Le ministère de l’agriculture rationalise l’eau d’irrigation pour préserver les stocks de sécurité

Les réserves des barrages sont de 11,15 milliards de m3 contre 9,95 milliards à  fin septembre 2010. Malgré des besoins estimés en moyenne à  5,15 milliards de mètres cubes, seuls 4 milliards de m3 seront octroyés.

L e Maroc n’aura pas de problème d’eau, cette année aussi. C’est en tout cas ce que montrent les chiffres à fin mai : les réserves des barrages sont de l’ordre de 11,15 milliards de m3, alors qu’on n’en était qu’à 9,95 milliards de m3 en septembre 2010.
Pourra-t-on répondre (pour l’irrigation s’entend) à toute la demande, sachant que les agriculteurs, tout comme les gestionnaires de l’eau dans les différents bassins, se plaignent très souvent de l’insatisfaction des besoins exprimés ? De l’avis du ministère de l’agriculture, il faut 5,15 milliards de m3 pour une année d’irrigation normale, alors qu’une bonne gestion de l’eau ne permettra guère d’offrir plus de 4,03 milliards de m3.
Pourquoi ? M’Hamed Belghiti, directeur de la division du génie rural en charge de la question, évoque plusieurs contraintes. D’abord, il y a les réserves de sécurité en matière d’eau potable qui sont de l’ordre de 2 milliards de m3 (l’équivalent de deux années de consommation pour l’ensemble du pays). Ensuite, les deux barrages dont la capacité dépasse le milliard de m3, Al Wahda et Moulay Driss 1er, sont conçus pour lutter contre les crues. De ce fait, on doit les vider de manière à ce qu’ils soient en mesure d’éviter des inondations possibles durant la campagne qui suit. Aujourd’hui, ils sont respectivement à 3,7 milliards de m3 et 1,1 milliard. Ce qui fera que leurs bassins seront naturellement privilégiés par rapport au reste.

Trois milliards de m3 puisés directement par les habitants en amont des barrages

M’Hamed Belghiti soulève en troisième lieu la question de l’évaporation. Bien entendu, expliquent les ingénieurs de la division en charge de la gestion de l’eau des barrages destinés à l’irrigation, ce qu’on appelle l’évapo-transpiration est un phénomène fondamental et naturel sans lequel il n’y aurait tout simplement pas de pluies. En effet, pour donner un ordre de grandeur, sur les 128 milliards m3 de pluie que reçoit le Maroc par an, 80 % s’évaporent. Et dans ce qui reste, le pays dispose d’infrastructures pouvant emmagasiner un peu plus de 17 milliards de m3. Le reste finit dans les nappe phréatiques ou en mer.
Mais, pour le reste, M’hamed Belghiti explique que dans toutes les prévisions, il y a des éléments qui ne sont pas directement pris en considération, bien que le ministère en ait une quantification exacte. Le plus important est qu’en dehors des quantités affectées à l’irrigation «à domicile», une quantité estimée à 3 milliards de m3 est puisée directement par les habitants à l’amont des barrages et des ouvrages d’art. C’est un droit régi par les us et coutumes et prévu par la réglementation.