Les Marocains prennent goût aux fruits rouges, la consommation locale est passée de 11 000 à 70 000 tonnes en dix ans

• L’exportation des fraises se limite à 50% de la production en raison du calendrier imposé par l’UE.
• Les myrtilles et les framboises sont écoulées à plus de 90%.
• Le transport et la logistique restent des freins au développement de la filière, aussi bien sur le plan interne qu’international.

• La culture des fruits rouges affiche un développement remarquable depuis quelques années. Comment cela s’est-il manifesté ?
La culture des fruits rouges, notamment les fraises, a évolué rapidement depuis les années 80. Vu le potentiel qu’elle recelait, plusieurs investisseurs s’y sont intéressés, dont les étrangers. D’autres espèces se sont développées en parallèle, à savoir les framboises et les myrtilles. Certaines multinationales se sont installées et ont investi le marché, à l’instar du groupe Drisscoll’s, Royal Agri, Atlantic Blue, NatBerry…
Depuis le lancement du Plan Maroc Vert, les réalisations de la filière ont connu une progression exponentielle, à commencer par la production. Les résultats de la campagne 2019-2021 font ressortir une production nationale totale de 150 000 T de fraises, 37 000 T de framboises et 36 000 de myrtilles. Les mûres et les gojis, cultures récentes au Maroc, elles, ont totalisé une production de 1 000 tonnes. Pour leur part, les exportations ont atteint un record de 171 300 tonnes, dont 89 700 T à l’état frais et 81 600 T à l’état surgelé.
La superficie plantée a, elle aussi, affiché une hausse remarquable. Elle a même été multipliée par 4, passant de 2 680 ha à 9 650 ha.
Alors que la superficie de la culture de la fraise a augmenté de 1,5x à 3 500 ha, celle des framboises a enregistré un rebond de 130 ha à 2 450 ha (19x). A côté, les myrtilles ont vu leur superficie passer de 150 ha à 2 300 ha (14x).
Le gros de la production marocaine des fruits rouges est destiné à l’export. Même si la consommation locale a augmenté à 70 000 tonnes contre 11 000 avant le PMV, elle reste peu élevée et est concentrée notamment sur les fraises.
Les myrtilles et framboises sont très peu consommées en raison de leurs prix élevés mais aussi à cause de la culture des citoyens qui n’a pas encore intégré ces types de baies dans sa consommation quotidienne.

• Comment les exportations ont-elles évolué la dernière décennie et quels sont les pays destinataires ?
Il faut savoir tout d’abord que les fraises sont exportées à hauteur de 50% de la production seulement, en raison de la limite de calendrier (1er novembre au 31 mars), imposée par l’Union Européenne, pour permettre aux fraises européennes, françaises et espagnoles, notamment, de s’écouler sur le marché. En revanche, aucune limite technique n’est exigée pour les autres baies, comme l’atteste le taux d’exportation des myrtilles de 95% et des framboises de 90% de la production. Le reste est, soit consommé au niveau national, soit surgelé et exporté également.
En tout cas, 94% des destinations commerciales sont accaparés par l’UE, soit 89 700 tonnes. Dans ce volume, sont exportées 35 400 tonnes de framboises (près de 40%), 33 000 T de myrtilles (36,8%) et 20 400 T de fraises (22,7%).
L’Espagne reste le 1er destinataire de la fraise, avec un volume de 37 000 T en moyenne. Ce chiffre s’explique par le fait que les investisseurs dans cette culture au Maroc sont espagnols et disposent de plateformes commerciales en Espagne, dédiées à reexporter vers d’autres pays. Il s’agit juste donc d’un marché de re-destination. En tout cas, ce pays est suivi par l’UK avec
14 800 T, la Hollande avec 12 300 T, la France avec 10 400 T, l’Allemagne avec 9 300 T, la Russie avec 1 800 T, les pays du Golfe avec 1 600 T, la Norvège avec 1 400 T et d’autres pays de l’Asie avec 600 T.
Tout cela concerne le frais. Le surgelé est écoulé à hauteur de 81 600 T dont les fraises représentent 92%, soit 75 400 T, suivies des framboises avec 3 600 T et les myrtilles avec 2 600 T.
Il est très important à signaler que le dynamisme de ce secteur contribue fortement au rapatriement des devises. Entre 5,5 et 6 milliards de DH enrichissent chaque année les comptes du pays. Par ailleurs, ce sont 250 000 personnes qui sont employées dans le secteur, occasionnant 6 à 8 millions journées de travail.
La filière se porte très bien depuis plusieurs années. Sauf qu’elle continue de pâtir de certaines contraintes…
Les performances de la filière cachent plusieurs difficultés, à commencer par l’état du réseau des routes qui laisse à désirer. Ce qui rend difficile le transport de la main-d’œuvre. D’autant que les véhicules s’en trouvent rapidement détériorés, nécessitant ainsi l’acquisition de nouveaux.
Il faut dire aussi que la logistique dans cette filière fait défaut quand il s’agit d’export vers certains pays. Il est un besoin urgent de logistique propre et adéquate avec l’Angleterre par exemple, surtout après sa sortie de l’Union Européenne. Les exportateurs doivent maintenir leurs écoulements vers l’UK. D’où l’intérêt de développer des moyens de transport et de logistiques propre, qui y vont directement.
Ajouter à cela, certains marchés restent demandeurs de la production nationale de fruits rouges, comme la Chine. Mais l’inexistence d’avion-cargo limite les capacités d’export. Il est tout aussi important de développer les agropoles et d’activer celle de Larache.

• Plusieurs axes d’amélioration de la filière sont prévus dans la stratégie Generation Green. Quels en sont les principaux à votre avis ?
L’interprofession Interproberries est très dynamique. Avec la melkisation des terres collectives, notamment les soulaliyates, nous envisageons d’être plus présents sur le terrain, dans l’objectif d’encourager à la création d’entreprises, de micro/macro coopératives. Nous avons pour ambition aussi de les encadrer et de les consolider, que ce soit sur le plan technique, commercial ou managérial.
L’un des objectifs les plus importants de la stratégie Generation Green est d’assurer une large couverture sociale de toutes les personnes intervenant dans le monde agricole. Dans ce cadre, la Comader a adopté une approche régionale pour mieux servir les intérêts des agriculteurs. Ainsi, dans chaque région du pays, la Comader régionale, la Chambre régionale de l’agriculture, la Direction régionale de l’agriculture et la Direction régionale de l’ONCA ont ce rôle de sensibiliser, communiquer, rassembler et convaincre les professionnels à adhérer au projet de couverture sociale.
J’ouvre une parenthèse pour dire qu’en tant que Comader, nous sommes en train de réunir nos efforts pour créer des textes réglementaires ; une sorte d’accords interprofessionnels dont le but est de devenir autonomes sur le plan du financement.