Les comptes de la CGEM mis à  mal par les cotisations impayées : 5,6 MDH de déficit

La confédération comptait, à  fin 2010, 2 442 adhérents dont à  peine 1 228 à  jour. 559 adhérents ont été radiés ou ont vu leur adhésion résiliée pour défaut de cotisation. Leurs impayés, qui s’élèvent à  26,9 MDH, ont été purement et simplement effacés.

Comment fonctionnent les comptes de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), d’où viennent ses ressources et comment sont-elles utilisées ? Une telle question, qui aurait difficilement trouvé une réponse dans les années 80 et 90, paraît aujourd’hui anodine. En effet, loin de l’opacité d’antan où la confédération apparaissait au grand public comme un club fermé, aujourd’hui, elle s’est bien ouverte sur le tissu des entreprises et son trésorier Aziz Qadiri ne fait aucun mystère à ce sujet. Avec l’accord de son président et une fois ces comptes approuvés par l’assemblée générale ordinaire tenue récemment, il met sur la table les comptes de la confédération, s’autorisant même quelques commentaires sur les adhérents qui ne payent pas leurs cotisations ou qui traînent des pieds pour le faire. De telles remarques ne relèvent pas du hasard. Les ressources de la CGEM proviennent essentiellement des cotisations des adhérents (fédérations externes et entreprises). Le reste émane notamment du sponsoring, du programme d’appui aux associations professionnelles (PAAP) et occasionnellement de la Fondation CGEM qui donne un coup de pouce, même si sa mission première n’est pas de renflouer les caisses de la CGEM , mais d’intervenir sur des projets de taille comme la construction du siège actuel ou le financement d’études lourdes comme celles relatives à la Vision 2020 ou à la fiscalité.
 
82% des entreprises membres ont un chiffre d’affaires inférieur à 150 MDH

«Si tous les adhérents payaient normalement leurs cotisations, les comptes de la confédération seraient excédentaires», se désole M. Qadiri. D’après les nouveaux statuts en vigueur depuis 2006, les fédérations externes payent un droit d’adhésion annuel de 30 000 DH, les associations professionnelles nationales 15 000 DH et les associations professionnelles régionales 7 500 DH. Pour les entreprises, le barème de cotisation est fixé selon le chiffre d’affaires. Il existe 10 catégories. Les droits vont de 2 000 DH pour les entreprises qui réalisent un chiffre d’affaires de moins de 5 MDH (1005 membres) à 80 000 DH pour celles qui sont à plus de 500 millions (123 membres). Bien sûr, le poids n’est pas le même dans la prise de décision puisque les voix sont réparties en fonction du niveau des cotisations, soit entre une et 10 voix. Un découpage plus concis montre que 82% des entreprises membres de la CGEM, soit 2 000, ont réalisé en 2010 un chiffre d’affaires inférieur à 150 MDH, pèsent pour 51% en termes de représentativité des voix, et cotisent pour 11,06 MDH, soit 35% du total des cotisations. En revanche, les 277 (11% des adhérents) qui dégagent un chiffre d’affaires supérieur à 150 MDH contrôlent 29% des voix et génèrent 17,7 MDH, soit 57% du total. Quant aux associations, elles sont au nombre de 165 (7% des adhérents). Elles représentent 20% des voix et cotisent à hauteur de 2,46 millions DH, soit 8%. Au total, le cumul des cotisations devrait s’élever à 31,2 MDH en 2010. Mais ce n’est évidemment pas le cas, car sur 2 442 adhérents, seuls 1 228 s’en sont acquittés, soit près de 18,3 MDH, dont 1,3 million versé par 112 nouveaux adhérents. Pour le même exercice, 655 adhérents n’ont pas payé leurs cotisations, soit un manque à gagner de 8,8 MDH, en plus de 4,1 millions perdus pour cause de radiations et résiliations qui ont frappé 559 adhérents. La confédération court encore après des impayés qui remontent à 2008.
Eu égard a une amélioration moins soutenue des produits (+5,8 MDH, à 94,6 millions) que des charges (+14,8 MDH, à 100,2 millions), un déficit de 5, 6 millions a été concédé au titre de l’exercice 2010. La nette hausse des charges résulte, entre autres, d’une renonciation définitive sur des créances de 26,9 MDH –dont les 4,1 millions de l’exercice 2010- relatives à des cotisations non honorées et cumulées depuis 1995 par les 559 exclues. La confédération souligne avoir veillé à la maîtrise des charges par la réduction du coût des achats (marketing, nettoyage, sécurité…) et des frais de déplacements dont les montants sont ramenés, d’une année à l’autre, respectivement de 8,9 et 3,9 MDH, à 2,98 MDH et 2,3 MDH. Le fonds du problème reste la prise de conscience des membres de la nécessité d’apporter leur contribution pour faire de la confédération un acteur encore plus crédible. Or, ce que l’on observe depuis toujours est que la CGEM ne recouvre une bonne partie de ses créance qu’en année de vote pour l’élection du président et du bureau. En effet, ses statuts précisent que seules les entreprises à jour ont le droit de participer au vote. Dire que certains laissent tomber leur droit au vote pour ne pas être obligés de payer !