Légumes : les véritables raisons de la flambée des prix

Comparativement à septembre 2002, l’offre de la tomate s’est
réduite de plus de moitié n Au marché de gros de Casablanca,
le kilo de ce légume est fixé à 3,40 DH contre 1,40 DH pour
la même période de 2002 n La carotte et la pomme de terre ont suivi
la même tendance.

La tomate entre 7 et 10 DH le kilo, les pommes de terre autour de 5 DH et les carottes à 4 DH. Depuis quelques semaines, les prix des légumes flambent. Ceux donnés en exemple ne sont pas cités au hasard car ils constituent les légumes de base de la cuisine marocaine.Ces prix, anormaux pour la saison, inquiètent d’autant les ménages qu’ils sont affichés à la veille du mois de Ramadan, période propice à une hausse supplémentaire.
Que s’est-il donc passé pour que le portefeuille de la ménagère soit aussi sollicité ? Il faut savoir que l’approvisionnement du marché de gros de Casablanca, qui est la place régulatrice de l’offre et de la demande du pays en matière de fruits et légumes, se fait par deux régions agricoles : la zone couvrant les Doukkala, Oualidia et le Gharb, qui pourvoit le pays de mars à octobre, et le Sud (région d’Agadir), pour le reste de l’année. Or, la dernière vague de chaleur qu’a connue le Maroc a sérieusement endommagé les cultures, occasionnant une rareté des produits.
Un coup d’œil sur le registre d’approvisionnement du marché de gros donne une idée de la rupture qui s’est opérée entre l’offre et la demande. Durant le mois de septembre 2003, les arrivages de tomate ont été de 4 300 tonnes alors que durant le même mois de l’année dernière, le tonnage était de 8 900 tonnes.

Les prix reviendront à la normale avec les produits en provenance d’Agadir
Cela a eu des répercussions visibles sur les prix. Alors que le kilo à la sortie du marché de gros affichait l’année dernière 1,40 DH , cette année la moyenne, en septembre, était de 3,40 DH.
Pomme de terre et carotte, dans une moindre mesure, ont connu le même phénomène. Pour la première, les quantités qui ont transité par le marché de gros, en septembre 2003, totalisent 7 600 tonnes, contre 8 700, en 2002. Pour la seconde, on a enregistré 6 500 tonnes au lieu de 7 800 en septembre 2002.
Voilà donc pour la raison principale de la flambée des prix des principaux légumes qui, loin de profiter aux producteurs, ne rapporte qu’aux intermédiaires.
Cependant, promet Mostafa Labzim, directeur du marché de gros, «la courbe des prix va fléchir avec les légumes en provenance (les arrivées ont commencé) d’Agadir et de Mohammédia. L’offre sera stabilisée dans les proportions habituelles et les prix vont revenir à leurs cours normaux».
En fait, s’il est vrai que la principale cause des perturbations du marché est la vague de chaleur – septembre a connu, en moyenne, une augmentation de température de 2,2 degrés par rapport aux trente dernières années (Voir La Vie éco du 3 au 9 octobre), d’autres facteurs sont à prendre en compte. S’agissant des Doukkala, Oualidia et du Gharb, il faut noter, d’abord, que l’agriculture y a souffert de la réduction des dotations en eau pour l’irrigation. Ensuite, il est clair que la culture de la canne à sucre gagne du terrain sur les superficies jusque-là réservées aux légumes. De plus, les méthodes d’exploitation et d’irrigation, notamment gravitaire, exposent les cultures aux catastrophes naturelles. Last but not the least, aussi bien les associations que le département en charge de l’Agriculture ont du mal à anticiper sur les tendances du marché et de la demande. Du coup, ils ne sont pas en mesure d’inviter les agriculteurs à opter pour les cultures qui ont le plus de chance d’être absorbées par la demande. Bref, d’autres flambées pourraient survenir dans quelques mois .