«Le Maroc a des besoins plus pointus que la plupart des pays d’Afrique»

Présente dans l’ensemble de la chaîne de valeur télécoms, Huawei Maroc souffre de la baisse des investissements dans les infrastructures n Elle compte sur la téléphonie et le marché de l’entreprise pour améliorer ses revenus. La société estime que l’Administration a besoin d’investir 30 à 50 millions de dollars dans le Cloud pour améliorer son efficacité.

Présent au Maroc depuis 1999 et implanté à travers une filiale depuis 2004, le géant chinois numéro 1 mondial de l’équipement télécoms et n°3 de la téléphonie veut améliorer ou consolider ses parts de marché dans tous les segments. Pour le DG de la filiale locale -qui couvre aussi la Mauritanie-, Thomas Xu, le Maroc demeure un pays important dans la région Afrique du Nord. Il explique pourquoi.

Quand on parle de Huawei, le grand public pense automatiquement aux appareils téléphoniques. Qu’en est-il réellement de vos activités au Maroc ?

Nous sommes présents sur l’ensemble de la chaîne de valeur télécoms, que ce soit dans les infrastructures télécoms (ou Core Network), les réseaux d’accès (Access Network) ou les réseaux de transmission (antennes, terminaux, routeurs…). Notre activité consommateur se résume aux smartphones et tablettes. L’activité entreprise est constituée, elle, de Data Centers, serveurs, routeurs… En ce qui concerne les équipements télécoms, nous travaillons avec les trois opérateurs nationaux (aux côtés d’Ericsson et Nokia) et de grandes entreprises marocaines. A titre d’exemple, nous avons un projet de signalisation des voies ferroviaires avec l’ONCF.

Comment se porte le marché ?

Grâce à son niveau de développement, le Maroc a des besoins plus pointus que la plupart des pays d’Afrique. On peut presque assimiler ces besoins à ceux d’un pays européen. En somme, il devrait accuser seulement un ou deux ans de retard de déploiement de technologie par rapport à ces nations avancées. La preuve, c’est le premier pays de la région Afrique du Nord à avoir déployé la 4G à grande échelle. Mais le problème réside dans la baisse des investissements des opérateurs (en termes d’infrastructures). Cela est dû aux prix des données (jugés bas) qui ne permettent pas de soutenir la croissance du secteur. Le Maroc ayant basé son plan tarifaire sur la voix à un moment où le monde entier se dirige vers l’ère du data, le retour sur investissement se fait attendre. Du coup, les opérateurs vont continuer à perdre de l’argent et délaisseront graduellement l’investissement.

Pourtant, c’est le contraire qu’il faut…

Effectivement, vu la tendance haussière du trafic (qui double chaque année), les opérateurs se doivent d’investir. Néanmoins, cet effort (dans l’infrastructure, l’obtention de la licence et les équipements en 3G) n’a pas été rentabilisé, alors qu’ils doivent déjà investir dans l’adaptation de leurs infrastructures à la 4G.

En quoi consistent ces investissements ?

Pour la mise à niveau de l’infrastructure 4G, Maroc Telecom, Inwi et Méditel ont opté pour le Single Radio Access Network. Ce processus permet de combiner différentes technologies dans un seul cabinet sans changer l’infrastructure. Cela dit, l’investissement demeure lourd. Pour offrir le service 4G dans tout le pays, les trois opérateurs doivent débourser en totalité quelques dizaines de milliards de DH.

Qu’en est-il de l’activité téléphonie et de la concurrence sur le marché ?

La marque de smartphones Huawei commence à se faire connaître dans le monde. Elle a entamé sa pénétration en Egypte, Algérie, Tunisie et depuis peu au Maroc où Samsung est numéro 1 avec une part de marché très significative. Malgré les mêmes spécificités et bien que notre modèle soit moins cher de 20%, les consommateurs ont opté pour la marque coréenne. Moralité, les Marocains font confiance à la marque. C’est ainsi que pour prendre des parts de marché, nous renforçons la présence physique de notre gamme dans un certain nombre de points de vente grâce aux partenaires. Dans cet esprit, nous avons lancé une vente en ligne de smartphones chez Méditel. Nos appareils sont aussi disponibles dans les magasins Virgin et Fnac. Le volet communication n’est pas en reste. Ainsi, après la signature d’un contrat de sponsoring avec la star du FC Barcelone Lionel Messi, Huawei déclinera son image à travers tous les canaux de communication utilisés dès ce mois-ci.

Dans le segment des entreprises, vous êtes présents dans le Cloud computing. Y a-t-il un engouement pour cette solution au Maroc ?

Il existe un intérêt de la part de nombre d’entreprises pour des centres de données basés sur le Cloud. Dans le monde, la tendance à cette technologie est confirmée. Et pour cause, elle permet l’amélioration de l’efficacité de l’Administration ou encore des universités… Dans le cas de l’Administration marocaine, un investissement de 30 à 50 millions de dollars est nécessaire. Certains pays africains ont franchi le pas. A moyen terme, le secteur devrait se développer au Maroc.

Justement, que pensez-vous du futur, au Maroc et dans la région ?

Dans la région Afrique du Nord, l’utilisation des données sera multipliée par 8 dans les trois prochaines années, voire plus dans d’autres contrées du continent où il y a des opportunités intéressantes pour le développement des activités mobile et infrastructures. A l’échelle nationale, notre activité est en stagnation car elle dépend beaucoup des investissements, aujourd’hui en berne. La téléphonie et l’activité entreprises peuvent combler la baisse de nos revenus.

Vous avez beaucoup évoqué les opportunités que recèle le continent. Est-ce le motif qui vous a incités à vous installer à Casa Finance City ?

En effet, Huawei a officiellement annoncé son installation à CFC en juin 2015 pour couvrir les pays de l’Afrique francophone. Notre implantation est un support pour nos activités, notamment nos projets en Afrique de l’Ouest. Elle permettra de faciliter les déplacements et procure également des avantages administratifs (notamment en termes d’obtention de visas pour nos compatriotes). Cette démarche traduit une réelle importance pour l’évolution du business dans la région.

On accuse souvent les entreprises chinoises de faire tout par eux-mêmes. Huawei au Maroc emploie 400 personnes. Quelle est la proportion des expatriés dans cet effectif ?

Au total, une centaine d’expatriés chinois évoluent au Maroc. Ce taux est en ligne avec les standards mondiaux de l’entreprise. A l’international, la présence du staff local représente 70%, alors que celle des expatriés est de 30%. Dans certains pays, le DG de Huawei est issu du staff local.