Le secteur bancaire restera résilient, malgré la montée prévue du coût du risque

• L’assouplissement des conditions de provisionnement et la garantie étatique des nouvelles distributions de crédit devraient atténuer la montée des risques.
• Ils devraient s’alourdir de 50 à 100 pbs.
• 2021 serait catastrophique si la machine économique ne redémarre pas.

Le secteur bancaire est fortement plébiscité pendant cette crise sanitaire, aussi bien pour réduire l’impact de cette situation que pour permettre à nombre d’entreprises d’assurer la continuité de leur activité et aux ménages de reporter les échéances de remboursement de leurs crédits.
Les banques ont permis tant bien que mal en cette période à l’économie de tenir sur pied, mais, en face, elles sont impactées, que ce soit au niveau de la montée des risques, ou des bénéfices et de facto, la rentabilité.
«Compte tenu de l’arrêt de plusieurs secteurs d’activité économique comme le tourisme, la restauration, le BTP&Immobilier…, la montée des risques est quasi certaine», explique un analyste. En effet, les contraintes économiques et financières dont souffrent les principaux secteurs de l’économie marocaine se matérialisent mécaniquement par des difficultés de remboursement et donc un déficit de solvabilité, entraînant ainsi une hausse du coût du risque. D’ailleurs, à fin juin (dernières statistiques disponibles), les créances en souffrance ont augmenté de 8,3% sur le 1er semestre à 75,7 milliards de DH, contre une hausse de 3,8% à la même période, une année auparavant. L’encours du crédit (hors créances en souffrance), lui, s’est amélioré de 3,3% de janvier à juin 2020, pour atteindre 875 milliards de DH, soit de la même ampleur à la période observée de l’année précédente.
La montée des risques est déjà visible et devrait continuer à s’aggraver. Cela dit, il faut relativiser, puisque deux éléments entrent en jeu. Le 1er est lié à l’assouplissement des conditions de provisionnement par la banque centrale, en rapport avec la norme IFRS. En effet, l’instance de régulation a permis aux banques d’alléger le processus de constatation des provisions, afin de réduire l’impact sur les bénéfices. Reste aux banquiers de déterminer le dosage nécessaire des provisions à mettre en place en fonction du client. Le second élément, lui, concerne les nouvelles distributions de crédit. Le gros des prêts distribués en cette période rentre dans le cadre de Damane Oxygène et Damane relance qui sont garantis par l’Etat à hauteur de 80% ou plus. Les banques ne supportent pas la totalité du prêt en cas de défaillance du client et le risque s’en trouve donc amoindri. Et même si des clients se sont orientés vers les banques pour bénéficier de prêts, sans bénéficier de la garantie de la CCG, ils ne concernent que les crédits de trésorerie pour faire tourner la machine et nullement des prêts lourds de fonctionnement. Dans tous les cas, «le coût du risque devra se situer à un niveau beaucoup plus important que les dernières années avec une variation allant de 50 à 100 points de base», prévoit notre analyste. Par conséquent, les bénéfices devraient être plombés, au moins de la même ampleur. Il faut dire qu’il est difficile de pronostiquer l’évolution d’ici la fin de l’année, puisqu’on manque de visibilité et on n’est toujours pas certain du comportement de la pandémie et de son impact, encore moins des décisions gouvernementales quant à un éventuel reconfinement.
Cela dit, si les risques sont amenés à s’alourdir et les bénéfices à baisser, l’activité commerciale, elle, devrait continuer à augmenter. C’est normal, puisque les banques continuent à facturer l’octroi des crédits et les commissions… Qu’en est-il des fonds propres ? Jusqu’à quel point seraient-ils touchés ? Un expert du secteur bancaire contacté assure que les banques disposent d’un matelas de fonds propres solide, qui ne serait nullement affecté, en dépit d’une baisse de la rentabilité. Dans un scénario pessimiste, leur croissance devrait décélérer, mais elle ne devrait pas baisser. D’ailleurs et pour rappel, le dernier stress test effectué par BAM a indiqué la résilience des banques, malgré un contexte difficile dû à la Covid-19. En 2019, les banques marocaines affichaient un ratio moyen de solvabilité, sur base sociale, de 15,6% et un ratio moyen de fonds propres de catégorie 1 de 11,5%, largement supérieurs aux minimas réglementaires de 12% et 9% respectivement. Toutefois, le risque de concentration sur les grands débiteurs auxquels sont exposées les banques, se poursuit dans le contexte de crise sanitaire actuelle, de faire l’objet d’un suivi particulier.
Au final, 2020 serait une année difficile certes pour les banques. Toutefois, notre analyste estime que même si les banques vont jusqu’à provisionner toutes les créances, en appliquant la norme IFRS, l’impact serait gérable pour cette année. Mais si cette conjoncture se poursuit à l’année prochaine, l’impact serait plus important. Le seul espoir pour redresser la barre et éviter la catastrophe pour ce secteur est d’impulser la machine économique. De toute évidence, cela ne dépend pas que des mesures de relance et d’accompagnement prises en interne, mais aussi de la reprise économique des pays partenaires du Maroc.