Les entreprises continuent de subir et de répercuter les retards de paiement

A chaque fois que le ralentissement pointe du nez, les opérateurs se tournent vers la rétention du cash, créant un cercle vicieux peu bénéfique pour la bonne tenue des affaires.
Résultat : Les délais de paiement continuent de se dégrader dans le privé. Dans l’indice de complexité du recouvrement d’Allianz trade, qui mesure à quel point il est difficile de récupérer un impayé, le Maroc est classé 39e sur 49 pays.

Les opérateurs économiques subissent de plein fouet les soubresauts de la conjoncture actuelle et cela se voit clairement au niveau des trésoreries ! A chaque fois que le ralentissement pointe du nez avec son lot d’opacité et de manque de visibilité, les opérateurs se tournent vers la rétention du cash, créant un cercle vicieux peu bénéfique pour la bonne tenue des affaires. En fait, comme l’expliquent les experts, ce conditionnement culturel fait en sorte que quand bien même les trésoreries seraient bien garnies et permettent de régler sans délai, les entreprises préfèrent ne pas payer en attendant «d’y voir plus clair».

A en croire les données des spécialistes du renseignement commercial, les délais moyens continuent de s’allonger et vont au-delà de 170 jours chez les très petites structures. Concernant la PME, les délais de paiement clients ont augmenté ces deux dernières années de 12 jours pour atteindre 129 jours. Les PME ont réussi à répercuter totalement la hausse de leurs délais clients, en payant plus tardivement leurs fournisseurs.

Une étude de Allianz Trade corrobore cette situation peu confortable que traversent les opérateurs du monde des affaires et qui n’arrange pas la bonne tenue des transactions commerciales dans les différents secteurs productifs. Dans l’indice de complexité du recouvrement développé par Allianz Trade et qui mesure à quel point il est difficile de récupérer un impayé, pour une entreprise, dans un pays donné, le Maroc est en effet classé 39e sur 49 pays. Il couvre 49 pays qui représentent 90% du PIB mondial et 85% des flux commerciaux internationaux. Le Maroc a obtenu un score de 57, en légère baisse par rapport à la précédente édition. «Ce score représente un niveau de complexité très élevé», notent les auteurs du rapport. Dans le détail, expliquent les experts de Allianz Trade, le délai moyen de recouvrement (ou DSO) au Maroc reste élevé et le comportement de paiement des entreprises domestiques se dégrade avec des paiements s’effectuant entre 120 et 150 jours en moyenne. «Diverses procédures d’insolvabilité sont disponibles au Maroc, mais elles restent complexes, lentes et généralement inefficaces en matière de recouvrement de créances», souligne le rapport. Par ailleurs, l’exposition des exportateurs marocains à la complexité de la collecte internationale est élevée.

Les données les plus actualisées de Bank Al-Maghrib sur le sujet vont dans le même sens. En effet, pour les délais de paiement fournisseurs, 62% des entreprises honorent leurs engagements dans des délais inférieurs à la limite réglementaire, près du tiers des entreprises payent leurs fournisseurs après 90 jours, tandis que 79% d’entre elles sont dans des délais supérieurs à 120 jours. «Cette configuration est restée la même depuis des années», selon l’analyse de la banque centrale. De façon générale, «les pratiques de paiement semblent ne pas s’améliorer avec une persistance des comportements retardataires». C’est dire qu’il reste du chemin à faire, surtout pour le privé, de sorte à respecter les 60 jours réglementaires. Les calculs effectués par BAM sur l’évolution des délais de paiement du secteur privé, fin 2018 déjà, et qui reflètent des données structurelles, font ressortir une moyenne globale de 152 jours de chiffre d’affaires (JCA) pour les délais clients, et de 105 jours d’achat (JA) pour les délais fournisseurs, soit un dépassement de 45 jours par rapport au seuil réglementaire de 60 jours fixé par la loi. Dans ces conditions, le solde commercial des entreprises marocaines fait ressortir une position nette prêteuse avec une moyenne équivalant à 73 jours de chiffre d’affaires.

Du côté de l’Administration publique et des EEP, d’après les dernières statistiques de la Direction des entreprises publiques et de la privatisation, relevant du ministère de l’économie et des finances, à fin mars 2022, la moyenne des délais de paiement déclarés par l’ensemble des établissements et entreprises publics (EEP) a atteint 37,9 jours contre 38,4 jours à la même période de 2021. En général, les délais de paiement des entreprises publiques s’inscrivent dans un trend baissier sur les trois dernières années, mais certains établissements publics continuent de pratiquer des délais de paiement anormalement longs, comme le souligne le rapport de la DEPP (parfois 177 jours pour payer ses prestataires).

Les Etats-Unis et l’Inde se démarquent par la facilité de leur processus de recouvrement

Parmi les 10 principaux partenaires commerciaux du Maroc, 5 pays ont un indice de complexité du recouvrement remarquable et deux pays obtiennent un indice très élevé : les États-Unis et l’Inde. En outre, la Suède, l’Allemagne et la Finlande sont les trois pays où le recouvrement des impayés est le moins complexe. En revanche, l’Arabie saoudite, la Malaisie et les Émirats Arabes Unis sont les plus mal notés. Le rapport relève aussi que l’écart de complexité du recouvrement entre économies avancées et pays émergents s’est contracté : 20 pays sur 49 ont vu leur indice de complexité du recouvrement s’améliorer.