Le taux de croissance baisse à  moins de 2%

Même en tenant compte d’une récolte à  35 millions de quintaux, le PIB agricole baisse substantiellement

En visite à  Rabat, les experts du FMI estiment que la dévaluation ne s’impose pas pour le moment. En revanche, à  moyen terme, le Maroc doit passer à  la convertibilité totale du dirham.

Le cycle de croissance dans lequel est entrée l’économie marocaine depuis quatre ans risque, cette année, d’être fortement contrarié. Il faut remonter à  2000 (1 % de croissance) pour trouver le niveau de l’activité qui se profile pour 2005.
Même en étant optimiste, et sur la base d’une récolte céréalière de 35 millions de quintaux (alors que les prévisions les plus récentes aboutissent à  un maximum de 30 millions), le PIB agricole connaà®trait une baisse substantielle par rapport à  2004. Selon le modèle économique sur lequel se base l’administration, un tel recul se traduirait par un déficit de croissance du PIB global d’environ 1,7 point. En tenant compte de la révision à  la baisse intervenue en début d’année qui le ramenait à  2,6 % (par rapport aux
3 % prévus dans la Loi de finances), le taux de croissance en 2005 sera à  peine de 1,3 %.
Bien sûr, cette simulation, faite pour nous par un expert, ne prend en compte que le comportement de la céréaliculture (qui représente, ne l’oublions pas, moins de 20 % de la production agricole) et suppose par ailleurs que les activités non agricoles restent conformes aux prévisions, soit une progression du PIB hors agriculture de quelque 3,3 %.
Mais, d’une part, les conditions climatiques exceptionnellement mauvaises cette année ont non seulement affecté la céréaliculture mais aussi les cultures maraà®chères et l’arboricultur, et, d’autre part, le repli de l’agriculture – c’est connu – ne manque pratiquement jamais de déteindre, de manière plus ou moins forte, sur les autres secteurs, en particulier sur ceux qui lui sont directement liés, comme le transport ou encore le commerce. Encore faut-il mesurer avec quelque exactitude les implications de la contre-performance agricole sur le reste de l’activité économique, ce à  quoi s’attèlent assidûment les services du Haut commissariat au plan (HCP), dont la copie devrait être publiée incessamment.

Urgence : la croissance ne doit plus dépendre aussi fortement de l’agriculture
Mais tout le monde, y compris le HCP et les Finances, est à  peu près sûr d’une chose : le taux de croissance sera, une fois de plus, révisé à  la baisse, et certains, dans la sphère gouvernementale, avancent une fourchette comprise entre 1 et 1,5 %.
Dans la mesure oà¹, au Maroc, la croissance n’est pas parvenue encore à  devenir autonome par rapport à  l’agriculture, le débat sur la réforme agricole, sans cesse esquissé mais jamais achevé, redevient d’actualité : dans un pays semi-aride, régulièrement confronté aux aléas du climat et contraint de ce fait de venir à  chaque fois au secours des agriculteurs, sans parler des subventions et autres exonérations fiscales, quelles spéculations faut-il privilégier, vers quel type d’agriculture faut-il s’orienter ? «Sans vouloir entrer dans les dédales d’un dossier aussi complexe que sensible, explique un économiste, je voudrais citer un exemple : le sud de l’Espagne. Tirant la leçon des sécheresses récurrentes qui le frappaient régulièrement, les Espagnols ont totalement reconverti cette région dans l’oléiculture. Pourquoi pas le Maroc ?»

L’économie dispose d’une marge de progression importante
En réalité, l’économie marocaine, à  son stade de développement actuel, et compte tenu de l’environnement international et des défis accrus imposés par la mondialisation, a besoin de réformes de troisième génération, dont, bien sûr, la réforme agricole. Les experts du Fonds monétaire international (FMI), actuellement en visite au Maroc, viennent de le rappeler de vive voix aux responsables marocains. Des sources informées ont confié à  La Vie éco que les responsables du FMI ont invité le Maroc à  faire rapidement des choix, expliquant que la situation est encore gérable, mais qu’à  moyen terme (dans un an et demi à  deux ans), il faudra se résoudre à  opérer des réformes, sous peine de difficultés grandissantes. Parmi ces réformes, rapporte-t-on, il y a d’abord la question du taux de change du dirham. Pour le FMI, il n’y a certes pas urgence, valeur aujourd’hui, à  dévaluer le dirham, mais le Maroc, s’empresse-t-il d’ajouter, devrait «mener une réflexion» sur son taux de change «en vue de le rendre flexible». Le cas de l’Egypte, qui a complètement libéralisé sa monnaie – la livre – est souvent cité à  ce propos.
Dans un monde – et même dans un Maroc – o๠tout se libéralise, les capitaux ne devraient pas être en reste. Même si aujourd’hui le dirham est semi-convertible (pour les investisseurs étrangers, les résidents, les opérations courantes…), la libéralisation des mouvements de capitaux devrait devenir la règle.
Il y a ensuite le problème des subventions : on le sait, il s’agit là  d’une vieille recommandation du FMI, mais celui-ci y est revenu cette semaine pour rappeler l’inefficacité de ce système et la nécessité de le réformer. Chaque année, ce sont en effet 6 milliards de dirhams qui vont soutenir le sucre (2 milliards), la farine nationale de blé tendre (2 autres milliards) et le gaz butane (pour encore quelque 2 milliards de dirhams). Et si on ajoute à  cela la non-répercussion de la hausse du pétrole, comme c’est le cas depuis septembre 2000, le fardeau devient lourd. En 2005, par exemple, avec un déficit pour les carburants de 5,4 milliards de dirhams, le total des subventions se monte à  quelque 10 milliards de dirhams. Certes, cette somme est légèrement atténuée par les recettes douanières, mais celles-ci, démantèlement tarifaire oblige, vont en s’amenuisant. C’est pourquoi, ont dit les experts du FMI, si le budget peut
encore tenir à  très court terme, au-delà  de 2006, c’est-à -dire demain, bonjour les dégâts !
Last but not least, la réforme de la fiscalité, pour en élargir l’assiette, et l’amélioration de l’environnement économique (justice et administration, en particulier), en vue d’attirer les investissements étrangers et d’encourager les investissements domestiques, sont pour le FMI des chantiers dont on ne peut faire l’économie si l’on ambitionne de donner du tonus à  l’activité économique du pays.
Cela va de soi, tout n’est pas aussi sombre que ce propos semble le suggérer, et le fait même qu’il existe une brochette de réformes à  opérer indique bien que l’économie marocaine dispose encore d’une marge de progression importante. Encore faut-il utiliser cette marge, donc lancer ces réformes. Avec un taux de croissance très probablement en dessous de 2 % pour 2005, le temps est-il venu de se décider ?.