Le président du CRT de Paris juge le produit Maroc

La sécurité, l’accueil et la culture jugés comme de sérieux atouts pour le Maroc.

C’est au siège du Comité régional du tourisme de Paris-Ile de France, situé sur les Champs Elysées, que nous avons rencontré Jean-Luc Michaud, président du CRT de Paris. Homme à plusieurs casquettes dont la maîtrise du secteur touristique n’est plus à prouver, il est aussi auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet. Dans cette interview, il porte un regard éclairé sur l’évolution du secteur au Maroc.

La Vie éco : On parle d’un net repli des arrivées touristiques en France. Les raisons de ce recul ?

Jean-Luc Michaud : Cette année aura été extrêmement contrastée avec des évènements qui ont perturbé toute l’activité touristique. Il y a eu la guerre en Irak, le Sras… Mais aussi les difficultés de l’économie mondiale. Sans compter le renforcement de l’euro face à la livre, au yen et au dollar. Tout cela a créé une situation dans laquelle les déplacements internationaux des clients les moins fortunés ont chuté. Si les Italiens et les ressortissants du Benelux ont été très présents en France cet été, les Allemands, eux, compte tenu de la récession économique ont, déserté la destination.
En dépit du 16 mai, le Maroc n’a pas connu de baisse significative des arrivées de touristes français. Comment expliquer cela ?
Il y a un sentiment de proximité des Français vis-à-vis du Maroc. Proximité géographique mais aussi et surtout culturelle et amicale. Il est évident que le Maroc a un avenir touristique pour les Français qui est favorable. Le Français s’y sent en sécurité quelle que soit la menace terroriste qui existe partout d’ailleurs dans le monde. Cela n’entrave ni leur volonté de partir, ni leur durée de séjour.
Il n’empêche que les attentats de Casablanca ont eu pour effet une baisse prononcée des arrivées des autres touristes. Quelle stratégie adopter dans ces cas-là ?
Le Maroc a une tradition qui est très éloignée de l’islamisme. Il n’est pas perçu en France comme un pays qui court un fort risque d’intégrisme. Mais cette perception n’est pas aussi évidente pour d’autres pays européens qui ne connaissent pas aussi bien le vôtre. Il faut souligner pour eux que le Maroc est éloigné de l’intégrisme. Il a su marquer sa différence par rapport à d’autres pays arabes, mais il faut asseoir encore plus le facteur de sécurisation. Votre pays a beaucoup d’arguments à faire valoir. Il doit mettre en avant toute sa stratégie à long terme et non pas donner, juste donner, une réponse à un événement ponctuel. D’autant plus que la médiatisation des attentats de Casablanca a été beaucoup moins importante que celle d’autres attentats comme ceux de Bali. La sécurité, l’accueil et votre culture authentique sont vos atouts et doivent être mis en valeur dans les campagnes de promotion.
En matière de Centres régionaux du tourisme, la France a une expérience que nous n’avons pas encore. Comment rendre ces structures efficaces?
Il faut donner une marge de manœuvre aux initiatives régionales d’autant plus qu’elles sont menées conjointement par les partenaires publics et privés. Pour autant, il faut coordonner les efforts. Il faut libérer les énergies locales, il faut des partenariats réussis entre des parties publiques et privées et en même temps inscrire ces actions dans une démarche lisible soutenue au niveau national. La promotion à l’étranger, par exemple, ne peut se faire que sur la base d’une image cohérente au niveau national, ensuite seulement on peut décliner cette promotion en fonction des produits. Les CRT doivent être des lieux de partenariat actif avec une complémentarité entre les régions. Les CRT ne doivent pas être tentés de faire les mêmes produits, ni de se faire compétition. Il faut mettre en valeur les différences.
Le Maroc entend, d’ici à 2010, accueillir 10 millions de touristes avec la création de 80 000 lits supplémentaires. Pensez-vous que c’est réalisable ?
Sans être un spécialiste du Maroc, je pense que vous avez les capacités et les ressources pour un tourisme quantitativement plus important. La question serait plutôt la place et le rythme de ce développement dans le pays. Je pense qu’il faut éviter de tomber dans ce qu’on appelle une mono activité touristique. Le développement du tourisme doit accompagner les autres secteurs. Le tourisme ne doit pas devenir un facteur de perturbation démographique ou culturelle. Les plans de développement doivent tenir compte de ces paramètres, les populations être associées, les entreprises tenir compte de leur environnement… Il faut être attentif aux retombées humaines et économiques et intégrer les projets dans les sites, les paysages et le patrimoine culturel. Le défi du Maroc est donc de réussir sa vision non de manière quantitative mais qualitative
Propos recueillis par