Les entreprises de moins en moins intéressées par les dépôts à terme !

Leurs dépôts ont baissé de 17,5% à fin juin. L’orientation des taux est à la baisse et la pression sur les trésoreries limite la masse des disponibilités oisives des entreprises. Celles-ci s’orientent de plus en plus vers les OPCVM.

Les entreprises se détournent des dépôts à terme ! Selon les chiffres de Bank Al-Maghrib, leurs comptes à terme auprès des banques affichaient à fin juin un encours de 23,3 milliards de DH, en recul de 17,5% depuis le début de l’année et de 11,1% par rapport à juin 2015. La tendance générale est certes à la baisse. Avec 165,2 milliards de DH, l’encours global des dépôts à terme est en repli de 3,6% par rapport à décembre 2015 et de 0,8% par rapport à juin 2015. Mais on note une régression beaucoup plus importante pour la clientèle des entreprises. D’après une source à BMCE Capital, elle s’explique par deux raisons principales. D’un côté, la pression sur les trésoreries occasionnée essentiellement par l’allongement sans précédent des délais de paiement réduit la masse des disponibilités oisives des entreprises. De l’autre, plusieurs clients Corporate ont amorcé un changement dans leurs stratégies de placement. Ils optent de plus en plus pour d’autres instruments, notamment les OPCVM qui offriraient, selon leurs appréciations, des rendements aussi sûrs que les DAT mais plus intéressants à la sortie.

Les données du marché confortent ce choix ! Les banques rémunèrent moins bien les comptes à terme qu’auparavant. Selon la dernière enquête mensuelle de BAM datant de juin, le taux moyen pondéré des dépôts à terme à six mois s’est établi à 2,98% et celui des dépôts à 12 mois à 3,61%. Les deux sont en recul de 80 et de 19 points de base respectivement par rapport à 2015.

Sur le terrain, chez les grandes banques de la place, la rémunération standard offerte aux déposants est légèrement en retrait par rapport à celle des deux dernières années. En général, les taux proposés aujourd’hui commencent à 2,25% pour les dépôts sur 3 mois, atteignent 2,50% sur 6 mois et dépassent rarement 3,25% sur 12 mois. Cette grille s’applique surtout pour les particuliers, qui sont, faut-il le rappeler, les pourvoyeurs de 70% des dépôts du secteur. «Aujourd’hui, ces derniers peuvent très difficilement aspirer à un traitement meilleur», informe un banquier. Quitte à laisser partir beaucoup d’affaires. Par contre, les clients Corporate ont droit, comme toujours, à des taux allant jusqu’à 4,20%, étant donné l’importance des montants et parfois les durées de placement. Sauf que là aussi, difficile aujourd’hui d’obtenir des bonifications (25 à 50 points de base de plus par rapport au taux standard) qui étaient systématiquement accordées, à moins qu’il s’agisse d’une relation avec un grand intérêt commercial, bien équipée en produits et disposant d’autres avoirs au niveau de la banque (bancassurance, portefeuille titres, produits de la banque privée…).

Les banques moins généreuses en bonus

En somme, les banquiers ne sont plus aussi généreux et changent rarement de position, selon les instructions de leurs hiérarchies. Avant l’octroi de toute bonification, la majorité des établissements obligent le directeur du centre d’affaires d’obtenir l’accord du directeur de réseau et même de la direction générale pour une hausse de plus de 50 pbs. «Même les renouvellements ne sont plus accordés au même taux de l’année antérieure. Généralement la bonification est réduite de moitié sinon carrément ôtée», confie un chargé d’affaires chez BMCI.

Qu’est-ce qui explique alors ce désintérêt pour une ressource depuis longtemps très convoitée par les banques? Pour les professionnels, cela paraît normal quand on sait que la situation de liquidité des banques s’est nettement améliorée. En effet, le solde de trésorerie du système bancaire devrait passer, selon les prévisions de BAM, d’un déficit moyen de 16,5 milliards de DH à fin 2015, à une surliquidité de 20,9 milliards au deuxième semestre en 2016 puis à 47 milliards en 2017. De plus, se financer auprès de BAM est devenu plus intéressant suite aux abaissements successifs du taux directeur, passé de 3% à 2,25%. En parallèle, le tassement du crédit bancaire fait en sorte qu’il n’y a pas un réel intérêt des banquiers pour les ressources puisque la demande ne suit pas.

Si les dépôts des entreprises sont en baisse, les particuliers continuent de porter les placements à terme. A fin juin, ils ont confié aux différentes banques de la place plus de 114 milliards de DH, en hausse de 4,6% par rapport au premier semestre de 2015. Bien que les taux proposés depuis le début de l’année pour la majorité des clients particuliers s’écartent très rarement des grilles standards arrêtées, selon les banquiers sondés, cette cible continue de confier son épargne aux banques. Aucune limite réglementaire n’existe pour l’ouverture d’un compte à terme, mais le banquier décide en tenant compte de la rentabilité du client et de la taille de son agence avant la prise de décision. En général, le client est redirigé vers le compte sur carnet si la banque juge que le montant n’est pas aussi important.