Les criquets percent la dernière ligne de défense

2 000 hectares infestés à Essaouira

Le trafic aérien à Laâyoune perturbé.

La superficie envahie par les criquets s’élargit de jour en jour. Le 23 novembre, des essaims ont atteint la région d’Essaouira où 2 000 ha ont été infestés. La semaine précédente, c’étaient les villes de Khénifra, Beni Mellal et Agadir, situées sur la dernière ligne de défense, qui ont été touchées.
Au Centre de lutte anti-acridienne, en dépit de la gravité de la situation, le ton est rassurant. «Il s’agissait de quelques invasions éparses qui, en raison des vents, ont pu échapper aux traitements». Notons que plus de 1,3 million d’ha ont pu être traités depuis le début de l’attaque des criquets. Néanmoins, le risque d’une invasion plus ample n’est pas écarté. C’est la raison pour laquelle «la troisième et dernière ligne de défense qui s’étend d’Oujda à Aït Melloul en passant par Missour, Khénifra, Marrakech et Béni Mellal est actionnée. Les responsables se réunissent et se préparent contre toute attaque qui viendrait à bout des deux premières lignes», explique-t-on. Ces dernières continuent en effet à subir les invasions des essaims à partir des territoires algérien et mauritanien. Des vagues importantes de criquets immatures ont été signalées dans l’Est (Figuig, Missour, Guercif, Bouarfa, Errachidia) et dans le Sud au point de perturber le trafic aérien vers Laâyoune.

Le pire est prévu pour 2005
Il faut dire que les conditions climatiques ne sont pas favorables. Les vents violents qui ont soufflé ces derniers jours sur l’est du pays «ont contraint les responsables à se contenter de la lutte terrestre, les avions ne pouvant pas décoller dans ces conditions».
Selon les experts, le Maroc risque de connaître au cours du premier trimestre 2005 le pire printemps de son histoire contemporaine. La menace d’une invasion généralisée n’est pas complètement écartée (voir enquête de La Vie éco du 5 novembre 2004). Auquel cas, l’ensemble du patrimoine végétal risque d’être affecté. On peut imaginer l’ampleur des retombées quand on sait que le secteur agricole contribue pour 15 à 20 % du PIB et qu’il emploie 42 % de la population active nationale et 80% de la population active rurale. 5,4 millions d’ha de céréales et 760 000 ha d’arbres fruitiers risquent d’être anéantis. Avec l’effet de cascade sur les autres secteurs, c’est toute l’économie nationale qui est dans la ligne de mire des criquets.
Une réunion d’urgence de la FAO est prévue du 29 novembre au 2 décembre à Rome. 40 pays et organisations y prendront part pour examiner les nouvelles formes d’appui que devra apporter la communauté internationale aux pays menacés .