Les associations de microcrédit se mobilisent pour assainir le secteur

Les ouvertures d’antennes seront désormais concertées.
La Fédération nationale des associations de microcrédit travaille sur des normes et des ratios d’activité standard.

Sortie remarquée du président de la Fédération nationale des associations de microcrédit (Fnam), Tariq Sijilmassi, qui, à l’occasion d’une rencontre avec la presse, en a profité pour donner une meilleure visibilité sur ce qui se passe aujourd’hui dans le secteur. C’est que depuis septembre, ce dernier traverse une zone de perturbations à cause notamment de la détérioration de certains indicateurs d’activité du secteur, notamment le niveau des créances en souffrance. Un premier rapport du CGAP, une enquête de Bank Al Maghrib puis, plus récemment, une étude de la Société financière internationale (SFI), ont tous relevé, en effet, quelques inquiétudes face à la montée des impayés qui sont passés à plus de 5% alors que, pendant plusieurs années, ils n’avaient guère dépassé 1%. Pour M. Sijilmassi, il ne faut pas s’inquiéter outre mesure d’une telle évolution car le microcrédit d’aujourd’hui n’est pas celui d’il y a cinq ans. Le contexte a changé et, partant, le modèle de fonctionnement lui aussi. Et justement, c’est tout le secteur du microcrédit qui est contraint aujourd’hui de faire sa mue.

Des règles de provisionnement depuis janvier 2009
Certes, et le président de la Fnam n’a pas cessé de le répéter, les associations de microcrédit ne sont pas des banques et ne doivent pas être comparées à des banques notamment quand il est question d’impayés. Cela dit, leur fonctionnement y ressemble fortement et ce pour trois raisons au moins : par leurs produits qui sont des crédits donnant lieu à des remboursements périodiques, par leurs réseaux d’antennes ressemblant fortement à ceux des agences bancaires et, enfin, par l’obligation qu’elles ont de respecter des normes prudentielles et des ratios. On rappellera, pour ce dernier point, que, depuis janvier 2009, les associations de microcrédit sont assujetties à des règles de provisionnement des impayés, convenus avec Bank Al Maghrib. Il s’agit, en effet, d’une grande révolution pour le secteur. Mais le président de la Fnam promet qu’elle ne sera pas la seule.  Depuis plusieurs mois, les associations travaillent sur plusieurs fronts dans le sens d’une meilleure transparence et d’une professionnalisation du secteur. En plus des règles de gouvernance, dont le provisionnement des impayés, la Fnam a, par exemple, initié la réflexion sur l’instauration de ratios d’activité et de normes pour la profession. De même, conscients que la course parfois sauvage à l’ouverture d’antenne a fait beaucoup de tort au secteur, les membres de la fédération ont décidé désormais de se concerter davantage en ce qui concerne les ouvertures de nouveaux bureaux. «Il n’est pas normal d’avoir 7 antennes de microcrédit dans la même rue dans une localité au moment où pour certaines régions on n’en trouve pas à des centaines de kilomètres à la ronde», fait remarquer M. Sijilmassi. Lui-même patron de la Fondation Ardi (filiale du Crédit agricole du Maroc), il s’est dit prêt s’il le faut à fermer des antennes et d’aller en ouvrir dans les régions non encore desservies.