Les industriels de la chaussure se recentrent sur le haut de gamme à  l’export

Sur les marchés européens, le bas et moyen de gamme sont évincés au profit de l’Asie.
Les Espagnols veulent faire du Maroc une plateforme d’exportation vers
les Etats-Unis.

Afin 2006, les exportations de chaussures marocaines ont progressé de 5 % par rapport à l’année précédente, à 1,8 milliard de DH. Quant aux investissements de la filière, ils ont totalisé 91 MDH. Si, il est vrai, ces chiffres sont encourageants, ils ne font pas oublier, pour autant, aux professionnels que tout n’est pas rose pour le secteur de la chaussure. D’ailleurs, le ministère du commerce et de l’industrie n’hésite pas à reconnaître que «la filière a du mal à profiter des opportunités qui se présentent surtout dans le cadre du plan Emergence». Rappelons que l’un des objectifs de l’accord signé avec l’Etat, en juin 2006, dans le cadre du plan Emergence est de permettre aux entreprises de passer de la façon au produit fini et surtout de profiter des accords de libre-échange avec les USA.

Vétusté des structures et manque d’organisation sectorielle
De fait, deux types de problèmes sont relevés par les industriels qui reconnaissent aussi l’existence de grandes opportunités de développement inexploitées. Premièrement, la vétusté des structures. Aujourd’hui, on dénombre environ 233 entreprises productrices de chaussures. Mais, très peu d’entre elles, selon les industriels, répondent aux exigences des marchés étrangers. «Les structures sont vieilles, les équipements sont parfois vétustes sans oublier le manque de techniciens qualifiés et jeunes», précise un exportateur de chaussures.

Le deuxième handicap signalé, et celui-ci est partagé par toutes les filières du cuir, réside dans l’organisation corporatiste du secteur. En effet, la Fedic (Fédération des industries du cuir), censée représenter le secteur, est très peu représentative et n’arrive pas, selon certains opérateurs, à fédérer toutes les entreprises. Preuve en est, poursuivent ces mêmes industriels, qu’«aujourd’hui il n’y a pas de concertation, chaque entreprise travaille de son côté et de manière individuelle et le salon professionnel du cuir que nous organisions a été abandonné il y a plusieurs années. Ce qui affaiblit notre force de frappe sur les marchés étrangers».
L’essentiel des exportations se fait aujourd’hui sur les marchés européens notamment la France, l’Italie et l’Espagne. Sur ces marchés, le produit marocain se positionne sur le haut de gamme. Ainsi, le gros des exportations porte sur des produits haut de gamme vendus à des prix publics qui avoisinent 450 euros la paire. Une dizaine d’entreprises seulement fabriquent ces chaussures de luxe (produit fini ou en sous-traitance) pour de grandes enseignes étrangères.

Les chausseurs envisagent la création d’un consortium d’exportation
Même le moyen de gamme est aujourd’hui quasiment abandonné, en raison de la concurrence des pays asiatiques (Chine, Pakistan, Inde, Indonésie…) qui proposent «des prix moitié moins élevés que les nôtres», explique un exportateur de chaussures.
Plusieurs actions sont en cours pour renforcer l’offre marocaine notamment sur des marchés autres qu’en Europe. Pour le marché américain, une délégation d’industriels participera à la Foire de Las Vegas en août 2007. Cette participation se fera dans le cadre du plan NBO qui prévoit une assistance technique et un suivi personnalisé avec la mise en place d’un Plan d’export spécifique.

Les industriels restent, tout de même, conscients que la pénétration du marché américain ne sera pas une partie de plaisir. Travailler avec les donneurs d’ordre américains nécessite, en effet, une véritable stratégie d’attaque. Cette stratégie portera notamment sur la création de bureaux commerciaux aux Etats-Unis et la collaboration avec des experts pour l’étude et la prospection des opportunités d’affaires. Mais à court terme, ils envisagent surtout la création de consortiums d’exportation.

Les industriels de la chaussure marocains ne négligent pas pour autant leurs partenaires européens. Ils ont d’ailleurs reçu, début février, une importante délégation d’industriels espagnols avec qui ils ont discuté, entre autres sujets, l’idée de faire du Maroc une plateforme d’exportation vers les USA.

Autre opportunité pour les chausseurs nationaux : le partenariat avec leurs homologues portugais dont une grande partie a fermé ses usines. Mais, pour le concrétiser, d’importants efforts sont nécessaires au niveau industriel, de la formation, du stylisme et de la création. Les entreprises exportatrices se disent prêtes à effectuer cette véritable mise à niveau. Mieux vaut tard que jamais.