Le Ramed sera-t-il abandonnée ?

Pour certains, l’insuffisance des moyens de l’Etat remet en cause l’assistance médicale aux démunis.

Alors que la mise en place de l’AMO (Assurance maladie obligatoire) est enclenchée depuis peu avec la création de l’ANAM (Agence nationale de l’assurance maladie), tout porte à croire que le Ramed (Régime d’assistance médicale pour les économiquement démunis) pourrait être, tel qu’il est conçu dans le code de l’AMO, mis en veilleuse. En tout cas, c’est ce que nous a confié une source proche du dossier. «Le régime dans sa version prévue par le code n’est pas, faute de financement, viable. Il faudra alors en revoir le concept», précise cette même source. Et d’ajouter que «politiquement, le Ramed est une idée trop généreuse. D’ailleurs, qui ne rêve d’assurer une couverture médicale à l’ensemble des Marocains ? Mais, il faut se rendre à l’évidence que, financièrement, la chose est impossible».
Selon le code de l’AMO, le Ramed devra être financé principalement par l’Etat et les collectivités locales. La contribution destinée à ce système est inscrite annuellement dans la Loi de finances. Or, selon notre source, «l’Etat n’a pas les moyens et ne peut financer l’assistance médicale pour les démunis». C’est on ne peut plus clair : on envisage de reporter l’entrée en vigueur du Ramed.

67 % des soins gratuits bénéficient à 20 % des couches nanties
Mais, selon Driss Guerraoui, conseiller du Premier ministre et membre de la commission chargée du suivi de l’AMO (cellule mise en place par Abderrahmane Youssoufi), «le problème ne se pose pas en ces termes. Le Ramed existe déjà, puisqu’il y a une assistance médicale, mais ce système connaît quelques problèmes qu’il s’agit aujourd’hui de dépasser dans le cadre du Code de l’AMO».
En effet, le système d’assistance médicale, devant normalement profiter aux populations démunies, connaît d’importantes déviances. Selon un état des lieux dressé par M.Guerraoui, 67 % des soins dispensés gratuitement par les hôpitaux bénéficient à 20 % de la population nantie. Et seulement le 1/5e des 20 % les plus pauvres y ont accès
Le code de l’AMO doit, selon M. Guerraoui, remédier à ces dysfonctionnements. «S’il est amélioré, le Ramed peut permettre à notre pays, avec les mêmes moyens, d’assurer plus de personnes ou du moins le même nombre. Par conséquent, ce n’est pas tout à fait un problème de financement mais plutôt de système de gestion et de rationalisation des dépenses de santé qui s’élèvent actuellement à 15 milliards de DH».
Ces arguments sont rejetés par un autre conseiller du Premier ministre qui estime que, du fait de l’absence de cotisants, la mise en place du Ramed devrait être reconsidérée. «Car il faut assurer la pérennité du système. Ce qui me semble quelque peu difficile en raison de l’insuffisance des moyens de l’Etat», précise-t-il.
Bref, il est clair que le Ramed est aujourd’hui au centre de débats entre des conseillers «politiques» et «techniciens». Mais, une chose est sûre, adopté ou pas, il n’est pas encore près de voir le jour.