Les exportations d’agrumes stagnent

L’offre pléthorique de l’Espagne et le retard pris pour le lancement des exportations sont à  l’origine de cette situation

L’abondance de l’offre sur le marché intérieur tire
les prix à  la baisse

Les professionnels proposent un nouveau plan agrumicole.

En dépit d’une pluviométrie favorable, la campagne agrumicole est, à  ce jour, dans la droite ligne des précédentes. En effet, la production prévue pour cette année est estimée à  1,26 million de tonnes, contre 1,28 million pour la campagne précédente, soit même une – légère – baisse de 1,5%.

Suivant la même tendance, les réalisations de la première partie de la campagne sont stationnaires avec 400 000 t exportées (sur les 580 000 prévues lors de cette campagne), soit quasiment le même niveau que la campagne précédente à  la même date. Les prévisions d’exportations dépassent pourtant de 18% celles de la campagne précédente (490 000 t).
Toujours est-il que, pour la présente saison, il reste encore 190 000 t à  exporter, principalement en variété Maroc late, dont les expéditions ont atteint 44 000 t environ au 2 avril. Mais eu égard à  la configuration du marché international, on peut se demander si l’objectif sera atteint. Ahmed Derrab, secrétaire général de l’Aspam (Association marocaine des exportateurs d’agrumes), met en avant les difficultés probables suite à  l’offre pléthorique de l’Espagne et au retard de 10 jours pris pour démarrer nos exportations. Pourtant, les conditions climatiques de cette campagne assurent une bonne qualité et l’on espère que les vergers échapperont aux fortes températures qui provoquent habituellement un reverdissement des fruits surtout dans le Souss.

Les exportations de navel baissent de 41 %
Pour la navel dont la campagne est achevée, 22 900 t ont été exportées contre 38 700 une année auparavant, soit une baisse de près de 41%. Ce fléchissement est dû à  la forte concurrence du marché local, très demandeur en oranges sucrées. Sauf que… de nombreux producteurs ayant misé sur le local, il en a résulté un surplus d’offre qui a tiré les prix vers le bas. «Nous continuons de souffrir de la désorganisation des circuits de distribution et des intermédiaires. Pour y remédier, nous pensons à  mettre en place un mécanisme de régulation de l’offre et de la demande», indique M. Derrab. L’objectif est d’arriver à  des prix rémunérateurs pour le producteur et raisonnables pour le consommateur. Ceci ne peut être atteint qu’en organisant et disciplinant les stations de conditionnement (60 au Maroc pour une capacité de 700 000 à  800 000 t) pourvoyeur du marché local pour la consommation de bouche et la transformation.
Concernant ce dernier point, il est à  signaler que Frumat, qui participait à  la stabilité du marché local, est en liquidation judiciaire. Les usines de Casablanca et de Kénitra sont en cours de transfert au privé. Pour celle de Taroudant, les négociations sont en cours pour sa prise en charge par les professionnels.

La reprise des terres de la Sogeta-Sodea par des privés suscite des espoirs
Par ailleurs, les professionnels s’inquiètent de l’émergence de nouveaux pays plus agressifs, principalement l’Egypte et la Turquie, qui représentent une menace pour nos exportations sur les marchés russe et moyen-oriental. «Ils bénéficient de charges réduites, de leur proximité et de taux de change avantageux», souligne-t-on. Par conséquent, les producteurs devraient se préparer à  cette concurrence en augmentant le rendement, en améliorant la qualité et en offrant in fine des prix compétitifs. A signaler que le marché russe représente, à  lui seul, 35 à  40% des exportations marocaines d’agrumes.
Les problèmes en amont sont tout aussi importants. Ils sont ainsi résumés par les professionnels : «On produit peu et mal». D’o๠l’obligation de mettre à  niveau la filière sous peine de tomber sous les coups de boutoir de la concurrence. C’est la raison pour laquelle l’assemblée générale de l’Aspam, tenue le 4 avril, a été placée sous le thème de la «relance du secteur agrumicole».

Parmi les mesures préconisées lors de cette réunion, l’actualisation du plan agrumicole 1998-2010 qui avait pour objectif le renouvellement de 34 000 ha afin de produire 1,85 million de tonnes en 2010, dont 850 000 pour l’export. En 2006, on peut dire qu’on est loin des objectifs. L’Aspam propose un nouveau plan 2006-2015 pour relancer la production par de nouvelles plantations dans les variétés les mieux adaptées aux exigences des marchés extérieurs. L’association des producteurs d’agrumes au Maroc demande l’amélioration des aides aux producteurs pour les encourager à  renouveler les vergers, et leur revalorisation pour prendre en compte les prix de revient à  la production. La complexité et la lourdeur des procédures administratives nécessaires aux producteurs pour bénéficier des aides, qui étaient une des causes du retard, doivent être simplifiées. Les professionnels sont conscients qu’ils doivent s’impliquer davantage dans la voie d’un nouveau partenariat avec l’Etat.

Ils espèrent par ailleurs que la reprise en main des terres de la Sogeta-Sodea par les privés, qui ont pris des engagements d’investissement, jouera un rôle moteur dans la relance.
M. Derrab rappelle au passage que les agrumes, dont l’export représente 45-50% de la production, le reste allant au marché local, couvrent 74 500 ha, procurent au Maroc 3 milliards de DH, et assurent 100 000 emplois permanents (21 millions de jours de travail) à  8 000 familles.

L’Egypte et la Turquie commencent à  concurrencer le Maroc sur le marché russe. Ce dernier représente 35% à  40% des exportations marocaines d’agrumes.