Les banques perturbées par le transfert des dépôts des notaires vers la CDG et la TGR

Le manque à  gagner du secteur est estimé à  14 milliards de DH. Les comptes à  vue stagnent par rapport à  septembre 2013, à  406 milliards de DH.

L’ambiance est tendue chez les banques marocaines en cette fin d’année. Depuis quelques semaines, un mouvement de retraits massifs des dépôts bancaires suscite une forte tension sur les équipes opérationnelles qui voient, ainsi, partir en fumée leurs objectifs annuels en matière de dépôts. L’hémorragie en question n’a trait ni à une crise systémique de confiance ni à un spectre déflationniste qui ferait craindre aux épargnants des taux d’intérêt négatifs, mais uniquement à une mesure législative incarnée dans la loi 32-09 relative à l’organisation de la profession notariale au Maroc. En effet, depuis l’entrée en vigueur, le 26 juillet 2014, du décret d’application de l’article 33 de ladite loi, les notaires n’ont que deux possibilités pour domicilier les flux financiers relatifs aux nouvelles transactions immobilières de leurs clients : les déposer dans un compte «Dépôt et Règlements» auprès des agences de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), dont la couverture géographique est malheureusement limitée à Rabat, Casablanca et Marrakech (pour l’instant), ou bien les confier à l’une des multiples succursales de la Trésorerie générale du Royaume (TGR) en vertu d’une convention de gestion pour compte signée récemment entre ces deux institutions publiques.

Pour ce qui est des dépôts des notaires relatifs aux opérations antérieures au 26 juillet 2014, ils ont été retirés progressivement du circuit bancaire au fur et à mesure du dénouement des opérations immobilières qui leur ont donné naissance. Et c’est ce flottant de plusieurs milliards de DH, non renouvelé comme auparavant par les flux de nouvelles opérations, qui fait aujourd’hui le cauchemar de milliers de chargés de clientèle, directeurs d’agences et autres centres de commandements des réseaux bancaires. Selon des sources proches du Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM), l’impact de la loi 32-09 sur les banques commerciales se chiffrerait à près de 13 milliards de DH dont plus de 7 milliards ont déjà été siphonnés à fin octobre 2014. Une situation qui tombe mal dans le présent contexte d’assèchement des liquidités que vivent les banques depuis quelques années et qui se matérialise, plus particulièrement en 2014, par une stagnation des encours des comptes à vue (dépôts non rémunérés) du système bancaire. Ces derniers plafonnaient à 406,7 milliards de DH à fin septembre 2014 contre pratiquement le même niveau à fin 2013. Le coefficient d’emploi des banques (ratio crédits / dépôts), qui flirte déjà avec la barre des 100% chez certains établissements bancaires, voire l’a même dépassé chez d’autres, sera à nouveau sous tension en cette fin d’année.