Le département de l’Equipement et du Transport escompte, en effet, faire passer le nombre actuel de passagers aériens de 5,8 millions à 15,6 millions à l’horizon 2010. Dans le même temps, le nombre de rotations (vols) devrait passer de 600 par semaine, actuellement, à 1300, et la proportion des vols point à point (sans passer par le hub de Casablanca) devrait représenter 60 % de l’ensemble du trafic au lieu des 40 % actuels. Ce qui implique donc une discontinuité claire avec la situation actuelle

Les coûts de l’assistance à l’escale devront baisser
S’agissant de l’état des lieux actuel, le constat est le suivant. D’une part, au niveau du trafic régulier, le marché est déjà libéralisé avec plusieurs pays (Etats-Unis, Italie, Belgique, Portugal…) et des accords bilatéraux lient le Maroc à d’autres pays. Cependant, les capacités sont inexploitées par les compagnies étrangères. D’autre part, au niveau du trafic charter, le marché est libéralisé pour les compagnies marocaines et étrangères. La seule limitation qui demeure, à fin 2003, est l’interdiction de transporter des passagers au départ du Maroc. Enfin, à côté de cela, le cadrage est insuffisant avec un «écrémage du régulier au niveau du hub de Casablanca, en haute saison», ce qui pénalise les liaisons directes.
Partant de là, le département de tutelle a concocté une stratégie qui s’appuie sur plusieurs mesures.
D’abord, il sera publié, dans les semaines qui viennent, un référentiel des droits et obligations des opérateurs où les règles d’exploitations seront clairement définies. Ce document ouvrira l’espace au développement des lignes régulières et charter point à point. Toutes les définitions nécessaires y seront énoncées pour mieux réguler le transport aérien.
Ensuite, pour accompagner cette régulation, un comité des slots (créneaux horaires d’atterrissage et de décollage), présidé par la Direction de l’aviation civile va être mis en place. Ce ne sera donc plus la RAM qui affectera ces créneaux horaires en se réservant les liaisons les plus juteuses.
Enfin, les lignes déficitaires qui devront être mises en place dans le cadre de la promotion de certaines régions seront subventionnées par l’Etat marocain. Reste que le mode de financement de cette subvention n’a pas encore été clairement défini
Dans le même temps, le handling (assistance en escale) a été libéralisé. C’est ainsi que le consortium Globalia-Tap Air Portugal et Régional Air Lines a été retenu pour assurer une partie du handling. Ce qui, selon les experts, permettra de baisser les coûts de l’assistance à l’escale. Si, jusqu’à présent, les coûts pour un Boeing 737 étaient évalués à 2 400 euros (26 000 DH), ils passeront bientôt à 1080 euros (11 800 DH).

La filiale «low cost» de la RAM reliera l’Europe et les principales destinations touristiques du pays
Au niveau national, le département de tutelle prévoit la création d’une compagnie low-cost (à bas prix), filiale de la RAM, dont l’activité charter et régulière se fera essentiellement entre l’Europe et les principales destinations touristiques marocaines. La force de cette compagnie se situera dans le fait qu’elle aura un seul modèle d’avion, des salaires plus bas que ceux de la RAM et un circuit de distribution plus agressif (notamment par des offres sur internet). Ce sera ainsi une compagnie leader sur le marché, spécialisée dans le tourisme.
Le modèle ainsi adopté par le Maroc pour cette libéralisation cadrée du ciel est un modèle où la croissance du trafic aérien entre le Maroc et le reste du monde devra être réalisée à 30 % par les compagnies étrangères, 30 % par les compagnies nationales et 40 % par la nouvelle compagnie, filiale de RAM. Reste à savoir si la compagnie nationale acceptera aussi facilement de renoncer à sa position actuelle, quasi monopolistique. Rien n’est moins sûr…
Reste le volet information. A ce sujet, des tournées vont être organisées par les départements du Tourisme et du Transport pour démarcher le plus grand nombre de compagnies étrangères et nationales ainsi que les tour-opérateurs internationaux