Le Maroc s’engage dans la voie des systèmes alimentaires durables

• Quatre thématiques ont été discutées lors du dialogue national.
• Plusieurs axes d’amélioration ont été proposés pour réduire les pertes et gaspillages des produits et pour assurer la gestion des déchets.
• Une feuille de route sera établie en préparation du sommet mondial des systèmes alimentaires.

La pandémie a révélé de multiples vulnérabilités et fragilités dans les systèmes alimentaires mondiaux. Une transformation profonde de ces systèmes est nécessaire et devrait permettre d’avancer vers la réalisation de chacun des 17 objectifs de développement durable. C’est dans cette perspective que s’inscrit le sommet mondial sur les systèmes alimentaires convoqué par le Secrétaire général des Nations Unies en septembre 2021. Ce sommet fixe 5 objectifs : garantir un accès à une alimentation sûre et nutritive pour tous, passer à des modes de consommation durable, stimuler une production respectueuse de l’environnement, promouvoir des moyens de subsistance équitables et renforcer la résilience face aux vulnérabilités aux chocs et au stress.
En préparation de ce sommet, un dialogue national a été organisé, regroupant toutes les parties prenantes de la question. Dans ce cadre, le Maroc a opté pour des sujets, de nature à accélérer l’évolution vers des systèmes alimentaires durables. Ils concernent essentiellement l’adaptation et la résilience des systèmes de production, l’autonomisation économique des femmes, la sécurité alimentaire et nutrition et pertes, gaspillage et gestion des déchets alimentaires et organiques. L’objectif étant d’identifier les intentions d’amélioration, les actions jugées nécessaires et urgentes pour chaque intention, les acteurs impliqués et les moyens de soutien, ainsi que les défis pouvant être anticipés au fur et à mesure que les actions seront mises en œuvre.
La question de la perte, du gaspillage et de la gestion des déchets alimentaires est importante au Maroc, puisqu’il n’existe pas encore de stratégie claire, encore moins d’études avec des statistiques précises sur l’ampleur du phénomène. Cela dit, on sait que la production annuelle totale des déchets atteint 26,8 millions de tonnes (MT), hors déchets agricoles. Les déchets industriels y participent à hauteur de 5,4 MT, ceux ménagers pour 7,4 MT et les déchets de construction et de démolition 14 MT. Il faut savoir aussi que les déchets ménagers et assimilés sont estimés à concurrence de 220 kg/an/hab. En vue de gérer des déchets alimentaires et organiques, le Maroc a affiché plusieurs avancées dont la réhabilitation de 24 décharges sauvages sur un total escompté de 74, l’élaboration de 67 plans directeurs provinciaux (17 seulement ont vu le jour), 2 expériences de conversion énergétique du biogaz à Oujda et Fès et une expérience de tri à la décharge d’Oum-Azza à Rabat. De plus, le taux de collecte professionnalisé est passé de 46% avant 2008 à 86% en 2019 et le taux d’enfouissement dans les décharges contrôlées culmine à 53% contre 11% à la même période.
Cela dit, plusieurs contraintes sont relevées qu’il faudrait absolument pallier (voir encadré). Il est ainsi proposé de mettre en place un environnement politique, institutionnel et de gouvernance propice. En ce sens, il s’agit de repérer et recenser les déficits en matière de politique et de réglementation et d’élaborer aussi les projets législatifs correspondants, mettre en place un cadre institutionnel de gouvernance, poursuivre et concrétiser les initiatives déjà engagées en vue de l’élaboration et la mise en œuvre d’une stratégie nationale et d’un plan d’action de réduction des pertes et du gaspillage alimentaires et créer une entité institutionnelle sous forme d’agence chargée de l’élaboration et la coordination de toutes les actions.
Les intentions portent également sur le renforcement des capacités des acteurs des chaînes de valeur agroalimentaires et des déchets, tout en appuyant les initiatives publiques et privées, en concevant et en mettant en œuvre des campagnes d’informations et de sensibilisation du grand public, visant à promouvoir une culture nutritionnelle saine. Mener des campagnes de sensibilisation est tout aussi important au profit des enfants et étudiants.
La recherche étant le socle de toute intention d’amélioration, il est suggéré de mettre en place des mécanismes de collecte et de constitution de bases de données, soutenir et rehausser les investissements dans la recherche pour la mise au point de technologies adaptées aux conditions territoriales et accessibles aux producteurs et opérateurs.
Enfin, les professionnels de la question évoquent la nécessité de disposer des ressources et moyens nécessaires pour répondre aux différentes contraintes. Entre autres intentions proposées, mobiliser et accroître les investissements dans les infrastructures et les services, mobiliser les fonds pour financer les initiatives et projets réalisables, susceptibles de générer des incidences immédiates, soutenir l’infrastructure de récupération des déchets et soutenir les organisations professionnelles œuvrant dans ce domaine, et ce, dans le but de multiplier les initiatives de récupération d’aliments et de recyclage des déchets. Sur la base de ces intentions et de celles liées aux 4 autres thématiques traitées, le Maroc adoptera une feuille de route, pour une accélération vers des systèmes alimentaires durables.


Plusieurs obstacles devraient être dépassés

La gestion des déchets organiques et alimentaires fait face à plusieurs contraintes. Parmi elles, le retard de réalisation des décharges contrôlées en raison de l’indisponibilité du foncier, le retard dans la réhabilitation des décharges non contrôlées, ainsi que le retard dans la réalisation des plans directeurs. L’insuffisance des ressources financières de certaines communes reste également un obstacle, de même que le coût élevé de la valorisation qui pose un problème de tri, cela sachant que le taux de tri des matières recyclables varie entre 6 et 8%, alors que l’objectif à terme de 2022 est fixé à 22%.
A côté, un problème de taille existe au niveau du contrôle et de suivi des contrats de gestion déléguée. Par ailleurs, les décharges pâtissent d’un remplissage rapide et, en face, les communes refusent d’en installer de nouvelles au niveau de leurs territoires.