Les exportations 2008 sauvées par les phosphates… Et après ?

Les phosphates et dérivés ont rapporté 30 milliards de DH de plus qu’en 2007.
Ils représentent 33,4 % des exportations contre 18 % l’année dernière.
Les autres produits n’ont évolué que de 1 % en 2008.

Depuis mai 2008, des consultants du cabinet américain Booz Allen & Hamilton planchent sur ce qui devrait être la nouvelle stratégie du Maroc pour les exportations. En attendant, les derniers chiffres de l’Office des changes pour le mois de décembre et pour toute l’année 2008, dévoilés le 30 janvier, interpellent à plus d’un titre. Certes, une première revue des grandes masses, notamment les exportations et importations de biens, ainsi que leur évolution par rapport à l’année d’avant, laisse apparaître une performance plus que respectable : les exportations de biens, uniquement, auront atteint à la fin 2008, près de 154 milliards de DH soit une hausse de 24,3% par rapport à leur niveau de 2007. Réaliser une croissance à deux chiffres et supérieure à 20% en période de crise est assurément un exploit. Ceci est d’autant plus rassurant que, de l’autre côté, les importations, elles, ont lourdement pâti de l’explosion de la facture pétrolière. La performance reste également bien au-dessus des niveaux observés ces deux dernières années. La croissance annuelle des exportations a été de 10,7 % en 2007 et 13 % en 2006.

L’OCP a bien profité de la hausse des cours mondiaux
Nos échanges extérieurs se portent donc très bien, serait-on tenté de dire. En fait, on en est loin. Car, au-delà des chiffres globaux, les statistiques officielles analysées plus en profondeur livrent des constats beaucoup moins rassurants. Le premier concerne le poids anormalement élevé des phosphates et dérivés dans les échanges extérieurs. Ainsi, à fin décembre 2008, ils ont représenté 51,4 milliards de DH soit plus du tiers (33,4%) des exportations globales de marchandises. En 2007, elles n’ont été que de 22,3 milliards de DH, soit environ 18% du total. Déjà une première conclusion : la balance commerciale du Maroc a été sauvée grâce aux phosphates qui ont drainé 30 milliards de DH de plus que l’année précédente. Ceci est d’autant plus vrai que, toujours en 2008, les exportations des autres produits hors phosphates étaient, elles, en panne avec une petite croissance de 1%, soit un montant d’un milliard de DH. Autant dire rien! D’un autre côté, et c’est le deuxième constat, quand bien même les exportations des phosphates se portent bien, un détail ne passe pas inaperçu: la performance est plus le résultat de la hausse des cours mondiaux que d’une évolution des volumes. La preuve, en 2007, 2,26 millions de tonnes d’acide phosphorique ont été exportées pour une recette de 9 milliards de DH. En 2008, à peine 1,6 million de tonnes ont rapporté 23 milliards de DH, soit 2,5 fois le niveau de 2007. Le prix moyen de la tonne est donc passé de 4 000 DH en 2007 à 14 000 DH en 2008.
Le moteur OCP a bien fonctionné en 2008 et des investissements colossaux sont prévus pour les cinq prochaines années pour augmenter les capacités de production de l’office. Les enseignements de la crise mondiale sont clairs : le Maroc doit impérativement diversifier ses marchés et surtout son offre exportable. C’est même une urgence !