Les grandes lignes du deuxième contrat-programme du BTP

Protection de l’entreprise marocaine, formation, qualité et sécurité en sont les trois piliers.
Le premier contrat a expiré en 2007, le second sera signé avant la fin 2008.

Il y a quelques semaines, la Fédération nationale du bâtiment et des travaux publics (FNBTP) rencontrait cinq ministres pour restituer les résultats de son étude de cadrage stratégique. L’exercice devait servir de préambule à  la négociation du deuxième contrat-programme du secteur, qui courra cette fois jusqu’à  la fin de l’actuelle législature. Si on espérait pouvoir signer le précieux document dès mars, on sait maintenant qu’il faudra patienter jusqu’en juin, voire septembre. C’est que la FNBTP ne demande ni chèque, ni subvention, ni exonération fiscale. Rien de tout cela, mais une véritable stratégie d’accompagnement du secteur. A quoi donc ressemblera cette nouvelle feuille de route qui sera signée avec le Premier ministre ?
«Lors du premier contrat, nous avions sous-estimé l’afflux des entreprises étrangères», admet Mostafa Meftah, directeur délégué de la FNBTP. «Aujourd’hui, les pratiques de dumping se multiplient, la concurrence devient agressive et déstabilisatrice pour le secteur», dit-il. La fédération déplore le fait qu’en plus de casser les prix, les entreprises étrangères procèdent presque toujours à  une série de réclamations, ce qui fait que beaucoup de marchés ne sont pas liquidés. «Or, la règle de réciprocité ne joue jamais. Essayez d’aller travailler sur les marchés français, turc ou chinois !», proteste-t-il.
Bien évidemment, il n’est pas question de bannir la compétition et la libre concurrence. «Mais les maà®tres d’ouvrage pourraient effectuer un calcul véritablement économique, plutôt que de rester dans une logique comptable», explique M. Meftah. Comment traduire ce nouveau patriotisme économique ? «En prenant en compte les bénéfices escomptés de la mise en service d’une infrastructure ou d’un équipement par des compétences locales, surtout lorsque l’on sait que le niveau de compétence des entreprises étrangères qui viennent au Maroc diminue de plus en plus», poursuit-il. Selon lui, cette démarche, en plus de créer de l’emploi, contribuera à  faire tourner l’économie marocaine. «Car les entreprises nationales vont réinvestir leurs bénéfices dans le pays. Ce que nous demandons, c’est une protection intelligente de l’entreprise nationale, loin de toute situation de rente».

L’institut des métiers du BTP n’a jamais vu le jour
Autre raté du premier contrat-programme : la formation. «Le premier coup de pioche de notre projet d’école dédiée au BTP avec l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT) va, certes, être donné incessamment. Mais que de temps perdu, alors que l’office était prêt depuis des années», concède M. Meftah. C’est pourtant là  une des clés les plus efficaces de l’évolution du secteur car, on le sait, les ressources humaines sont un facteur décisif de compétitivité et de performance. La FNBTP souhaite aussi contribuer à  l’amélioration du taux d’encadrement dans les entreprises, notamment au niveau des cadres ingénieurs.
Les entrepreneurs regrettent souvent le manque d’esprit de partenariat sur les chantiers o๠la réalité est souvent loin de la volonté politique. «L’entreprise de BTP vend un produit qui n’est pas encore fabriqué ! Elle n’a aucune maà®trise du coût de revient, et parfois même des délais de réalisation», rappelle le directeur délégué de la FNBTP. Par exemple, si un projet de construction empiète sur un terrain privé et que les démarches d’expropriation – qui ne relèvent pas de l’entreprise – prennent du temps, «toute la chaà®ne peut être perturbée !» Ou encore, si les fournisseurs de matériaux sont en rupture de stock… «On risque de tomber en arrêt de production. Mais il faut bien continuer de payer les ouvriers même s’ils ne travaillent pas !». Reste à  savoir comment un tel partenariat peut s’instaurer entre tous les intervenants de l’acte de bâtir… «Avec de l’intelligence et de la volonté, affirme-t-on à  la FNBTP. Et les responsables présents lors de la réunion précédente s’y sont engagés».

Cartes professionnelles et tests de connaissances pour les tâcherons
Enfin, la fédération réclame que «la qualité et la sécurité dans l’immobilier deviennent une exigence». Mais en attendant que des normes précises soient imposées à  tous les promoteurs conventionnés, le ministre de l’habitat et de l’urbanisme s’est engagé à  obliger ces opérateurs à  faire appel à  des entreprises organisées. «Le marché de l’immobilier privé reste, la plupart du temps, inaccessible aux entreprises structurées et, malheureusement, cela donne lieu parfois à  des sinistres !», rappelle M. Meftah.
Dans le secteur immobilier, l’informel parasite encore et toujours le BTP. La fédération souhaite s’attaquer au problème des tâcherons, en les professionnalisant. Un système de formation et de cartes professionnelles sera donc inclus dans le contrat-programme. Des concours écrits et des évaluations pratiques seront élaborés en collaboration avec l’OFPPT afin de vérifier la compétence des maâlem.
Bref, la forme même du deuxième contrat-programme sera revue. Il n’est plus question de dresser deux listes d’exigences pour chacune des parties. «Nous allons plutôt commencer par les attentes envers les entreprises, puis expliciter les mesures d’accompagnement gouvernementales», annonce ce responsable.
En attendant, les réformes engagées par le premier contrat-programme suivent leur cours. Deux décrets sont en cours d’adoption. Le premier concernant le cahier des clauses administratives générales de travaux, et le deuxième la réforme du système de classification et de qualification des entreprises. Ces deux réformes prévues par le premier contrat-programme complètent le décret sur la passation des marchés publics adopté en février 2007.