Les exportations de biens en hausse de 19,6% et pas seulement à  cause des phosphates !

Hormis les phosphates, la hausse est de 9%.
Les exportations de conserves de poissons, de légumes, d’huile d’olive et d’agrumes reprennent des couleurs.
Fils et cà¢bles, composants électroniques, voitures industrielles et voitures de tourisme réalisent de très bonnes performances.
Le textile et la tomate ont accusé le coup.

Est-ce la reprise du commerce extérieur ? C’est ce que laisse présager en tout cas le bon comportement, durant les sept premiers mois de l’année en cours, des échanges commerciaux du Maroc avec ses partenaires à l’étranger. Une nette amélioration des ventes à l’étranger avec 81 milliards de DH (Mrd DH) de biens exportés, soit 19,6% de mieux que pour la même période en 2009. Mieux, cette performance à deux chiffres, très positive en soi, se conjugue à une progression moins soutenue des importations (11,5% seulement, mais 171 milliards de DH quand même, ce qui n’était pas arrivé depuis plusieurs années). Même si le déficit de la balance commerciale reste toujours important, ce résultat s’apparente, compte tenu de la conjoncture morose qui marque actuellement le commerce international, à une performance. Et celle-ci est l’œuvre surtout de certains produits qui ont dopé leurs ventes à l’étranger. Phosphates et dérivés, fils et câbles électriques, composants électroniques, poissons en conserve, agrumes, farine et poudre de poissons, huile d’olive, déchets et débris de cuivre, argent brut, voitures de tourisme… figurent parmi les principaux produits qui se sont bien comportés sur les marchés étrangers.

Phosphates : plus de quantités vendues qu’en 2008 mais moins de recettes

Certes, les ventes de phosphates et dérivés qui déterminent en général l’évolution du commerce extérieur du pays, sont à l’origine de cette hausse importante des exportations. Sur les 81 milliards d’exportations de biens, 19 milliards ont été réalisés par l’OCP, en progression de 73% par rapport à la même période de l’année dernière.
Ce résultat reste par ailleurs en deçà de la performance exceptionnelle de 2008. Il est en retrait de 41%. Paradoxalement, en termes de volume, les exportations de l’office ont largement augmenté en 2010. Les ventes d’engrais naturels et chimiques ont porté, à fin juillet dernier, sur 1,87 million de tonnes, soit 62% de plus par rapport à la même période de 2008. Sauf que les prix à l’échelle mondiale n’ont jamais retrouvé le même niveau exceptionnel de cette année-là. Le prix moyen de ce produit se situait en fait autour de 3 431 DH la tonne contre près de 7 000 DH en 2008. C’est pourquoi, avec un volume en nette progression, les exportations des engrais naturels et chimiques n’ont rapporté que 6,4 Mrd DH contre un peu plus de 8 milliards à la même période de 2008. Mais ces ventes restent par contre largement supérieures aux 2,9 Mrd DH réalisés l’année dernière. Les exportations de l’acide phosphorique ont évolué de la même manière. Les recettes ont totalisé près de 8 milliards contre 4,5 Mrd DH en 2009 et près de 14 milliards, un an auparavant.
La reprise des ventes de l’OCP n’a pas été cependant la seule à tirer vers le haut les exportations du Maroc. D’ailleurs, si on ne compte pas les phosphates et dérivés, celles-ci ont progressé de 9%. Mieux encore, la performance est à mettre à l’actif des «secteurs émergents notamment ceux opérant dans l’électronique et l’électrique ainsi que de l’automobile qui ont tiré profit de la conjoncture internationale», soulige Hakim Jemaa, chargé d’études au ministère du commerce extérieur. Aussi les ventes à l’étranger de fils et câbles pour l’électricité ont rapporté un peu plus de 7 Mrd DH, soit 34% de mieux par rapport aux sept premiers mois de 2009. Comme quoi, on ne conquiert pas les marchés étrangers rien qu’avec des matières premières, mais aussi grâce à des produits à valeur technologique, et à la fois financière, importante. Autre preuve : les exportations de composants électroniques dont les recettes ont frôlé les 3 Mrd DH en sept mois, soit 40% de plus par rapport à la même période de l’année dernière. On est certes loin des performances de pays émergents asiatiques mais les professionnels marocains ont quand même «développé un savoir-faire important qu’il faut s’atteler à consolider dans un domaine auquel on promet un bel avenir», recommande un industriel.

