«Le secteur des dispositifs médicaux est un maillon incontournable de l’environnement de la santé»

Naoufal Lahlou, Président FMIS

• La Fédération marocaine des industries de la santé a été créée en 2019 dans le but de contribuer à asseoir un écosystème sanitaire performant… Comment procédez-vous à cet effet et quel est votre rôle exact ?

Fort de ses milliers de collaborateurs et de sa participation significative à l’économie du Maroc, le secteur des dispositifs médicaux représente un maillon incontournable de l’environnement de la santé. Nous nous déployons au service de la santé durable de nos citoyens.

À cet égard, il convient de souligner que le dispositif médical est aussi vital que le médicament, au service du bien-être durable des patients. La crise sanitaire en a attesté largement, qu’il s’agisse de consommables médicaux, d’équipements biomédicaux, de produits de laboratoire ou de services associés.

D’abord, sur le plan de la sécurité sanitaire, notre mission au quotidien consiste à mettre à disposition de nos concitoyens les dispositifs médicaux dont ils ont besoin pour préserver leur santé tout en étant regardants en ce qui concerne la qualité des équipements et développer et mettre à disposition des professionnels de la santé et des patients des dispositifs et équipements biomédicaux aux normes internationales. Il s’agit aussi d’étudier à cet effet les principales questions d’ordre économique, social, écologique, technique, financier, juridique, fiscal et douanier, liées à l’activité des produits de la santé, et proposer les pistes d’amélioration possibles. Dans le même sens, il est question d’éviter autant que possible et lorsque le contexte le favorise la pénurie de certains dispositifs en constituant des stocks stratégiques, en maîtrisant les ruptures du stock et en diversifiant les alternatives

La FMIS agit notamment pour renforcer la qualité de l’offre de soins en s’impliquant dans la formation et le conseil, en se conformant aux standards de qualité dictés par la réglementation en vigueur relative aux dispositifs médicaux, et en luttant contre les acteurs illégitimes qui enfreignent certaines dispositions réglementaires et mettent ainsi en péril l’intérêt du patient. Il est à noter à ce niveau que nos opérateurs ont la possibilité aujourd’hui d’exporter leur expertise à leurs homologues en Afrique subsaharienne.

Ensuite, sur le plan de la souveraineté sanitaire, nous participons aux travaux du Cluster des Dispositifs Médicaux – «Moroccan Medical Industry» créé en accord avec le ministère du commerce, de l’industrie, pour une meilleure intégration locale de notre industrie des dispositifs médicaux.

Notre rôle aussi est d’aider, d’orienter, d’accompagner les adhérents vers le développement des investissements dans le secteur des produits de la santé.

Je souligne que la quasi-totalité de la production de nos opérateurs dessert le marché national. Nous détenons le savoir du métier et l’expertise capitalisés sur plus de 40 ans pour actionner le levier de l’industrialisation.

• Lors de notre entretien, vous aviez même dit que vous aviez un rôle important à jouer dans la généralisation de la couverture médicale et dans la politique pharmaceutique nationale. De quoi s’agit-il au juste ?

S’agissant de la généralisation, nous sommes déterminés à accompagner la politique de remboursement des soins en cohérence avec l’initiative royale de généralisation de la couverture médicale.

Il est à noter que certains dispositifs médicaux ne font pas l’objet de remboursement au jour d’aujourd’hui. Ce qui pénalise l’accès aux soins nécessaires de nos concitoyens. Nous avons formulé notre disposition à en montrer l’utilité pour le patient aux autorités en charge de la généralisation. Il est à noter que certains dispositifs qui ne font pas l’objet de couverture médicale pour l’heure au Maroc, ou le sont à des niveaux dérisoires dans notre pays, sont pris en charge par certains pays voisins et similaires. Il serait utile de connaître les contextes de ces pays pour comparer, neutraliser les spécificités et s’en inspirer éventuellement.

En outre, notre action consiste aussi à promouvoir des dispositifs médicaux innovants, à l’image de ce qui se pratique à l’international. Nous comptons dans notre organisation des opérateurs qui se déploient dans leurs domaines respectifs (chirurgie, imagerie, urologie…) qui proposent de nouveaux mécanismes.

Sur le plan fiscal, pour encourager ces actions, nous appelons à reconsidérer également à la baisse la TVA sur certains dispositifs médicaux.

