Le tourisme de niche à la rescousse dans les ergs de Merzouga

• Si les maisons d’hôtes dans les palmeraies d’Errachidia sont restées fermées depuis le confinement, les dunes ont drainé de l’activité quasiment sans arrêt depuis août.
• En attendant la reprise, le réseau routier de Draâ-Tafilalet se renforce, en bon présage pour les opérateurs touristiques.

Entre Erfoud et Rissani, se trouve un réseau d’oasis d’une superficie de 77 000 m², un des plus grands dans le monde entier. Le long des artères qui relient les vallées des oueds Ziz et Ghéris qui forment cet ensemble, une chaîne d’opérateurs touristiques, plus particulièrement hôteliers, s’est renforcée jusqu’à atteindre plus de 3 000 actuellement. Dans la région, seul le réseau hôtelier de la province d’Ouarzazate, constitué de plus 4 000 établissements classés, dépasse cette zone oasienne située majoritairement dans la province d’Errachidia. Si la pandémie a été dévastatrice dans la région, certaines niches fleurissent mieux que d’autres, malgré l’enclavement imposé par le Coronavirus et surtout après la reprise des vols de RAM liant Casablanca et Errachidia. Certains services proposés dans les dunes de
Merzouga, une des plus grandes attractions de la région, continuent à drainer les touristes. C’est ce que nous confirme Mohamed Takhchi, président du Conseil régional de tourisme (CRT) de la région Draâ-Tafilalet. «L’activité dans les dunes de sables s’est poursuivie depuis le mois d’août. Cela concerne plusieurs opérateurs et métiers qui ont une valeur socioéconomique importante», souligne le président du CRT.
Cette activité a entraîné la réouverture des établissements d’hébergement situés entre Merzouga et les ergs. En termes de clientèle, ce sont les touristes nationaux qui font le déplacement, essentiellement par voie aérienne. Les dunes de Merzouga étant à plus de 125 kilomètres de l’aéroport d’Errachidia, le déplacement depuis ce dernier se fait grâce aux opérateurs du transport, ce qui est bénéfique pour l’ensemble du circuit touristique. Par ailleurs, l’ensemble des touristes qui atterrissent à Errachidia ne loge pas dans cette ville, dotée d’une capacité d’accueil très faible à cause d’un nombre très réduit d’établissements hôteliers classés. Cela dit, pour les opérateurs positionnés dans les oasis, la reprise n’est pas demain la veille. La plupart a fermé depuis le confinement et cela ne risque pas de changer de sitôt.

Un positionnement salvateur
Selon Mohamed Takhchi, la différence entre ces grandes catégories d’établissements hôteliers réside dans le positionnement stratégique. Le tourisme de niche que constituent les services proposés par les opérateurs touristiques dans les ergs comme les bains de sable, les bivouacs, les circuits, les sports mécaniques, les randonnées à dos de méharis, etc., attirent les touristes locaux, malgré le confinement. Pour les établissements situés dans les oasis, dépendant essentiellement des touristes internationaux, l’arrêt de l’activité a été brutal. Cela est d’autant plus grave que ces établissements forment un noyau autour duquel gravitent plusieurs petits métiers et activités. Actuellement, tous s’orientent vers le tourisme national, bien que la réussite de ce choix soit tributaire de la politique touristique non seulement régionale, mais plutôt nationale. L’accès à la région Draâ-Tafilalet se fait par le biais de trois aéroports, ceux d’Ouarzazate, de Zagora et d’Errachidia. Seuls l’assouplissement des conditions d’accès aériens et les offres incitatives sont en mesure d’attirer plus de touristes locaux, en attendant la réouverture des aéroports internationaux. Quoi qu’il en soit, même si l’activité se limite aux week-ends et aux vacances scolaires, cela est largement suffisant afin d’atteindre un taux d’occupation satisfaisant en cette période de crise. Autre élément décisif, la situation géographique – éloignée du centre névralgique du pays où vit la clientèle ciblée – atténue l’importance des liaisons routières avec les autres régions.
Cela dit, au sein de Draâ-Tafilalet, un long chemin a été parcouru en ce qui concerne le réseau routier. Plusieurs nouvelles routes régionales reliant des zones isolées ont été construites. À titre d’exemple, la province de Tinghir a finalisé le grand projet de la route régionale n°317 Tizi n’Ait Hmed, dont le point culminant atteint 3 005 m d’altitude.
La construction de cette route qui mène vers la vallée d’Ait Bouguemaz et relie deux grandes régions touristiques, est passée inaperçue. Au sud de Merzouga, une voie goudronnée mène désormais jusqu’au village de Taouz. L’importance des deux voies réside dans le nombre d’établissements touristiques qui sont déjà en place avant même que les chantiers ne commencent.

La région dispose d’un potentiel inexploité
La crise a poussé les opérateurs touristiques de Draâ-Tafilalet à engager une réflexion sur les atouts à exploiter. Dans la région, ils sont innombrables. La palmeraie de Draâ dispose de trois millions de palmiers dattiers, un écosystème agricultural capable d’attirer aussi bien les touristes locaux qu’internationaux.
Entre Tinjdad et Erfoud, un des plus anciens systèmes d’irrigation, appelé Khettaras, est toujours en activité et draine de l’eau souterraine des profondeurs jusqu’aux palmeraies. Et ce ne sont pas les seuls atouts de la région. Selon Mohamed Takhchi, toutes les attractions touristiques seront présentées dans un grand portail en ligne afin de leur donner plus de visibilité. Cinq provinces sont concernées par ce projet. Un appel d’offres a été récemment accordé et sa réalisation devra aboutir à réaliser des capsules vidéos et des brochures commerciales internationales. En attendant de désenclaver la région.