Le Maroc et l’Union européenne signent un accord sur la libéralisation des échanges agricoles

Cet accord concerne aussi les produits agro-industriels et la pêche.
Le Maroc aura jusqu’à  10 ans pour mettre à  niveau certaines filières.
Les deux parties se retrouveront dans trois ans pour améliorer l’accord.

Entamées le 22 février 2006 et après une dizaine de rounds, les négociations marathoniennes sur la libéralisation des échanges agricoles, agro-industriels et de la pêche entre le Maroc et l’Union européenne ont été clôturées, lundi 14 décembre, à Bruxelles, par la signature d’un accord dont les grandes lignes ont été présentées par Aziz Akhannouch, ministre de l’agriculture et de la pêche maritime, lors d’un point de presse, jeudi 17 décembre. Les officiels européens, qui souhaitaient une finalisation de ces négociations avant la fin de l’année pour que les deux parties puissent s’attaquer de manière effective aux discussions sur les services, ont ainsi atteint cet objectif. De sources officieuses, on indique toutefois que rien n’a été précipité et que les deux parties se satisfont du contenu de l’accord, étant entendu qu’il est en phase avec la feuille de route qui prévoyait un meilleur accès aux marchés européens des produits marocains, la mise à l’écart de produits sensibles et l’accompagnement du Maroc par l’UE, en particulier dans le domaine agricole.

La tomate marocaine toujours soumise à restriction mais augmentation des quotas
Dans les faits, les deux tiers des importations marocaines de produits agricoles en provenance de l’UE seront libéralisés au bout de dix ans. On prend ici en considération la part des importations en valeur, à l’exclusion des produits soumis à restriction spéciale, par rapport au total des importations en valeur. Le même dispositif vaut pour l’agro-industrie et les produits de pêche à hauteur de 92% et 90%. Selon le calendrier arrêté, le Maroc devra libéraliser immédiatement un certain nombre de produits à l’instar des intrants pour l’agriculture et l’agro-industrie. On invoque les animaux vivants reproducteurs, ainsi que les semences.
Par la suite, l’ouverture concernera progressivement les produits pour lesquels le Royaume dispose d’un avantage comparatif avéré et les produits nécessitant une longue période de transition comme les produits laitiers, les œufs, certaines légumineuses et les produits de la biscuiterie, chocolaterie et confiserie. D’autres produits ne seront pas libéralisés, faisant partie d’une liste dite «sociale». Figurent sur cette liste, notamment, la filière pomme, l’huile d’olive, les blés, le lait UHT et les viandes rouges et blanches.
Du coté européen, l’élargissement est naturellement plus significatif. Un observateur très au fait des relations euro-méditerranéennes indique cependant que les négociateurs ont émis des restrictions, entre autres, pour la tomate, la fraise et la clémentine, comme l’on s’y attendait d’ailleurs, particulièrement en raison des craintes de l’Espagne. Toutefois, le Maroc a obtenu une augmentation significative des quotas. Il reste que certains produits libres, c’est-à-dire épargnés par les barrières tarifaires et quantitatives, sont soumis à quelques limitations qui se traduisent, par exemple, par un maintien d’un prix d’entrée conventionnel. Il en est ainsi de l’orange et de l’artichaut.
Par contre, il n’y a aucune entrave pour les produits marocains de la pêche maritime à leur entrée dans les pays de l’UE, alors que le Maroc ouvrira progressivement ce secteur en trois temps sur une période de 10 ans. Les derniers à devoir affronter la concurrence européenne sont les conserves et autres farines de poisson.

Maroc vert et Halieutis pour préparer agriculture et pêche à l’ouverture
Pour éviter tout litige, les deux parties ont convenu de quelques mécanismes de surveillance et d’un cadre de concertation. Dans cet esprit, elles devraient se retrouver dans trois ans autour d’une table pour améliorer le contenu de l’accord. Commentant les avancées dont il avait pris connaissance lors des négociations, un économiste souligne que le Maroc devrait tirer profit de l’accord, même s’il ne se fait pas d’illusion sur les rapports de force en termes de compétitivité.
A l’en croire, le fait d’avoir obtenu une longue période de transition pour la libéralisation de certains produits est très utile. Mais encore faut-il que les différents acteurs ne perdent pas de temps. En principe, le Plan Maroc vert qui cristallise toutes les attentions devra profiter du nouvel accord pour, in fine, tirer vers le haut le secteur agricole. Tout comme le Plan Halieutis pour la pêche.
Les jeux sont donc faits. Reste maintenant les services qui, on l’espère, seront traités dans le même état d’esprit. Il faut dire que la particularité de ces négociations, dont les résultats complètent et précisent l’accord d’association de 1996, est qu’elles se sont déroulées sans tensions visibles de la part des opérateurs marocains mais avec une tension injustifiée du côté des opérateurs espagnols et français. Une position injustifiée vu l’enjeu que représente la variation du volume à exporter pour le Maroc qui réfléchit de manière plus globale dans un souci de diversification de ses débouchés, notamment hors UE. En fait, derrière la grogne des opérateurs européens précités, l’enjeu est de décrocher davantage de subventions…