Les ménages détiennent la plus grosse part des crédits bancaires

La part de l’industrie stagne à  quelque 18,5% depuis 7 ans. Le BTP et le textile reculent, l’électricité et le gaz montent. La structure des encours de crédit a peu changé.

Dans le rapport du FMI de 2014 au titre de l’article IV sur le Maroc, rendu public en février 2015, on peut constater, entre autres, que la distribution du crédit bancaire par secteur et même par branche est restée à peu près la même sur plus d’une demi-douzaine d’années. Pas de grande concentration sur un secteur –ce qui est un bon indicateur pour le système financier– et pas de changement dans la structure des crédits non plus ou si peu. Depuis 7 ans (2008-2014), en effet, la part des crédits destinés à l’industrie représente 18,5% de l’ensemble des prêts octroyés. Cette stabilité, selon un banquier de la place, révèle que l’industrie, quoi qu’on dise, n’arrive pas vraiment à percer. Les investissements y sont encore relativement faibles.

C’est le cas aussi du secteur primaire (agriculture et pêche) et du commerce, dont les parts respectives dans l’encours total du crédit s’établissent en moyenne, respectivement, à 4% et 6,5%.
Déclinés par branche d’activité, les prêts accordés à l’industrie montrent toutefois quelques variations, à la hausse pour l’électricité et le gaz et à la baisse pour le textile. De 3,3% en 2008, la part des prêts destinés à la branche électricité et gaz a quasiment doublé en s’établissant à 6,1% en 2014 de l’ensemble des crédits octroyés. Cela reflète la dynamique que connaît cette activité, avec en particulier les nombreux chantiers de construction de centrales électriques, fonctionnant aux énergies renouvelables et/ou fossiles.

A l’inverse, le textile draine moins de crédits depuis 2010, ce qui semble refléter la crise qu’a traversée cette activité, fortement exposée à l’international il est vrai. De 1,9% de l’encours global des crédits, le textile n’en tient plus que 0,9% en 2014. Cette branche de l’industrie, comme on sait, n’arrive pas à développer l’amont de la filière (tissage, filature, notamment) afin d’intégrer l’ensemble des activités et ainsi dégager plus de valeur ajoutée dans l’économie nationale. Ceci nécessite évidemment des investissements qui ne peuvent être financés que par le crédit. Aujourd’hui, à l’exception de trois ou quatre entreprises qui opèrent dans l’amont de la filière, le reste se contente du travail à façon.

Le secteur touristique s’endette peu : 2,4% de l’encours total des crédits

Dans le secteur tertiaire, qui s’adjuge la plus grosse part des crédits, le tourisme est à peu près dans la même situation. En moyenne sur la période considérée, la part du crédit alloué à cette activité est de l’ordre de 2,7% de l’encours total des crédits. On note cependant un ralentissement depuis 2012.

Mais c’est incontestablement le BTP qui connaît un fort ralentissement dans ce domaine (à moins qu’il ne s’agisse d’une correction, après des taux de croissance de crédit à deux chiffres jusqu’en 2007). De 16% en 2008, sa part dans le total des crédits retombe à 12,2% en 2014.

Comme vis-à-vis du textile et du tourisme, mais aussi d’une certaine catégorie de PME-PMI, les banques, depuis quelque temps déjà, sont assez regardantes voire très regardantes sur les dossiers de crédits qu’elles reçoivent; elles font tout pour limiter leur exposition au risque. Il faut dire que les créances en souffrance ne cessent d’augmenter, elles s’établissent à 52,53 milliards de DH à fin 2014 (soit 6,9% de l’encours global des crédits bancaires), en hausse de 20,2% par rapport à 2013.

Et cependant, le ralentissement ou la stagnation que connaissent certaines activités sont compensés par la hausse des crédits aux ménages. En 2014, par exemple, les crédits bancaires aux particuliers et aux MRE ont crû de 7,6%, à 221,15 milliards de DH. Plus globalement, la part des crédits (pas seulement bancaires) aux ménages est passée de 26,5% à 30% du total des crédits accordés par les institutions financières. C’est une belle progression, qui ne comporte pas moins de risque cependant puisque les créances en souffrance des particuliers et MRE ont augmenté de 19,8% en 2014, à 16,26 milliards de dirhams, soit 31% du total des créances en souffrance. Il est néanmoins certain que les ménages, par l’effet volume, constituent une bonne opportunité pour les banques, lesquelles, d’ailleurs, sur le crédit à la consommation, concurrencent sérieusement les sociétés dédiées à ce segment de marché. En l’absence de projets bancables d’envergure, comme le répètent à l’envie les banquiers, les ménages sont une bonne alternative, et la baisse des taux débiteurs, consécutive à la réduction (par deux fois) du taux directeur en 2014, dans un contexte de faible inflation, semble devoir accélérer encore un peu plus les crédits aux particuliers.

De manière générale, au regard de ces données du FMI, collectées auprès des autorités marocaines (mais calculées suivant le guide des indicateurs de solidité financière du FMI de 2004), les crédits au Maroc sont, d’une part, assez dispersés, ce qui diminue le risque pour les prêteurs, mais, d’autre part, conservent à peu près la même structure depuis des années. Ce qui reflète un constat, qui ressort déjà des données de la comptabilité nationale, à savoir la rigidité au changement des structures de l’économie nationale.