Le torchon brûle entre la Fédération des PME et la CGEM

Pointé du doigt, le projet de nouveaux statuts est jugé favorable aux grandes entreprises.
La fédération reproche à la CGEM de ne pas défendre les intérêts des PME.
L’échec de la mise à niveau accentue les griefs.

La PME marocaine, principale composante du tissu économique, ne sait plus à quel saint se vouer : les banques la boudent, les assurances resserrent l’étau autour d’elle, les mesures instaurées pour accompagner sa mise à niveau se sont avérées inopérantes, et pour couronner le tout, au sein de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), la Fédération des PME est «marginalisée». C’est du moins ce qu’affirme son président, M’hammed Kessal, qui dénonce ouvertement le projet de nouveaux statuts de la confédération, qui pourraient mettre fin au principe d’un adhérent, une voix. Il annonce d’emblée qu’il va voter contre leur adoption lors de l’assemblée générale extraordinaire qui aura lieu le 19 avril prochain, comme en a décidé le CNP (Conseil national du patronat) tenu mardi 15 février.
Le président de la fédération des PME va plus loin. «La PME, dit-il, ne croit plus à la mise à niveau, et ce pour plusieurs raisons : le Fonds de restructuration des PME n’a pas été mis en place, malgré la disponibilité du montant alloué par l’AFD (Agence française de développement), le Comité national de mise à niveau ne se réunit plus et les banques, se référant aux nouvelles dispositions de Bâle II, exigent des PME plus de transparence que par le passé. Ceci sans parler du dernier coup asséné par les assurances aux entreprises, exigeant d’elles le paiement cash des cotisations (voir page 14)». Pour enfoncer le clou, M. Kessal considère «la confédération comme un club de grosses pointures où les PME sont marginalisées». Entendez par là «non défendues».

La cohabitation est rendue difficile par des préoccupations différentes
Cet argumentaire est balayé d’un revers de la main par une source à la CGEM qui pense que c’est à la Fédération des PME de défendre l’intérêt de ses adhérents, y compris au sein de la confédération, comme d’autres l’ont fait avant elle, à l’instar de la Fédération du tourisme, qui a été à l’origine du contrat-programme avec le gouvernement.
S’agissant des nouveaux statuts, ils ne favorisent aucunement, selon cette source, les grandes entreprises. Bien au contraire, estime-t-elle, ils visent un équilibre entre les différentes tailles pour échapper à la dictature du nombre ou à celle du chiffre d’affaires. La même source se demande si on peut vraiment mettre sur un pied d’égalité une grande banque et une petite entreprise de 10 salariés. C’est là que réside le problème : d’un côté de grandes entreprises qui ont finalisé leur mise à niveau ou sont en voie de le faire et de l’autre un tissu de PME qui maintiennent tout juste la tête hors de l’eau. Les objectifs divergent forcément et il est difficile d’échapper au dialogue de sourds.
L’AG du 19 avril promet donc d’être houleuse, surtout que le différend oppose une fédération horizontale, celle des PME, que d’aucuns qualifient d’excroissance, à la confédération patronale mère. Cette dernière compte en effet des fédérations sectorielles et des antennes régionales et pourrait, si elle le voulait, faire l’économie d’une fédération des PME. Du reste, dans beaucoup de pays, notamment européens, les PME ont leurs propres structures de lobbiyng, indépendamment des centrales patronales où siègent les grands groupes. Peut-être qu’apparaîtra ainsi une politique spécifique aux PME.
Car force est de constater aujourd’hui, comme le souligne Ahmed Seddiki, industriel dans le secteur de l’habillement à Tanger et par ailleurs président de la Fédération CGEM locale, qu’«au lieu d’aider les entreprises, notamment les PME-PMI, à se restructurer, on a mis à leur disposition une multitude de fonds, de lignes de crédits, d’organismes, et aucun moyen clair et direct pour y accéder».
Pour l’heure, le gouvernement prend conscience que la politique menée depuis plusieurs années pour mettre à niveau l’économie, si elle a été conséquente au niveau macro-économique et des infrastructures, tourne en rond pour ce qui est des entreprises.

La stratégie industrielle, un autre terrain d’affrontement
C’est l’une des raisons pour lesquelles les entrepreneurs affiliés à la CGEM attendaient de pied ferme le ministre de l’Industrie, du commerce et de la mise à niveau de l’économie qui devait présenter, le 15 février courant, devant le Conseil national du patronat, une étude réalisée par le cabinet Mc Kinsey sur les politiques sectorielles. Ils ont dû se contenter de la présence du DG de l’ONE qui a exposé la politique énergétique de l’office. Motif invoqué : l’étude en question n’est pas tout à fait finalisée. Cette étude rencontre, avant même que ses résultats ne soient connus, beaucoup de critiques de la part des chefs d’entreprises et même de membres importants de l’Administration. Résumé de ces critiques : pourquoi une nouvelle étude pour identifier les secteurs porteurs de croissance, et donc d’emplois, alors qu’ils sont grosso modo connus depuis belle lurette.