Les défis du système éducatif marocain face aux inégalités sociales

• Développement professionnel des enseignants, renforcement des infrastructures, lutte contre le décrochage scolaire et encouragement de la créativité des élèves en sont quelques-uns.
• Un campus connecté en projet à travers un investissement de près de 200 millions de DH pour une meilleure accessibilité à l’enseignement.

La fracture scolaire persiste au Maroc. L’école tend encore à reproduire les inégalités sociales à travers notamment d’un côté des établissements payants pour les riches et la classe moyenne et, de l’autre, des structures publiques où les moyens manquent et le taux de déperdition dépasse les 50% avant le bac. Dans ce contexte, la part du secteur privé dans le primaire ne cesse d’évoluer. En 2018, elle était estimée à 13,7% des effectifs contre 7,4 dix ans plutôt. Il faut souligner également que 50% des étudiants des zones rurales atteignent le niveau moyen et 18% arrivent au secondaire. C’est ce qui ressort de diverses enquêtes et études réalisées sur le sujet. Selon le Mémorandum économique 2017 sur le Maroc de la Banque mondiale, le système éducatif marocain serait des plus inégalitaires au monde. Ce rapport met en exergue que les pays ayant relevé leur capital humain, telles la Finlande ou encore la Corée du Sud, sont ceux qui ont mis en place un primaire de qualité à près de 100% public.
Aujourd’hui, la crise du Coronavirus qui perdure depuis une année a, malgré les efforts et les avancées en e-learning, engendré des pertes en matière d’apprentissage et a encore fragilisé le système éducatif national. En effet, si l’enseignement à distance a été providentiel pour maintenir l’activité, la crise sanitaire a encore mis à nu les contraintes de l’enseignement public. Problèmes de connectivité et d’équipements informatiques, difficultés pédagogiques, sans oublier l’absence de mesures communes d’enseignement à distance et d’un planning global des enseignements, en sont quelques-uns.
Comment réduire le creusement des inégalités sociales au sein du système éducatif et mettre en place une offre de qualité en la matière ? Pour ce faire, dans le cadre de la Vision stratégique pour l’éducation 2015-2030, le gouvernement a initié des réformes. C’est dans ce contexte qu’il a adopté en 2019 la loi-cadre 51.17. Une réponse pour endiguer les causes profondes et immédiates de la crise de l’apprentissage. Dans cette démarche, un prêt de 500 millions de dollars de la Banque mondiale à travers le programme d’appui au secteur de l’éducation au Maroc vise à améliorer la gouvernance du domaine et le renforcement des acquis scolaires. La crise du système éducatif n’est en effet pas conjoncturelle et nécessite des mesures de fond. Pour Mohamed Tahiri, directeur de l’enseignement supérieur et du développement pédagogique, au sein du ministère de l’éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, les défis à relever sont grands. Lors d’un webinaire organisé par la Chambre de commerce britannique au Maroc, l’intervenant a souligné les mesures à mettre en œuvre pour une meilleure équité sociale. En matière de renforcement de l’enseignement à distance, le responsable a exposé le projet de mise en place de campus connecté pour lequel une enveloppe de près de 200 millions de DH est allouée. Ce chantier, en gestation depuis longtemps, avance enfin et les appels d’offres pour sa réalisation devraient être lancés bientôt. Il devrait permettre à terme une meilleure accessibilité aux enseignements pour tous les étudiants marocains.
De toute évidence, ce projet devrait être accompagné par d’autres mesures appropriées pour compenser les disparités d’accès à l’enseignement à distance qui risquent de creuser encore plus les inégalités face à l’éducation. Au-delà de ce contexte sanitaire, il est important de l’avis de tous de prioriser, même dans un contexte de contraintes budgétaires, les dépenses relatives au secteur de l’éducation.
Dans ce contexte de mise en œuvre des projets de la loi cadre 51-17, le développement professionnel des enseignants est de l’avis des experts, un vecteur pour améliorer la qualité de l’enseignement et assurer l’atteinte des objectifs. Il y a en effet fort à faire pour accompagner les formateurs dans le renforcement de leurs capacités pédagogiques mais aussi leurs compétences numériques.
Une offre d’enseignement de qualité passe aussi par la lutte contre le décrochage scolaire. A ce niveau, il apparaît indispensable de renforcer les campagnes de sensibilisation et mettre en place des cours de rattrapage pour les élèves en difficulté. Il semble également important de mettre en œuvre des mesures pour augmenter l’autonomie de l’élève eu égard à l’évolution des modes d’enseignement. Dans ce contexte, la créativité des enfants doit être encouragée. Au niveau supérieur, il est manifestement nécessaire de travailler sur la flexibilité de la formation pour répondre au rythme de tous et offrir l’opportunité à ceux qui le souhaitent d’être apprenants à vie. Autant de pistes pour une meilleure insertion pour les futures générations et pour répondre aux besoins en capital humain. L’amélioration et la résilience du système éducatif passent, de l’avis des experts, par un benchemarking des bonnes pratiques en la matière à l’échelle internationale. Sa résilience repose aussi sur son agilité à suivre l’évolution de son écosystème. La crise sanitaire que nous traversons est une leçon à tirer pour accélérer les réformes et susciter plus de réactivité.