Les assureurs africains confrontés aux mutations du cadre réglementaire

Les marchés financiers en général et de l’assurance en particulier ont été sévèrement recadrés après la crise financière de 2008. Les experts recommandent un contrôle interne plus pertinent, des systèmes d’information plus performants, un reporting plus précis et la notation de la clientèle selon les risques.

La réglementation africaine des assurances se durcit. C’est le ressenti des assureurs rassemblés lors de la 41e assemblée de la Fédération des sociétés d’assurance de droit national africain (FANAF) à Marrakech, du 13 au 16 février 2017. Issofa Nchare, secrétaire général de la Conférence interafricaine des marchés des assurances (CIMA), rappelle que les marchés financiers en général et de l’assurance en particulier ont subi un réel recadrage après la crise financière de 2008. «Cette dernière aura coûté quelque 4 000 milliards de dollars aux institutions financières», soutient-il. Les autorités de contrôle n’ont eu d’autres alternatives que de durcir les mesures prudentielles et renforcer les contrôles.

Selon Hassan Boubrik, président de l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS), les réglementations pas seulement dans la zone CIMA, mais aussi ailleurs en Afrique (c’est le cas du Maroc), sont, de manière générale, appelées à se mettre en conformité avec les normes internationales de solvabilité basées sur les risques. «Ces exigences vont se durcir sur les volets qualitatifs de gouvernance, de transparence et de reporting, ce qui demandera beaucoup d’efforts de la part des acteurs», explique-t-il.

Ces évolutions du cadre réglementaire sont regroupées en quatre grandes familles par Richard Lowe, CEO d’Activia Group et Globus Network. Ce sont le règlement comptant des primes (depuis décembre 2014 dans la zone CIMA et depuis avril 2015 au Maroc), le relèvement du capital minimum (sociétés plus solides financièrement pour améliorer le taux de rétention des primes sur le marché local), la lutte contre la délocalisation des primes à travers l’encadrement des opérations de réassurance qui deviennent de plus en plus soumises au visa préalable de l’autorité de contrôle (quelques risques sont carrément interdits d’être cédés en réassurance dans certaines branches) et enfin le renforcement des mesures de bonne gouvernance (qualité des dirigeants et des organes sociaux).

Un marché trop atomisé

Comme le laisse entendre le thème général de cette édition «Nouveaux enjeux réglementaires et défis opérationnels: quelle stratégie pour l’assurance africaine», ce renforcement des mesures réglementaires fait peser des défis majeurs sur les compagnies. Lors de ce grand rassemblement du secteur de l’assurance de la zone CIMA qui s’est tenu dans le deuxième marché africain, en l’occurrence le Maroc, plusieurs intervenants et panélistes ont insisté sur le fait que la profession doit s’adapter à travers un contrôle interne plus pertinent, des systèmes d’information plus performants, un reporting plus précis et la notation de la clientèle selon les risques.

Sur le plan stratégique, «l’une des voies d’adaptation des opérateurs pourrait être la recherche de plus de consolidation», commente M. Boubrik, qui remarque que le nombre global des compagnies du marché africain est trop élevé par rapport à la taille du marché, ce qui peut poser des problèmes de rentabilité ou de capacité à se conformer aux exigences réglementaires.

D’autres thématiques ont été abordées, notamment la place de la réassurance à la lumière des aménagements réglementaires intervenus dans certains pays, le rôle de la notation financière dans la stratégie de développement et d’investissement des entreprises d’assurance et de réassurance, la protection de l’assuré et la marge opérationnelle des compagnies ou encore la couverture des catastrophes naturelles et des risques environnementaux.