Les ventes de la Dacia Logan bondissent de 118 à 248 MDH

Le même savoir-faire a été développé dans un secteur prometteur aussi : l’automobile dont les ventes ont littéralement explosé grâce à la Logan. Les ventes de Dacia Maroc à l’étranger, principalement en Tunisie et en Egypte, ont généré à fin juillet près de 248 MDH contre 118 MDH en 2009. A l’inverse, les industriels de pièces de rechange auto n’ont pas été aussi performants puisque leurs exportations ont chuté, passant de 275 MDH durant les sept premiers mois de 2009 à seulement 146 MDH.
Mais ce «manque à gagner» a été en quelque sorte rattrapé par les producteurs de voitures industrielles dont les ventes à l’étranger se sont envolées à 785,5 MDH contre 555,5 MDH. La performance de cette branche industrielle est soutenue puisque ses exportations avaient déjà bondi en 2009 de 40% par rapport  l’année d’avant. Autant dire que sa bonne santé n’est pas le fruit du hasard. Il en est de même pour les producteurs de poissons en conserve dont les exportations sont en croissance régulière depuis plusieurs années. A fin juillet, leurs recettes à l’export ont totalisé 2,65 Mrd DH, en hausse de 2,4%. Cependant, ils auraient pu faire mieux puisque les quantités vendues étaient en hausse importante : 80 819 tonnes contre 77 634 tonnes, soit 4% de plus. Mais «la baisse durant les premiers mois de cette année de l’euro par lequel on effectue nos transactions par rapport aux autres monnaies, y compris le dirham, a privé le secteur de recettes plus conséquentes», explique un responsable de la fédération des industries de transformation et de valorisation des produits de la pêche (Fenip). Les exportations de farine et poudre de poisson réalisées par la même branche industrielle ont cartonné puisque les recettes sont passées de 200 MDH à 463 MDH. Deux facteurs expliquent cet exploit : une hausse des volumes de vente conjuguée à une appréciation du dollar qui sert de moyen de paiement pour les échanges de ce produit. L’industrie agro-alimentaire conforte ainsi sa place de leader dans les échanges commerciaux du Maroc avec le monde. Autre filière qui a contribué à la performance des exportations : les légumes frais, congelés ou en saumure dont les ventes à l’étranger ont totalisé un peu plus d’un Mrd DH, en hausse de 4%. Idem pour les conserves de légumes dont les recettes ont atteint 934 MDH, en progression de 6%.
Mais d’autres produits n’ont pas été mieux lotis. Avec des recettes de 2,6 Mrd DH, les ventes de crustacés, mollusques et coquillages ont chuté de 7,7%. Un autre produit phare des exportations marocaines a été en retrait en 2010. Il s’agit de la tomate dont les recettes à l’export ont dégringolé de près de 30% pour atteindre 975 MDH. La contre-performance de ce produit est due essentiellement à une baisse considérable des volumes exportés (-40%). «Les pluies torrentielles et les ravages de l’insecte Tuta Absoluta ont sérieusement affecté la récolte», indique une source proche de l’Association des producteurs et exportateurs de fruits et légumes (APEFL). Cette situation n’a cependant pas eu que des inconvénients pour les producteurs puisqu’une production faible s’est traduite automatiquement par une hausse record des prix de vente. Ce qui explique d’ailleurs que le choc a été amorti pour les exportateurs de ce produit : d’une part, les cours mondiaux ont été très élevés, et, d’autre part, une partie des professionnels a préféré écouler ses marchandises sur un marché intérieur beaucoup plus attrayant. «Les prix astronomiques qui y étaient enregistrés ont poussé pas mal de producteurs à se détourner des marchés étrangers d’autant que cela leur épargne les retards de paiement qui durent plusieurs mois», précise un exportateur.

Des cours mondiaux favorables aux matières premières

Les exportations d’agrumes ont évolué dans le même contexte marqué par une diminution de l’offre et une appréciation des prix. Résultat : les ventes  à l’étranger de ces produits ont atteint 1,38 Mrd DH (en légère hausse de 1%) et ce malgré une baisse de 12,5% du volume exporté. Un autre produit agricole est en train de renforcer ses positions sur les marchés étrangers. Les exportations de l’huile d’olive ont ainsi réalisé une hausse spectaculaire, passant de seulement 38 MDH à 320 MDH.
Mais au delà de la performance de produits industriels et agro-alimentaires, les matières premières restent toujours les principales sources de recettes réalisées par nos exportations. Outre les phosphates et dérivés, les ventes à l’étranger ont ainsi été dopées par celles des déchets et débris de cuivre qui, bénéficiant de cours mondiaux largement favorables, ont drainé 935 MDH contre 273 MDH. La même conjoncture a profité également aux ventes d’argent brut qui se sont élevées à 665 MDH contre 432 MDH. 
A ces produits s’ajoutent les ventes à l’étranger des différentes filières de textile qui, bien qu’en nette régression, continuent d’occuper le haut du tableau des meilleures exportations. Les vêtements confectionnés figurent en deuxième place avec des recettes à l’export, après le phosphate, avec 10,3 Mrd DH, en baisse de 12,5%. Cette contre-performance est observée depuis plus de deux ans. Il faut dire que la situation était plus inquiétante au début de cette année où les exportations chutaient de 24%. «Progressivement, les professionnels ont rattrapé ce retard pour ramener la baisse, à fin juillet, à 12% seulement», explique M. Jemaa. La filière de la bonneterie n’a pas été mieux lotie puisque ses exportations évaluées à 3,8 milliards ont régressé de 6%. Seules les ventes de couvertures ont fait exception et réalisé même un exploit : 447,7 MDH contre 21 MDH !