Le textile cherche encore des relais de croissance

En 2014, les exportations sont en hausse par rapport à  2013 mais les industriels sont insatisfaits. Ils regrettent le fait que le secteur ne puisse pas dépasser la barre des 30 milliards de DH. Malgré tout, le Maroc a gagné des parts de marché en Europe.

Les industriels du textile ne sont pas contents. Certes, les exportations ont progressé de 3,8% par rapport à l’année 2013 à 30,1 milliards de DH, dont 19,9 milliards pour la confection et 7,2 milliards pour la bonneterie. Mais pour eux, il s’agit d’une stagnation. «Cela fait des années que nous sommes au même niveau alors que le Maroc peut faire mieux», commentent-ils. Selon un opérateur, «il n’y aura aucune visibilité quant aux perspectives du secteur textile tant que la mise en œuvre de la stratégie sectorielle qui devait être opérationnelle au cours de 2014 ne démarre pas». Rappelons que cette stratégie vise, à l’horizon 2025, un repositionnement stratégique pérenne. Elle permettrait d’atteindre un PIB de 48 milliards de DH et d’exporter entre 85 et 95 milliards de DH, en plus de la création de 250 000 nouveaux emplois dans la filière.

Le temps nécessaire a bien été pris pour finaliser au mieux la stratégie des écosystèmes. Reste qu’il faudrait, de l’avis des industriels, accélérer le processus. L’Amith qui devait rencontrer les pouvoirs publics la semaine dernière attend toujours une nouvelle date, étant donné que le rendez-vous a été reporté pour des raisons de calendrier. Pour les industriels, la stratégie doit être déployée, même si ses premiers fruits ne seront apparents que dans deux ou trois années, car c’est «la réponse et la solution à toutes les problématiques de la filière textile».

A cette lenteur administrative s’ajoute la conjoncture sur les marchés européens, principaux débouchés des exportations nationales. D’abord, il y a les aléas climatiques puisqu’il y a eu, soulignent les opérateurs, «un hiver doux en Europe et donc un décalage de la saisonnalité qui justifie la baisse des ventes des collections d’hiver». Résultat : le Maroc, source de réassort pour les marchés européens, n’a pas reçu de commandes étant donné que les distributeurs n’ont pas réalisé de bonnes ventes durant les mois d’octobre et novembre.  

Ensuite, les industriels signalent que l’affaire Charlie Hebdo a également affecté le marché français durant la période des soldes. Enfin, ils notent la pression sur les prix dans les pays européens, notamment l’Espagne et la France, due à l’apparition de donneurs d’ordre low cost. C’est le cas de l’irlandais Primark qui s’est implanté dans plusieurs pays européens et exerce une forte pression sur ses concurrents qui sont des clients du Maroc. Et donc par transitivité, le textile national en pâtit.

Le Maroc pourrait profiter du recentrage de la Chine sur son marché local

Cependant, le tableau n’est pas totalement noir puisque deux opportunités pourraient être saisies. Premièrement, les industriels considèrent que le Maroc pourrait profiter du recentrage de la Chine sur son marché local, d’où la libération de quelques parts de marché. Deuxièmement, la hausse du dollar améliore la compétitivité du Maroc dans la zone euro.

Il importe de rappeler que d’après une étude réalisée par l’Institut français de la mode (IFM), le Maroc a gagné des points dans le sourcing européen. Ainsi, sur les 40,6 milliards d’euros d’importations textiles européennes en 2014, le Royaume a engrangé 1,4 milliard d’euros, en hausse de 9% par rapport à 2013. Ses concurrents, la Turquie et la Tunisie, ont vu leurs exportations progresser respectivement de 5% et 3% au cours de la même année. Et c’est sur le marché espagnol que le textile national s’est bien comporté en 2014. Les exportations ont évolué de 15% par rapport à 2013, à 743 millions d’euros sur un total de 6,7 milliards d’importation payés par l’Espagne. La Turquie se situe devant le Maroc avec des exportations de 777 millions d’euros mais avec une croissance plus lente. Si le textile marocain consolide sa position sur le marché espagnol, il est en revanche en recul sur son débouché traditionnel, la France. Ses exportations ont fléchi de 1% par rapport à l’année antérieure alors que les exportations tunisiennes y ont augmenté de 4%.