Le résultat net des entreprises publiques s’accroît de 84% en un an !

Il s’est élevé à 10,2 milliards de DH n La plupart des agrégats sont au vert.
L’Etat a des participations directes ou indirectes dans 707 entités
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Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la présence de l’Etat dans l’économie, au lieu de régresser, s’est renforcée entre 2003 et 2004. C’est l’enseignement majeur qui se dégage du rapport sur les établissements et entreprises publics annexé au projet de Loi de finances 2006. Ce dernier note que «le nombre d’entreprises composant le portefeuille public a accusé une légère augmentation consécutive, notamment, à la création de nouvelles agences urbaines et à l’extension des participations financières de la CDG».
A fin 2004, l’inventaire des établissements publics et des participations financières, directes ou indirectes, de l’Etat et des collectivités locales a totalisé 707 entités, dont 14 sont en cours de liquidation, contre 677 en 2003. Ce portefeuille se répartit entre 283 etablissements publics (EP) et 424 sociétés. Ces dernières comprennent 77 sociétés d’Etat (SE), 111 filiales publiques (FP) et 236 sociétés mixtes (SM).

Les effectifs ont reculé de 2,8 % entre 2003 et 2004
A l’examen des chiffres du rapport, 2004 a été un bon cru pour les finances publiques. Pratiquement, tous les agrégats sont au vert. Ainsi, l’investissement a atteint 30,4 milliards de DH, en hausse de 30 % par rapport à 2003. Le chiffre d’affaires, quant à lui, a dépassé la barre de 112,7 milliards, en hausse de 9,4 %. Il est toutefois important de noter que près de 80 % du chiffre d’affaires de l’année 2004 est le fait de 10 entreprises publiques, en l’occurrence le groupe OCP, IAM (Itissalat Al Maghrib), l’ONE (Office national de l’électricité), la Caisse marocaine des retraites (CMR), la CNSS, RAM, la CDG, l’Onep, l’ONCF et l’Odep (Office d’exploitation des ports).
La valeur ajoutée du secteur, indicateur de taille pour mesurer la richesse réellement créée par ces entreprises, s’est élevée à 45,3 milliards de DH, soit une progression de 12,3 % par rapport à 2003. Reste que la performance la plus remarquable du secteur a été enregistrée au niveau de la profitabilité : le résultat net total a explosé, passant à 10,2 milliards de DH, en progression de 84 % sur un an.
Enfin, et toujours sur un plan global, l’unique régression est enregistrée du côté des emplois publics qui ont légèrement reculé pour se stabiliser à 166 456 salariés (-2,8 %). Une performance due aux plans de départs volontaires lancés par quelques entreprises à l’instar de l’Odep ou de la CNSS, il y a deux ans.
Bien entendu, ce tableau global idyllique masque des défaillances. Les performances diffèrent d’une entreprise à l’autre. Le secteur a ses champions et ses canards boiteux (lire encadré ci-contre). Pour la rentabilité, par exemple, la première place revient à la CMR (Caisse marocaine de retraite). Elle est suivie, mais de très loin, par la Comanav, qui a renoué depuis 2003 avec la rentabilité. En troisième position figure l’Odep. Au bas du classement, quatre entreprises dont la rentabilité est pratiquement négative, ferment la marche. Il s’agit des Autoroutes du Maroc (ADM), de l’OCP – qui n’a pas encore digéré les lourds investissements de ces dernières années -, de l’OFPPT et de l’ONE.

La cession des 16% de Maroc Telecom a sauvé le budget
La présence de l’Etat dans la sphère économique est donc toujours forte. Plusieurs monopoles étatiques sont stratégiques et les gestionnaires des entreprises et établissements publics n’hésitent pas à signer cette présence par des opérations marquantes. La dernière en date a été la prise de participation de la CDG dans le capital des assurances Sanad-Atlanta, qui n’est pas passée inaperçue.
Mais l’appétit étatique pour des opérations rentables ne remet nullement en cause le programme de privatisation entamé en 1993. Depuis cette date, ce sont au total 44 sociétés et 26 établissements hôteliers qui ont été transférés au secteur privé par le biais de 101 opérations de privatisation. Les recettes totales de ces privatisations ont atteint 76,7 milliards de DH, soit près de 140 % du chiffre d’affaires consolidé -avant privatisation – des entreprises cédées.

Cinq entreprises sur la liste des privatisables
Ce processus a continué en 2004 et, tel une bouée de sauvetage, a permis à Fathallah Oualalou de boucler son budget. L’exercice avait été marqué par deux opérations de transfert de grande envergure : l’introduction en Bourse d’Itissalat Al-Maghrib (IAM) et la cession d’une tranche supplémentaire de 16 % de son capital au profit de Vivendi Universal (VU), réglée en janvier 2005. Ces deux opérations interviennent après la cession en 2001 des 35 % du capital de cette société. L’exercice en cours, quant à lui, a connu des réalisations de 13,79 milliards de DH, pour des prévisions de 12 milliards par la Loi de finances. Trois opérations ont été derrière ces performances. Outre la cession de 16 % du Capital d’IAM pour 12,4 milliards de DH, il y a eu la cession à Renault du reliquat de la participation publique détenue dans le capital de Somaca (12%) contre un chèque de 30 MDH. La dernière opération en date a été la vente des quatre sucreries publiques, en l’occurrence Surac, Sunabel, Suta et Sucrafor, à Cosumar au prix de 1,367 milliard de DH.
Le mouvement de privatisation devra se poursuivre durant l’exercice 2006. Pour remettre sur pied certaines entreprises inscrites sur la liste, des missions d’audit, d’évaluation et de placement ont été menées et ont concerné au total huit sociétés inscrites depuis 2003. Il s’agit de Somathes, l’ex-office de thé et du sucre, Sonacos, Drapor, Sococharbo, BTNA, SCS, SSM et Biopharma.
Les missions d’audit ont concerné trois sociétés : Somathes, Biopharma et Drapor. Cette dernière a fait l’objet, en plus, d’une mission d’évaluation aux côtés de Somathes. Sococharbo, SSM et SCS ont, de leur côté, été concernées par des missions d’audit et d’évaluation. Leurs rapports définitifs ont été remis tandis que les deux autres missions d’audit et d’évaluation, qui portent sur les sociétés Sonacos et BTNA, sont en cours de réalisation.
Plusieurs de ces sociétés devront se retrouver sur la liste des privatisables en 2006. Au total, les recettes de privatisation pour l’année prochaine devront se stabiliser autour de 4,8 milliards de DH, hors BCP, correspondant à la cession de la part restante dans le capital de la Régie des Tabacs et des participations publiques dans les entités suivantes : Comanav, Drapor, Somathes et Sonacos. Rappelons que les recettes de privatisation sont affectées, à hauteur de 50 %, au Fonds Hassan II pour le développement économique et social et sont ainsi destinées à servir de levier à l’effort d’investissement productif du pays

L’OCP a la meilleure valeur ajoutée (+6,6 milliards de DH) mais son résultat a été handicapé par les lourds investissements entrepris (-945 MDH).