Le Maroc enregistre son plus faible taux de croissance depuis 2000 !

Le PIB n’a progressé que de 2,2% en 2014. Pour le troisième trimestre, le taux a été révisé à  la baisse suite aux corrections apportées à  la production des industries extractives. Au quatrième trimestre, la croissance attendue n’a pas été au rendez-vous en raison du ralentissement du BTP et des industries de transformation, notamment.

Il faut remonter aux années 1999 (0,5%) et 2000 (1,6%) pour trouver un niveau de croissance plus faible que celui réalisé en 2014. Après avoir révisé à la baisse, la semaine dernière, le taux de progression du PIB pour le troisième trimestre, le Haut Commissariat au Plan (HCP) vient d’annoncer celui du 4e trimestre et, par la même occasion, le PIB pour l’ensemble de l’exercice 2014. Ce sera finalement 2,2% de croissance et non plus 2,5%, comme estimé en juin dernier par le HCP lors de la présentation de son Budget économique exploratoire 2015. Une perte de 0,3 point, ça a l’air de rien en proportion, et en effet cela ne va pas bouleverser les grandeurs qui se rapportent au PIB, comme le déficit budgétaire par exemple. La raison en est que le PIB marocain est encore relativement modeste, puisqu’il n’a même pas atteint, au terme de 2014 et selon les statistiques disponibles, 900 milliards en dirhams courants. Il reste que, en valeur absolue, ce 0,3 point manquant représente tout de même quelque 2,5 milliards de DH.
Ce résultat des comptes nationaux, d’une certaine manière, était prévisible dès lors que la croissance du troisième trimestre a été, après révision, amputée de 0,5 point, à 2,4%. Le HCP expliquait ce changement par les corrections, «apportées tardivement», précisait-il, au volume de la production minière par les sources statistiques officielles du secteur des industries d’extraction. C’est ainsi que la valeur ajoutée de ce secteur se serait accrue non pas de 20,6%, comme annoncé auparavant, mais de 6,5%.

Le PIB en hausse de 1,8% au 4e trimestre

Mais le ralentissement de la croissance économique en 2014 à 2,2% ne résulte pas seulement de la révision à la baisse du PIB du troisième trimestre, mais aussi de celui du quatrième. Le HCP lui-même, dans sa note de conjoncture du 25 janvier 2015, estimait à 2,7% la hausse de l’activité pour le dernier trimestre de l’exercice 2014. La banque centrale, également, dans son rapport sur la politique monétaire publié à l’issue de son conseil du 24 mars 2015, prévoyait (et non pas estimait) 2,4% de croissance pour le quatrième trimestre de 2014. Or, les comptes nationaux pour ce trimestre donnent seulement une croissance de 1,8%. Par rapport au trimestre correspondant de 2013, où le PIB avait crû de 4,6%, ce résultat marque un fort ralentissement de l’activité. Ceci alors même que les activités non agricoles se sont légèrement améliorées en passant de 2% à 2,3% entre les deux périodes. Compte tenu du bon comportement, sur ce trimestre, notamment des activités de la pêche (+13,3%), des postes et télécommunications (+5,9%), des services de l’éducation et de la santé (+5,4%), la croissance hors agriculture aurait pu être beaucoup plus forte. Il se trouve que les valeurs ajoutées du BTP, de l’électricité et eau, des industries de transformation et, à un degré moindre, de transport ont fléchi ; et de manière assez prononcée pour le BTP par exemple : 0,6% au lieu de 6% un an auparavant. A tout cela, il faut ajouter que le secteur agricole, en raison d’une production céréalière moindre par rapport à celle de la campagne précédente, a enregistré une valeur ajoutée négative (-1,6% au 4e trimestre et probablement -1,7% pour l’ensemble de 2014).

Des économies sur dépenses ordinaires de 5,2 milliards de DH

Dans ces conditions, la croissance globale ne pouvait être que modeste. Toutefois, et comme évoqué plus haut, le déficit budgétaire, en proportion, ne change pas par rapport à ce qui a été annoncé. Avec un solde négatif de 42,8 milliards de DH (en tenant compte des 2,05 milliards de recettes de privatisation), le déficit s’établit à 4,8% du PIB. Mais hors privatisation, il ressort à 5% du PIB. Ce qui, malgré tout, reste conforme à la prévision des Finances annoncée dès le début de l’année 2014, à savoir 4,9%.  
Il faut dire que le gros fardeau qui pesait sur le Budget, c’est-à-dire les charges de compensation, ont reculé en 2014 de 21,5% (-9 milliards de DH) pour s’établir à 32,6 milliards, selon la Direction du Trésor et des finances extérieures (DTFE). Même si les dépenses de salaires (+2,6 milliards de DH), des intérêts de la dette (+2,3 milliards de DH) et des autres biens et services (+4,8 milliards de DH) ont enregistré des hausses, le gouvernement a malgré tout dégagé une économie sur dépenses ordinaires de 5,2 milliards de DH ; en précisant toutefois que les prévisions de ces dépenses n’ont pas été réalisées à 100% (à 97,6%). Autrement dit, l’économie sur dépenses est générée tout à la fois par le fait que, d’une part, le montant global prévu pour les dépenses ordinaires (soit 215,64 milliards de DH) n’a pas été consommé en totalité (on en a dépensé 210,44 milliards de DH), et, d’autre part, les recettes ordinaires ont augmenté de 4,6% à 215,6 milliards, dépassant même les prévisions de départ de 3,8%.