Les comptes nationaux de 2008 : un besoin de financement de 37,4 milliards de DH pour l’économie marocaine

Le taux de croissance a été réévalué de 0,2 point à  5,6 %, mais le PIB hors agricole s’est replié.
La consommation des ménages a sauvé l’année. La baisse des transferts des MRE ont eu un impact net.

Les comptes nationaux qui viennent d’être arrêtés par le Haut commissariat au plan (HCP), au titre de l’année 2008, ne laissent désormais aucun doute, s’il en subsistait encore, sur les effets de la crise internationale sur l’économie marocaine. Certes, la croissance globale a été très légèrement révisée à la hausse à 5,6%, soit + 0,2 point par rapport aux prévisions, mais cela a résulté surtout de l’augmentation de la valeur ajoutée agricole de 16,3%, après une baisse de 20,8% en 2007. Le PIB non-agricole, par contre, a pour la première fois depuis des années franchi à la baisse la barre des 5% (4,2 % au lieu de 6,5% en 2007), et ceci en raison du repli de la valeur ajoutée des activités hors agriculture (4,1% contre 6%), et de la baisse du rythme de progression des impôts, nets des subventions, affectant les produits (5% contre 10,6% un an auparavant).
Quand on observe la décomposition du PIB opérée par le HCP, on s’aperçoit que la croissance économique a été tirée principalement par la demande intérieure. Mais surtout par la consommation des ménages qui a augmenté de 9,4%, contre 3,8% en 2008, contribuant ainsi pour 5,5 points à la croissance du PIB. La consommation des administrations publiques, elle, a évolué pratiquement au même rythme (4,8%) que l’année précédente (4,3%), tandis que la formation brute du capital fixe (FBCF, ou tout simplement l’investissement) a vu son rythme de progression fléchir en s’établissant à 11,7% contre 14,3% en 2007 ; la FBCF contribuant ainsi pour 3,7 points à la croissance du PIB.
En revanche, les exportations de biens et services (qui font partie de ce que la comptabilité nationale appelle les emplois du PIB) ont tout simplement enregistré un résultat négatif (- 1,1%). Et comme, dans le même temps, les importations ont augmenté de 10,9 %, le solde extérieur (biens et services) s’est dégradé encore plus, ramenant sa contribution au PIB à – 5,3 points, contre – 4,2 points en 2007 et 0,7 point en 2006.
Cette détérioration du solde extérieur des biens et services, faut-il le souligner, est provoquée par les retombées de la crise principalement sur l’activité touristique, dont les recettes ont reculé de 10,7%, et les ventes de phosphates et des produits du textile et de l’habillement qui ont fléchi respectivement de 32,7 % et de 9,2%. Avec la baisse des recettes des MRE (- 3,6%), après des hausses atteignant + 15% en 2007 et + 17,4 % en 2006, les revenus extérieurs n’ont progressé que faiblement à 1,1% contre +16,9% en 2007.

Les activités secondaires et tertiaires fortement touchées par la crise
Comme l’explique le HCP, la baisse des transferts des MRE a impacté le revenu national brut disponible (RNBD qui est la somme du PIB, des revenus et des transferts courants reçus de l’extérieur), dont l’augmentation, bien qu’importante, a été, de ce fait, bridée en quelque sorte. La conséquence de cette situation c’est que dans la mesure où l’essentiel du RNBD, soit 71,4% (ou 531,9 milliards DH), a été affecté à la consommation finale (ménages + administrations publiques), la part réservée à l’épargne nationale s’est repliée à 28,6% contre 29,7% en 2007. Ceci s’expliquant par le fait que ce sont, en gros, les revenus extérieurs qui alimentent l’épargne. Il en résulte qu’avec un tel niveau d’épargne, rapporté à celui de l’investissement, le besoin de financement de la nation s’est élevé à 37,4 milliards DH, soit 5,4% du PIB. Et qui dit besoin de financement, dit endettement, bien sûr.
Au total, et à l’exception du secteur primaire, la crise internationale a bien affecté les activités secondaires (notamment l’industrie d’extraction et l’énergie qui ont carrément chuté) et tertiaire, dont les rythmes de progression ont nettement fléchi. Mais aussi, faut-il le rappeler, les opérations économiques avec l’extérieur. Cette situation, on l’a déjà rapporté ici même, s’est prolongée, voire aggravée pour certaines activités, sur le premier trimestre de 2009. A moins d’un retournement de la conjoncture au 2e semestre de cette année, beaucoup d’indicateurs seraient appelés à être révisés à la baisse.