Les agences de voyages refusent de prendre en charge un quota supplémentaire de 1 000 pèlerins

Ce quota pouvait revenir à  22 agences à  raison de 45 personnes chacune. Saisie le 27 octobre par le ministère du tourisme, la fédération estime que les délais sont trop courts pour organiser le voyage.

R ien ne va plus entre la Fédération nationale des agences de voyages (FNAVM) et le ministère du tourisme. La communication est rompue entre les deux parties après que la Fnavm a refusé de prendre en charge le quota supplémentaire de 1 000 candidats au Hadj que le ministère des habous et des affaires islamiques a pu obtenir des autorités saoudiennes.
«Nous n’avons reçu la lettre du ministère du tourisme nous informant qu’un quota supplémentaire pourrait  être accordé aux agences de voyages que le jeudi 27 octobre. Dans ces conditions, il nous était impossible d’organiser cette opération, sachant que le dernier vol vers l’Arabie Saoudite devait avoir lieu le mardi 1er novembre», révèle une source à la fédération. De ce fait, un millier de candidats inscrits sur les listes d’attente et 22 agences de voyages qui auraient pu bénéficier de cette petite manne, à raison de 45 pèlerins par agence, se trouvent ainsi «sanctionnés». En fait, même s’il reconnaît que les délais sont très courts pour prendre en charge ces 1 000 pèlerins, le ministère du tourisme a pourtant proposé à la Fnavm de s’en occuper à condition de s’engager par écrit à assurer l’organisation et l’encadrement dans les meilleures conditions. Quand on sait que des agences de voyages abandonnent chaque année leurs clients sur le tarmac, on se demande s’il ne faut pas se féliciter que cette opération n’ait pas abouti.
Le président de la Fnavm, Habib El Eulj, se contente, lui, de dire à ce sujet que le quota n’a pas été accepté faute de trouver des places dans les avions. Mais il profite de l’occasion pour souligner les mauvais rapports que la fédération entretient avec certains centres de décisions au ministère de tutelle, tout en précisant que les relations avec le ministre Yassir Znagui sont excellentes. Appartenance politique commune oblige ?

Une histoire de petits sous également

Notre source à la Fnavm est plus explicite. Avant, explique-t-elle, le quota total accordé aux agences était confié à la fédération des voyagistes qui se chargeait elle-même de le distribuer aux agences retenues par la commission pour organiser l’opération Hadj. Ceci permettait à la fédération de collecter une cotisation de 200 DH par pèlerin auprès de chaque agence organisatrice. Cette cotisation a été portée, il y a deux ans, à 500 DH, ce qui avait provoqué des protestations de la part de certaines agences régionales, notamment celles de Rabat. Mais à raison de 500 DH par pèlerin, la fédération encaissait tout de même 2,25 MDH pour les 4 500 candidats au Hadj qui transitent annuellement par le circuit privé.
Cette situation a poussé le ministère, pour faire simple, à distribuer lui-même le quota aux agences sans passer par la fédération, privant ainsi celles-ci de cette entrée d’argent. Ce choix n’est pas pour plaire à son président, sachant que, par ailleurs, très peu d’agences de voyages paient à la fédération leur cotisation annuelle de membre, conformément à la réglementation en vigueur. «C’est comme donner le coup de grâce à une fédération qui est déjà dans un état comateux depuis plusieurs années», commente un voyagiste qui rappelle, par ailleurs, les conditions dans lesquelles l’actuel président avait été élu après l’éviction de son prédécesseur, Fouzi Zemrani, ainsi que le procès intenté par ce dernier à la FNAVM. Procès qu’il a d’ailleurs gagné en première instance et en appel, sans pour autant réussir à faire exécuter le jugement.
Dans la réalité, tout se passe comme si le ministère ne tient plus du tout compte de l’avis d’une fédération contestée par une partie de ses adhérents. M. El Eulj s’en plaint lui-même, en soulignant que la fédération qu’il dirige n’est plus consultée sur quoi que ce soit, y compris au sein du comité technique mixte dont elle est membre de droit, et où elle a légalement son mot à dire, notamment pour ce qui relève de l’octroi des autorisations d’exercer pour les nouvelles agences de voyages.
Le président affirme avoir arrêté la participation de la fédération à ce comité, car, dit-il, «les dossiers ne nous sont pas transmis à l’avance pour que nous puissions les étudier ; on est juste convoqués pour valider les décisions qui sont prises par le ministère, ce que nous refusons». Ces dysfonctionnements indiquent que le tissu associatif dans le secteur du tourisme est loin d’être au niveau des ambitions attendues par les pouvoirs publics de ce secteur, la plupart des associations concernées demeurant dans un état végétatif.