Sur le registre de la politique pharmaceutique nationale (PPN) qui inclut le dispositif médical, il est important de souligner que nous sommes un acteur majeur.

Nous avons contribué à mettre en place l’arsenal réglementaire qui régit aujourd’hui le dispositif médical et nous avons formulé auprès des pouvoirs publics notre disposition à travailler à la mise en place de la PPN 2022-2026, car nous sommes demandeurs de certaines mesures pressantes. Le monde de la santé se développe à une vitesse exponentielle et la politique publique devrait naturellement suivre.

Sur l’axe de la Gouvernance et de la Réglementation, la mesure consistant à créer une agence nationale du médicament et du dispositif médical est une initiative phare qui va nous permettre de porter le secteur de la santé.

D’un autre côté, certaines dispositions réglementaires doivent être revisitées, repensées pour s’adapter aux mutations de l’environnement.

Il est aussi aujourd’hui crucial d’optimiser le processus d’enregistrement et d’octroi des autorisations.

De façon générale, voici nos recommandations pour la mise en œuvre d’une politique publique réussie. La première stipule que c’est la Commission nationale qui aura la charge de la mise en œuvre de la PPN.

Sur le plan gouvernance, il est important que les parties prenantes soient représentées au niveau de la commission pour atteindre les impacts attendus. Ainsi, la FMIS regroupant les opérateurs du dispositif médical, acteur incontournable dans la chaîne de la santé est à même de porter les mesures inhérentes au dispositif médical.

La deuxième recommandation énonce : les mesures doivent être déployées de façon à ce qu’elles soient fonctionnelles et opérationnelles – nécessité d’associer l’écosystème dans la mise en place.

Pour un meilleur suivi du déploiement de la PPN, et c’est l’objet de la troisième recommandation, il convient de séparer les mesures spécifiques du médicament de celles inhérentes au dispositif médical.

Pour une véritable performance de la PPN, son déploiement doit répondre aux indicateurs comme le stipule la dernière recommandation. Indicateur de ressource : tel que l’implication des fédérations sectorielles dans le processus de déploiement de la PPN. Indicateur de résultat : s’inspirer des meilleures pratiques à l’international, notamment en matière de gouvernance des agences du médicament

• Quel était votre champ d’action lors de la crise sanitaire ?

Il est à noter que la fédération a de fait été un acteur essentiel lors de la gestion de la crise sanitaire aux côtés des autorités sanitaires marocaines.

Dans l’urgence de la crise sanitaire, les opérateurs membres de notre fédération ont fabriqué et rendu disponibles les masques médicaux répondant aux normes de qualité et dotés d’un degré de protection élevé pour le personnel de la santé et l’utilisation civile de l’ensemble de nos concitoyens.

Nos opérateurs ont accompagné la campagne de vaccination en fabriquant notamment les respirateurs et les seringues.

C’est ainsi que nos membres se sont mobilisés pour livrer dans les meilleurs délais possibles, en s’inscrivant en phase avec l’urgence sanitaire et en utilisant notre réseau international pour assurer la disponibilité de dispositifs qui se sont avérés extrêmement rares.

Cela étant, pour continuer à asseoir la souveraineté sanitaire de notre pays et s’inscrire dans une démarche de développement durable, la FMIS se mobilise à travers 6 collèges professionnels dont les travaux sont conduits par un délégué, membre du bureau de la FMIS. Il s’agit des collèges des dispositifs médicaux implantables, des consommables médicaux, de l’industrie des produits de la santé, des équipements biomédicaux, des équipements et produits de laboratoire et des technologies de l’informatique médicale.

• Est-ce que vous collaborez avec des organisations professionnelles représentant les entreprises spécialisées dans les dispositifs médicaux ou autre industrie similaire ?

Les opérateurs membres de notre fédération ont scellé des partenariats avec des opérateurs de renommée internationale. Ces fabricants étrangers sont regroupés dans des fédérations européennes, américaines et mondiales, dans lesquelles nous sommes sollicités et mis à contribution.

Nous avons envisagé dès notre création en juillet 2019 de développer des partenariats internationaux avec des organisations professionnelles. C’est ancré dans notre feuille de route. Dans ce schéma, nous avons signé une convention cadre avec un pays de l’Union Européenne.

