Les exportations de jeans baissent de 7% gênées par la concurrence turque et tunisienne

La filière réalise, selon les années, 20 à  22% des exportations du secteur textile.
Une politique spécifique pour relancer l’activité est en préparation.
Les entreprises entendent profiter des outils d’accompagnement comme Imtiaz et Moussanada.

Longtemps considérée comme le fer de lance de l’industrie textile, la filière du denim (tissu en jean) a perdu du terrain au cours des cinq dernières années. Ce constat a inquiété les opérateurs de cette branche et l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (Amith) a commandité, il y a trois mois, une étude sectorielle à ce sujet. Les conclusions de l’étude, aujourd’hui finalisées, doivent servir de base à la mise en place, en collaboration avec les pouvoirs publics, d’une politique spécifique visant à améliorer le positionnement du secteur sur les marchés étrangers.
Représentant 20 à 22% des exportations du secteur textile, la filière, secouée ces derniers mois par les difficultés financières de Legler Maroc, un des principaux fabricants locaux de denim, réalise un chiffre d’affaires de 6 à 7 milliards de DH. Elle a enregistré, selon les opérateurs, un recul de 7% par rapport à l’année 2009. Une baisse due essentiellement à une vive concurrence de la Tunisie et de la Turquie qui ont, contrairement au Maroc, fortement joué la carte de l’innovation. Les industriels marocains sont plutôt restés dans une concurrence au niveau du prix au lieu de développer des produits à haute valeur ajoutée.  
Et c’est pour remédier à cette situation qu’une réflexion est en cours pour leur permettre de profiter des outils mis en place par les pouvoirs publics comme Imtiaz (aide à l’investissement), Moussanada (aide à l’amélioration de la productivité) ou les programmes de promotion. L’accompagnement, qui sera encadré par l’Agence nationale pour la promotion de la petite et moyenne entreprise (ANPME), vise également le développement de la recherche et de l’innovation. Cependant, la filière ne part pas de zéro dans la mesure où il s’agit d’une activité textile intégrée. Aujourd’hui, le secteur compte quatre unités de fabrication de tissu (Settavex, LGM, Icoma et Mafaco), des confectionneurs, des délaveurs ainsi que des importateurs d’accessoires. La capacité de production annuelle de tissu est de 42 millions de mètres. Aucune estimation de la production réelle n’est avancée par les industriels. Par contre, ils ne manquent pas de souligner que l’offre locale de tissu ne couvre pas les besoins des entreprises locales puisque le Maroc importe 30 millions de mètres par an.

Le marché de la confection dominé par une dizaine d’entreprises

Classé 6e fournisseur d’articles en jean de l’Europe, le Royaume demeure cher (le coût de la main-d’œuvre est quatre fois plus élevé qu’en chine et dix fois plus qu’au Bengladesh) par rapport à ses concurrents directs. Pour améliorer son positionnement, la filière doit passer de la sous-traitance au produit fini haut de gamme. A cet effet, les confectionneurs marocains doivent miser sur la créativité, l’innovation et développer le label «made in Morocco». Selon certains industriels, la filière a déjà fait ses preuves à ce niveau puisque plusieurs grandes marques comme Diesel, Caporal, Miss Sixty ou encore Armani fabriquent leurs produits au Maroc. En dehors du pantalon qui est l’article phare de la filière, les exportations portent également sur les blousons, les chemises, les robes et les jupes.
La dizaine d’entreprises de confection qui dominent le marché exportent la quasi-totalité de leur production à l’étranger et particulièrement vers les marchés européens. Certains opérateurs, dans un souci de diversification, ciblent le marché américain et ont même réalisé des exportations relevant davantage de test, en attendant de décrocher de grosses commandes. Dans ces différents marchés étrangers, le retour en force du jean dans les rayons des grands magasins devrait en principe encourager les industriels à redoubler d’effort.
Sur le marché local, les grandes marques sont également commercialisées. On citera Levi’s distribué depuis 2008, Lee Cooper ou encore Pepe Jean’s. Le prix d’un jean de marque varie de 1 000 à 2 000 DH. Mais l’offre locale porte aussi sur des articles d’imitation commercialisés sur des marchés parallèles, Derb Ghallef ou Derb Koréa où les jeans sont vendus entre 200 et 250 DH.