Les entreprises de BTP auront plus de visibilité sur la demande

Un observatoire du BTP devrait entrer en service au plus tard dans 9 mois. Il fournira des indicateurs sur l’évolution prévisionnelle de la demande, les prix et les achats de matériaux de construction, des outils de production…

Les stratégies sectorielles en cours (grands chantiers d’infrastructures, Plan d’accélération industrielle, Plan Azur, Logistique…) ont beau promettre d’alléchants flux d’activité aux entreprises de BTP, celles-ci ne disposent toujours pas d’un niveau d’information suffisant sur les perspectives d’évolution de la demande à moyen et long terme. Mais cela pourrait changer sous peu. Le ministère de l’équipement planche actuellement, en collaboration avec la Fédération nationale du BTP (FNBTP) et la Fédération marocaine du conseil et de l’ingénierie (FMCI), sur un projet d’Observatoire du bâtiment et des travaux publics (OBTP) dont le but premier est de fournir de la visibilité aux entreprises. Dans les grandes lignes, cette entité devrait recueillir, analyser, traiter et diffuser des informations pour éclairer et/ou appuyer les prises de décisions des professionnels, «le tout sera présenté de manière à être immédiatement exploité par tout opérateur», insiste-t-on auprès du département de l’équipement. Par exemple, l’observatoire fournira des chiffres longtemps demandés par les professionnels, ceux sur la surface de plancher construite ou encore le nombre de bâtiments mis en vente au niveau national sur une période donnée. Mieux encore, sur la base d’un historique de données de 5 ans, la nouvelle entité devrait permettre de ressortir l’évolution prévisionnelle de ces indicateurs. Au-delà des éléments renseignant sur la demande, le dispositif devrait fournir aux opérateurs des données concernant leurs intrants : matériaux de construction, appareils de production… Il s’agira pour l’essentiel de préciser les prix et les ventes de ces intrants et outils, là encore, présents et prévisionnels. De précieuses informations pour les opérateurs qui auront dès lors une idée sur les conditions futures de réalisation de leurs chantiers.

L’observatoire sera géré par la tutelle et les professionnels

Le but évident derrière cette volonté de donner plus de visibilité aux opérateurs est de les encourager à investir. Car il faut bien préciser que la configuration actuelle du marché ne les incite pas à mener des actions de développement, de l’aveu même du département de tutelle. Mais l’observatoire devrait également être d’une grande aide à l’Etat qui, par manque de visibilité sur le tissu d’entreprises, ne vise pas toujours juste à travers ses politiques. Et c’est à dessein que l’observatoire renseignera par exemple sur le nombre de créations et de fermetures d’entreprises, l’effectif d’ouvriers qualifiés, la part de marché des entreprises étrangères de BTP… Autant de données qui devraient permettre de mieux ajuster l’action publique à l’offre sur le marché du BTP.   

Cependant, si tout cela semble prometteur et clair sur le papier, la concrétisation n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire. Il faut rappeler à ce titre qu’un premier projet d’observatoire était prévu dans le contrat programme du BTP de 2004, mais le chantier n’a pas été mené à son terme, ce qui a abouti à un dispositif resté rudimentaire à ce jour. Pour cette nouvelle tentative, qui entre elle aussi dans le cadre d’un contrat-programme du BTP à l’horizon 2020, le département de Aziz Rebbah veut manifestement bien faire les choses en se donnant le temps et les moyens qu’il faut.

L’enveloppe de 4,5 MDH allouée à tout le projet a ainsi financé dans une première phase une étude menée sur une dizaine de mois pour déterminer l’organisation de l’observatoire. Cette étude aujourd’hui finalisée s’est appuyée sur un benchmark sur le plan national et international. L’on sait ainsi, d’après les éléments validés jusqu’à présent, qu’au début, le modèle de gouvernance de l’observatoire sera mixte et impliquera le ministère et la profession, sachant que les ressources nécessaires au fonctionnement seront mises à disposition par la tutelle qui assurera également le secrétariat de la future entité. Par la suite, l’on devrait tendre vers un modèle d’organisme ayant un statut public-privé organisé sous forme d’association rassemblant des représentants du ministère ainsi que la FNBTP et la FMCI.

75 indicateurs répartis en 5 familles

Dans la seconde phase du projet, entamée il y a quelques semaines, il s’agira de développer et d’implémenter le système d’information qui prendra en charge tout le travail de recueil, d’analyse et de traitement des données. Dans une dernière étape, les initiateurs de l’OBTP s’attelleront à la formation, la communication…, pour enfin lancer le nouveau dispositif. Celui-ci devrait démarrer ses activités tout au plus dans 9 mois, selon le planning du ministère de l’équipement.

Naturellement, le succès de tout le projet repose sur l’alimentation en données et le défi sur ce plan sera de taille. En effet, le ministère de l’équipement a défini 75 indicateurs répartis en 5 familles (bâtiment, travaux publics, appareil de production, matériaux de construction et données transversales) que doit fournir l’observatoire conformément aux attentes de ses futurs usagers. Or, beaucoup de ces indicateurs ne sont pas établis à l’heure actuelle. Qu’à cela ne tienne, les équipes de Aziz Rebbah comptent y aller progressivement. Une quinzaine d’entretiens ont été menés ces dernières semaines avec des partenaires clés pour la collecte des données : la FNBTP, la FMCI, les industriels des matériaux de construction (FMC), les ministères des finances, de l’industrie, l’emploi, l’éducation, l’énergie et de l’habitat, la CNSS, le HCP, l’OMPIC, l’Office des changes… Ces échanges ont permis au département de tutelle de se faire une idée précise sur la disponibilité réelle des informations. Une liste de 16 indicateurs a été établie, dont les sources d’information sont disponibles dans l’immédiat et qui pourront figurer dans l’observatoire à son lancement. Ensuite, les indicateurs restants devraient être développés sur les 3 premières années de démarrage de l’OBTP selon leur niveau de priorité.

Il faut bien noter que les prestations du futur observatoire ne se limiteront pas à l’établissement d’indicateurs mais porteront également sur un service de veille et de recherche (veille en matière de concurrence, de technologie…) ou encore d’évaluation des politiques publiques. La future entité devrait également gérer une plate-forme d’échange et de partage, de même qu’elle devrait organiser différents événements.