Les banques marocaines restent solides malgré l’envolée des impayés

66% des 42 milliards de créances en souffrance sont provisionnés, quant au reste, il est largement couvert par les 120 milliards de DH de fonds propres des banques, en plus des garanties constituées.

L’envolée des impayés et le manque de liquidités sont les deux grands faits qui reviennent le plus dans l’actualité du secteur bancaire dernièrement. De là à commencer à mettre en doute la stabilité des établissements de la place, il n’y a qu’un pas que l’on pourrait facilement franchir. Mais à y voir de plus près, le tableau n’est pas aussi sombre.

Certes, la problématique du manque de ressources servant au financement de l’économie se pose actuellement avec acuité : les dépôts de la clientèle n’ont progressé que de 0,8% sur le premier semestre 2013 après avoir augmenté de 11% en moyenne annuelle entre 2005 et 2010. La raison en est évidemment les difficultés rencontrées par les ménages et les entreprises, mais aussi, on le dit moins souvent, une rétraction des fonds des MRE qui pèsent plus de 21% du total de dépôts. Seulement, «ces dépôts sont dans leur majorité non rémunérés, précisément pour une part de 62,5% au premier semestre 2013, conférant une grande qualité aux ressources des banques», tempère un spécialiste du secteur. Qui plus est, pour compenser tout ralentissement dans la collecte de dépôts, les établissements disposent toujours de leviers de financement importants à l’image des certificats de dépôts ou encore la dette subordonnée. Et il faut dire qu’ils ne se privent pas d’y recourir, comme en témoigne la hausse du montant des émissions obligataires subordonnées de 13% au premier semestre 2013 en comparaison avec la même période de l’année passée. Il est vrai toutefois que les possibilités pour profiter de ces leviers varient d’une banque à l’autre. Crédit du Maroc, BMCE Bank et CIH ayant le moins de marge de manœuvre en la matière, selon les analystes du secteur.

Pour ce qui est de la montée des impayés, elle représente elle aussi incontestablement un facteur de risque, ce que l’on concède même au niveau de Bank Al-Maghrib (BAM). Les créances en souffrance ont en effet crû de 19,2% sur les 10 premiers mois de l’année, à 42 milliards de DH.

L’exposition des banques par secteur tourne autour de 15% de leurs engagements

Ceci est d’autant plus préoccupant que, de l’autre côté, les crédits connaissent un ralentissement manifeste : leur encours croît de seulement 0,6% au premier semestre 2013 contre 6,2% un an auparavant et 17,6% de hausse moyenne sur la période 2005-2010. Ce que certains analystes expliquent par un rationnement du crédit initié par les établissements, ces dernières limitant leur exposition sur certains secteurs d’activité ou segments de clientèle en raison de la hausse du contentieux. Ne pas en déduire pour autant que le secteur bancaire peut durablement restreindre ses crédits. Un expert justifie à ce titre que «le business modèle de la banque de détail au Maroc est bâti autour d’une prédominance des crédits à la clientèle dont les revenus d’intérêts fournissent aux établissements l’essentiel de leurs produits (74% du PNB des banques en 2012)».

Quoi qu’il en soit, la question se pose de savoir quel impact peut avoir la montée des impayés sur la situation des banques. A en croire les experts, les retombées en seraient limitées par plusieurs facteurs. Il faut d’abord noter que les encours de crédit sont bien répartis au niveau de tous les établissements avec une bonne représentation de tous les secteurs de l’économie. «Chez les trois plus grandes banques, l’analyse des engagements révèle certes que chacune peut dépendre jusqu’à 25% d’un seul secteur mais, de manière générale, leur exposition par secteur tourne autour de 15%», justifie un analyste spécialiste des banques. De fait, en cas de casse, la diversification sectorielle réduit le risque.

En outre, la hausse du contentieux sur certains segments de clientèle est contrebalancée par un accroissement du taux de provisionnement au niveau des banques. Ce taux s’est établi sur les quatre dernières années à plus de 70% et n’a baissé à 66% au premier semestre 2013 qu’en raison d’une politique de recouvrement des banques plus active. Cela revient à dire que seuls 14 milliards de DH de crédits en souffrance ne sont pas provisionnés actuellement. Et même pour ce dernier volume, les banques sont prémunies grâce à leurs fonds propres destinés à absorber les chocs exogènes et qui se montent au niveau de tout le secteur à 120 milliards de DH, rappelle-t-on auprès de Bank Al-Maghrib. Tout cela sans compter les garanties réelles dont disposent les établissements de la place et qui ne sont pas comptabilisées dans leur matelas de sûreté.