Notre institution étant jeune, créée juste avant le Covid, a été ralentie dans son élan par la crise sanitaire et les priorités imposées. Mais nous allons reprendre notre axe de coopération internationale en déployant de nouvelles conventions.

• Et quels sont vos rapports avec les autorités sanitaires et la tutelle ? Êtes-vous sollicités quelque part par exemple ?

Nous adoptons une politique de proximité avec l’administration. Ainsi, nous n’avons pas manqué de participer activement au paysage réglementaire actuel et nous avons notamment formulé des propositions pratiques inhérentes à certaines procédures administratives. Les demandes dans le secteur de la santé étant en croissance rapide, les opérateurs ainsi que les autorités de tutelle doivent être au rendez-vous.

Cela étant, nous aspirons à être consultés davantage dans les chantiers structurants et nous nous y attelons.

• Comment voyez-vous la souveraineté sanitaire de notre pays en tant qu’acteur dans ce secteur ?

Nous accueillons très favorablement la préférence nationale. Nous avons le réseau, nous sommes en relation avec les détenteurs du savoir. Nous avons la possibilité d’importer davantage l’expertise, de renforcer notre savoir et de le transférer.

Au sein de notre fédération, nous comptons des membres, et pas des moindres, producteurs de dispositifs. Nous échangeons constamment sur les possibilités de fabrication locale et encourageons la production au Maroc tout en étant regardants en ce qui concerne la qualité et la sécurité de nos concitoyens.

Lorsque le cluster porté par le ministère du commerce et de l’industrie a vu le jour, nous avons de suite intégré le groupe. Nous voulons que le Maroc assure et nous y travaillons fortement.

Nous sommes présents dans les congrès pour capitaliser sur notre savoir et aller de l’avant.

Les résultats de certaines de nos actions seront concrétisés à court terme et d’autres impacts seront visibles dans un horizon moyen terme en collaboration avec les pouvoirs publics.

La FMIS en quelques lignes

Créée en mai 2019, la FMIS, fédération apolitique sans but lucratif, regroupant toutes les personnes morales exerçant la profession de fabricants, importateurs et distributeurs des consommables, équipements et services médicaux, a pour objet :

• de regrouper les fabricants, les importateurs, les distributeurs, les sociétés de service ainsi que les différentes associations du secteur

• de créer un organe de liaison avec les pouvoirs publics et les autorités en charge du remboursement des soins médicaux

• d’orienter et d’aider au développement de l’activité de ses adhérents

• d’organiser la discussion et réflexion collective sur tous les sujets concernant l’activité des produits de la santé

• de procéder à toute enquête et étude, recueillir tout renseignement en rapport avec l’objet défini ci-dessus et le diffuser auprès de ses adhérents.

• d’informer, le cas échéant, les pouvoirs publics des résultats de ces études et effectuer auprès d’eux toutes démarches ou interventions qu’elle estimera nécessaires.

• de promouvoir l’information et la communication relatives au marché des produits de la santé auprès des professionnels de santé et du grand public dans le respect des règles éthiques, déontologiques et légales.

• de représenter ses membres auprès des institutions nationales et internationales

• d’aider et d’orienter les adhérents vers le développement des investissements dans le secteur des produits de la santé en concertation avec le ministère de la santé et le ministère de l’industrie, du commerce, de l’investissement, et de l’économie verte et numérique, et tout autre ministère qu’elle juge utile.

• de contribuer au maintien du respect des lois et réglementations qui régissent ou sont susceptibles de régir la profession ainsi que le respect de la déontologie des pratiques professionnelles.

• d’assurer par les différents moyens de ses membres la sauvegarde et l’amélioration de la santé de nos patients.

• de développer et de mettre à disposition de nos patients des dispositifs et équipements biomédicaux aux normes internationales

• d’étudier à cet effet les principales questions d’ordre économique, social, écologique, technique, financier, juridique, fiscal et douanier, liées à l’activité des produits de la santé, et proposer d’éventuelles pistes d’amélioration

• d’informer, renseigner et assister ses membres dans toute question ayant trait au marché des produits de la santé.

• d’organiser toutes rencontres, séminaires, débats, et de manière générale toutes manifestations liées directement ou indirectement à son objet social.