Les grandes surfaces paient de plus en plus tard, les fournisseurs s’inquiètent

Les retards de paiement vont de 120 à 180 jours selon les fournisseurs. Les distributeurs parlent de 60 jours seulement n Les petites entreprises sont les premières à souffrir de ce phénomène.

«On ne négocie pas contre quelqu’un mais avec lui». Ce conseil, omniprésent dans le management moderne prônant une relation commerciale basée sur le «win/win», prend parfois un air de conte de fées, lorsque l’on interroge les fournisseurs de la grande distribution.

Ces derniers sont inquiets. Plusieurs d’entre eux contactés par La Vie éco, et s’exprimant de manière anonyme -de peur des représailles-, s’inquiètent du fait que les délais de paiement sont de plus en plus longs et, par les temps qui courent, augmentent allègrement pour certains producteurs en affaire avec la grande distribution.

Si l’on en croit certains d’entre eux, les pics vont de 120 à 180 jours après la livraison. «Dès qu’un retard de paiement se produit, il s’installe et devient habituel. Les producteurs n’ayant pas d’autres alternatives, en raison des volumes écoulés, que de se plier au dictat de la distribution moderne», analyse un observateur de la place. Certaines chaînes récusent, toutefois, les chiffres annoncés et avancent une moyenne de 60 jours…

Les fournisseurs de produits frais sont mieux traités
Pour Riad Laïssaoui, DGA de la chaîne de supermarchés Label’Vie, la longueur des délais de paiement est «une tendance mondiale», avec cependant des variantes. Ils sont de plus en plus longs dans des pays comme les Etats-Unis, alors qu’ils se raccourcissent en Union Européenne, en raison de l’intervention de l’Etat.

«La Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) avait d’ailleurs proposé une loi similaire à ce qui se fait en France», explique Hamad Kessal, vice-président de cette organisation patronale. Le projet prévoyait la limitation des délais de paiement à 30 jours et un système de pénalités pour compenser les intérêts bancaires que supportent les fournisseurs. Ce projet de loi n’a pas eu de suite.

L’intransigeance des acheteurs de chaînes de grande distribution est proverbiale, et cela, pas seulement au Maroc. «On en arrive à se dire que pour travailler avec la distribution moderne, il faut se limiter à la vente des produits de première nécessité», explique un industriel désabusé.

«A moins d’avoir une marge de 70% sur le prix de vente», renchérit un autre. En effet, selon Faouzi Chaâbi, manager du groupe éponyme propriétaire de la chaîne Aswak Assalam, les produits de première nécessité sont payés avant même leur livraison effective.

Reste que toutes les entreprises, selon leur taille ou la nature des produits qu’elles commercialisent, ne sont donc pas logées à la même enseigne. En effet, celles qui opèrent dans les produits de première nécessité (thé, sucre, huile) et les producteurs d’alcool par exemple ne ressentent pas de retards flagrants, tout au moins, pour le moment. Il est vrai, que leur force de négociation d’une multinationale ou d’acteurs économiques d’oligopole n’est guère comparable à celle des entreprises de taille modeste.

Dans le même sens, «les délais de paiement des produits frais ont tendance à se raccourcir, contrairement aux produits industriels», relève M. Laïssaoui. Ce constat est confirmé par M. Chaâbi. Ainsi, un agriculteur serait payé en moyenne 30 jours après la livraison, alors qu’un industriel de l’agroalimentaire le serait, au bout de 60 voire 90 jours, fin de mois ! «Soit 120 jours après la livraison», explique M. Kessal qui se trouve être en même temps patron d’une PME de produits agrolimentaires. Ce sont, en tout cas, les délais qu’affichent les enseignes.

Cependant, M. Chaâbi tempère ces propos en expliquant que plus un produit est de consommation courante et affiche un bon rapport qualité/prix, plus les fournisseurs sont en mesure de négocier la réduction des délais, effet de marché oblige.

Il ne s’empêche pas toutefois de rappeler que «le principe de la grande distribution est de vendre le produit en stock avant de payer son fournisseur». Tout cela est bien beau, mais nombre de chefs d’entreprises sont formels : les délais se sont rallongés de 3 mois en moyenne pour des clients qui encaissent cash.