Les marocains parlent sur leur GSM une heure par mois

La baisse des prix a fait passer la consommation de 38 mn à  60 mn par mois en un an. En accélérant la baisse des tarifs de l’interconnexion, l’ANRT veut accélérer la normalisation du segment du mobile.

Le prix de l’interconnexion vient tout juste de baisser, encore par décision de l’Agence nationale de régulation des télécommunications (ANRT). Il faut noter avant tout que cela ne figurait pas sur l’échéancier de base qui s’étend entre 2010 et 2013. Avec cette accélération de la réduction des redevances que se versent les opérateurs pour rétribuer l’acheminement des appels entre eux, la baisse atteint 82% au 1er janvier 2012 (voir encadré) au lieu de 65% comme prévu initialement. Pour avoir une idée précise de la situation, il faut s’arrêter sur deux chiffres et un élément d’appréciation. Alors qu’il était attendu que le prix de l’interconnexion s’établisse à 0,40 DH en janvier 2013, il ne sera plus que de 0,20 DH à cette échéance (voir encadré sur les prix actuels). Mais, à la même date aussi, le prix de l’interconnexion sera uniforme. Cela veut dire que le régulateur, qui avait estimé que la différence de taille entre les opérateurs et leur date d’entrée sur le marché justifiait que la redevance qu’ils se versaient ne pouvait pas être la même, juge qu’il sera temps de rétablir la symétrie. En effet, la démarche qui a prévalu jusque-là était que lorsque l’opérateur historique passait par les infrastructures de ses concurrents, le prix était supérieur puisqu’il avait déjà amorti ses installations et qu’il disposait également d’une assiette de clientèle qui le mettait dans une situation de domination sur le marché. La logique de cette approche, admise dans le monde des télécoms, s’explique par une règle économique permettant aux opérateurs qui entrent en lice dans un marché d’avoir le temps de constituer une clientèle, mais aussi cela introduisait la notion de concurrence loyale. A titre d’exemple, le régulateur français qui avait introduit, lui aussi, l’asymétrie des prix en 1995 ne l’a abandonné qu’en 2010.

Le flux des communications entre opérateurs a augmenté de 71% entre juillet 2010 et juin 2011

Pour en revenir aux raisons qui ont poussé l’ANRT à accélérer le processus de réduction des prix de l’interconnexion et aux effets que cela va induire, il faut savoir, tout d’abord, que les opérateurs sont toujours consultés et que l’échéancier est établi avec leur assentiment et qu’à part Maroc Telecom qui a émis quelques réserves, tout le monde a été d’accord sur la décision prise par le régulateur. L’ANRT, pour sa part, justifie sa récente décision par le succès du processus de baisse enclenché depuis juillet 2010 et cite, entre autres éléments qui ont été mis en évidence par une étude (une étude d’évaluation de l’échéancier finalisée en octobre 2011) qu’entre juillet 2010 et juin 2011 le temps d’utilisation moyen du Marocain de son mobile est passé de 38 mn à 55 mn à mi-parcours et s’établissait au moment de la conclusion de l’étude à 60 mn par mois (une augmentation de 42%). Autres chiffres, le trafic d’un opérateur à un autre, quant à lui, s’est accru de 71%. Dans le même temps, le taux de pénétration qui n’est pas loin de 110% aujourd’hui s’est apprécié, sur la même période, de 24%. Pour s’en convaincre, il faut aussi voir toutes les offres qui ont fusé chez tous les opérateurs avec des gratuités s’élargissant aux autres réseaux, ce qui n’était pas possible si le prix de l’interconnexion n’avait pas considérablement baissé. En fait, le revenu de l’interconnexion qui rapportait des flux financiers importants a été renversé pour qu’il se traduise par des offres avantageuses pour le consommateur, mais aussi permettant aux opérateurs de compenser, par un accroissement de volume, la baisse de l’Arpu (revenu par client). Avec cette mesure, les opérateurs auront les mains plus libres pour concevoir de nouveaux produits mais aussi pourront baisser les prix.