L’efficacité énergétique dans le bâtiment toujours perçue comme un fardeau

Plusieurs problèmes sont dévoilés tels que le timing de l’imposition de ces mesures, le surcoût engendré, la formation des architectes… Bien que fortement critiquée, la réglementation thermique présente des avantages traduits dans l’économie d’énergie à réaliser. Al Omrane compte supporter le coût supplémentaire.

Le respect des critères de l’efficacité énergétique dans le bâtiment, désormais obligatoire depuis avril dernier, pose moult problèmes. Rappelons que le Maroc a pris le pari de la durabilité, acté dans ses engagements lors de la COP22 et qui s’est matérialisé, entre autres, par l’implémentation de la réglementation thermique dans les bâtiments.

L’un des problèmes évoqués est le surcoût engendré. «En fonction des zones, il représente entre 15% et 20% du coût de revient par appartement, tous types confondus», précise Chaouki Mesbahi, président de l’Association des lotisseurs et des promoteurs immobiliers à Meknès. Ce coût supplémentaire est naturellement répercuté sur le client ; ce qui renchérit la valeur du bien à acquérir. «Cette mesure devenue obligatoire ne sert ni les intérêts des promoteurs ni ceux des acquéreurs, surtout par ces temps de crise qui courent», se désole M.Mesbahi. D’ailleurs, la ville de Meknès qui souffrait déjà de méventes et de chantiers en recul, a beaucoup pâti de l’entrée en vigueur effective de ces mesures. Certains ont même dû arrêter net leurs chantiers, en attendant d’y voir plus clair. Il faut dire que l’indisponibilité de certaines matières premières, ou encore leur prix élevé en raison d’une demande toujours réduite, n’arrange pas les choses. Allusion faite aux fibres de verre, aux laines de roche, au liège, au polyuréthane… «Ce n’est donc pas juste une question d’orientation du bâtiment, de mise en place de double vitrage ou d’épaisseur des murs. Il s’agit d’une chaîne de mesures et de procédures qu’il faut respecter», ajoute un architecte.
A côté de ces isolants thermiques, le holding Al Omrane précise qu’il est possible d’utiliser des matériaux locaux traditionnels, qui permettent une meilleure isolation, parfois sans même recourir à des isolants, ou encore des produits qui sont à la fois matériaux et isolants et qui sont développés par certains fabricants sensibles à l’efficacité énergétique. Pour ce faire, le groupe développe la recherche et le développement dans les secteurs de la production de l’habitat et l’aménagement urbain. La dernière en date est la convention de partenariat avec le Centre national pour la recherche scientifique et technique pour le développement dont le premier appel à projets R&D vient d’être publié. D’où l’impératif de disposer d’architectes formés dans «l’art» de l’implémentation de l’efficacité énergétique. Le bât blesse justement à ce niveau, car, hormis les quelques centaines d’architectes formés initialement, en partenariat avec la GIZ et le ministère de l’énergie et des mines, dans la région de Tanger-Tétouan, les autres ne disposent d’aucune expertise en la matière. Et ce, sachant que l’architecte est le seul responsable du chantier, du suivi des travaux, et de la conformité aux normes d’efficacité énergétique. Notons que ces formations, dispensées gratuitement, étaient censées couvrir tous les architectes du pays, mais elles ont été interrompues !

Al Omrane compte revoir à la baisse le prix des terrains destinés aux promoteurs privés

L’efficacité énergétique n’est pas juste une question de coût. La percevoir comme un fardeau serait remettre en cause toute son utilité, car, en face de ce coût engendré par sa mise en place, l’occupant bénéficie de plusieurs avantages, qui ne sont pas visibles sur le champ, mais dans le court et moyen terme. En effet, en plus du confort de l’habitation, il tire profit d’économies réalisées en termes d’énergie (chauffage, gaz, climatisation…) et qui se répercute automatiquement sur les factures.

Récemment, le holding Al Omrane s’est engagé à construire 12 000 logements sociaux et de moyen standing sur 5 ans, répondant tous aux normes imposées d’efficacité énergétique et ce, suite à la sélection du Maroc par le fonds Nama Facility. Selon le holding, «le confort thermique nécessite un investissement de l’ordre de 3% du coût initial de construction. C’est le surcoût minimum pour intégrer des solutions d’efficacité énergétique de base capables d’améliorer le mode de vie des résidents». Cependant, «la clientèle destinataire de ce produit ne sera pas impactée par ce surcoût. Autrement dit, Al Omrane a assumé le choix de le supporter tout en améliorant la qualité du bâti sans impacter le prix final», nous assure-t-on auprès du holding. Dans la pratique, pour la construction de logements énergétiquement performants, le groupe lancera des appels d’offres destinés à la construction de logements respectant le niveau de performance énergétique exigé par le projet (un cahier de charge dédié sera développé). Dans le cadre de la subvention qu’il percevra du fonds Nama Facility, il reverra à la baisse les prix du foncier vendu aux promoteurs privés, leur permettant ainsi de couvrir le surcoût lié à l’application des mesures d’efficacité énergétique exigées par le projet.

En tant que constructeur, il intégrera ses prescriptions dans ses projets propres, confortant son positionnement et son engagement en tant qu’entreprise citoyenne et responsable, sachant que le groupe s’est engagé depuis 2011 dans une démarche environnementale visant à s’inscrire dans une approche globale de RSE.