Les exportateurs s’unissent pour attaquer les marchés étrangers

En collaboration avec l’Onudi, des consortiums d’exportation sont
en cours de constitution.
Des projets concernant 30 filières d’exportation sont à l’étude.

Développer et affronter les marchés de grandes dimensions. Tel est l’objectif des consortiums d’exportation que le gouvernement marocain a décidé de monter, en collaboration avec l’ONUDI (Organisation des Nations Unies pour le développement industriel). Face aux enjeux de la mondialisation, ces consortiums sont considérés comme un moyen incontournable pour affronter les marchés étrangers sur lesquels la concurrence est de plus en plus ardue.
Inspirés du modèle italien, ces consortiums sont aussi connus sous les appellations de maillage ou réseautage en France. Ils consistent en un regroupement volontairement constitué par des entreprises souhaitant réaliser conjointement des objectifs difficiles à atteindre par un opérateur agissant isolément.
Selon des exportateurs, «grâce à la synergie de groupe et au travail en réseau, le consortium permet de surmonter des handicaps liés à la taille des entreprises et de trouver des solutions appropriées».

De la prospection à la vente, des actions communes

Le regroupement des exportateurs a pour objectif d’améliorer la compétitivité des produits, notamment en réduisant les coûts de prospection ainsi que des frais d’approche. La mise en place de consortiums vise plusieurs objectifs comme l’achat groupé des matières premières, la mise en place de services administratifs centralisés, la prospection commune des marchés, la recherche des commandes et d’opportunités commerciales, le groupage des produits pour une offre complète et enfin la promotion des produits à travers la participation ou l’organisation de manifestations commerciales au Maroc ou à l’étranger. A plus long terme, le consortium pourrait poursuivre des objectifs plus complexes comme la facilitation de l’accès au crédit grâce à la mise en place de garanties et d’une assurance collective, la recherche scientifique, la certification, la formation professionnelle, l’intégration industrielle ou encore la promotion d’une image de marque.
L’expérience marocaine en matière de consortiums d’exportation est embryonnaire. Pourtant, l’idée est ancienne et des pools d’exportation avaient été mis en place durant les années 1980. Plus récemment l’Asmex (Association marocaine des exportateurs) a tenté de créer des Groupements d’intérêt économique en vue d’exporter sur les marchés de l’Afrique subsaharienne. Les objectifs de ces tentatives, qui n’ont pas été, selon les professionnels, «très convaincantes», portaient particulièrement sur la réduction des coûts de la logistique et la gestion du risque de non-paiement.

Un consortium regroupant 70 artisans existe déjà à Essaouira

Aujourd’hui, des consortiums existent déjà dans les secteurs du ciment, de l’automobile, du textile, de l’artisanat, de l’agroalimentaire ou des services. L’apport des consortiums est, selon certains opérateurs du secteur/textile, primordial en raison du contexte actuel de globalisation et d’ouverture du marché. Ils citent, à titre d’exemple, le cas d’Euromedco. Regroupant trois façonniers souhaitant passer de la sous-traitance à la co-traitance, Euromedco a déjà réalisé quelques actions comme la participation à certaines foires européennes ainsi que la prise de contacts avec des sociétés européennes (France, Italie et Grande-Bretagne). Autre exemple à retenir : celui du regroupement des artisans à Essaouira. Grâce à un financement italien et en partenariat avec le ministère de l’Artisanat, l’ONUDI a pu développer en 2003 deux consortiums regroupant 70 artisans qui ont exposé, en février 2004, à la plus grande foire de l’ameublement qui s’est tenue à Milan. La même expérience est en cours d’étude avec la filière cuir à Fès.
Les entreprises exportatrices s’accordent à dire que le Maroc doit favoriser l’émergence des consortiums et appuyer leur création dans plusieurs secteurs. Ainsi, plusieurs projets pourraient être initiés dans une trentaine de filières d’exportation parmi lesquelles figurent les articles ménagers, l’artisanat, le papier et emballage, la pêche et aquaculture, les vins, la quincaillerie ou encore les vêtements en jean. Au niveau des services, les filières d’études, de consulting, d’édition, de publication ou encore des technologies de l’information sont également jugées porteuses.
Outre la définition des secteurs cibles, la réussite des consortiums d’exportation reste tributaire de la mise en place de mesures d’accompagnement notamment d’ordre juridique et fiscal. Actuellement, et en attendant ces mesures, les consortiums bénéficient de l’exonération fiscale totale pour les cinq premières années d’activité et de 50 % pour les cinq années suivantes