Le marché du poids lourd s’enfonce dans la crise

A fin avril, les bus et autocars reculent de 30%, les camions de 9,4%. Les tracteurs routiers et les camions 32 tonnes se maintiennent. Le tassement est expliqué notamment par le manque de visibilité des clients, la difficulté d’accès au crédit et la concurrence du marché de l’occasion.

L

es opérateurs du poids lourd broient du noir. Le secteur s’enfonce dans la crise qui a commencé il y a plus de cinq ans. Depuis le début de l’année, les ventes se font aux compte-gouttes. Pire, des segments entiers n’ont enregistré aucune transaction depuis décembre 2014.

D’après les chiffres du Groupement professionnel du poids lourd et de la carrosserie (GPLC), l’activité sur le segment des bus et autocars a fondu de 30% à fin avril. Pas plus de 190 véhicules ont été commercialisés contre 268 il y a un an. Dans le détail, les bus ont totalisé 67 unités vendues, les véhicules pour transport de personnel en ont enregistré 95, les autocars de plus de 40 places 28 ventes, tandis que les bus de tourisme et les autocars de moins de 40 places n’ont enregistré aucune vente.

Moins touchés, les camions et véhicules industriels limitent leur baisse à 9,4% grâce à quelque 1 193 unités vendues contre 1 317 à fin avril 2014. D’ailleurs, sur ce segment, quelques opérateurs parlent de prémices de relance depuis mars dernier notamment grâce à un léger redressement de l’activité minière et infrastructures et un frémissement du transport international routier (TIR). Ce sont justement les véhicules utilisés dans ces activités (camions 32 tonnes et tracteurs routiers) qui voient leurs ventes s’améliorer respectivement de 108% et 26% à fin avril. D’après le GPLC, en dehors des facteurs conjoncturels, le marché connaît un glissement vers le tracteur routier qui offre des conditions de charge utile favorables à la réduction du coût de la tonne kilométrique, facteur clé pour la compétitivité des transporteurs. Et les opérateurs s’attendent à ce que ce segment continue de creuser l’écart par rapport aux autres, en raison, outre le respect de la réglementation pour ce qui est de la charge, de l’amélioration des conditions de roulage par voie d’autoroute qui réduit la consommation de carburant du fait de la stabilisation de la vitesse.

Pour expliquer le tassement global des ventes, les opérateurs évoquent en premier lieu la concurrence déloyale qui sévit dans le secteur du transport, leur principal client. Selon eux, il existe des acteurs structurés avec des flottes organisées, qui s’acquittent de leurs impôts et charges sociales mais qui se trouvent sérieusement mis à mal par des transporteurs qui font de la surcharge, qui ne paient pas d’impôts et qui tirent les prix et la qualité vers le bas. Ce sont ces mêmes sociétés qui exploitent des véhicules vieux et délabrés. De plus, la majorité des transporteurs souffre de l’augmentation soutenue des prix des pièces, des pneumatiques et du carburant. «Tout ceci fait en sorte que les charges ne cessent de croître alors que les revenus sont laminés. D’où une situation structurellement déficitaire pour une bonne partie du secteur du transport», explique un membre du GPLC. Dans cette configuration, les entreprises ne veulent plus prendre le risque d’investir dans le renouvellement et l’extension des flottes. «Seuls les acteurs qui ont des marchés bien identifiés achètent des poids lourds pour les besoins découlant de cette activité», nuance un carrossier. 

Le manque à gagner pour l’Etat est important

Les retards de paiement que subissent les entreprises dans différents secteurs sont également pointés du doigt par l’ensemble des opérateurs. Ils créent un effet boule de neige qui est très nocif pour toute la sphère économique. En effet, les opérateurs qui doivent attendre plus d’un an pour se faire payer font à leur tour attendre leurs fournisseurs. A cause de trésoreries asphyxiées, plusieurs cas de défaillance sont répertoriés chaque mois. De plus, étant prises dans cet engrenage, les entreprises n’arrivent plus à honorer les échéances dues aux banques dont le coût du risque augmente. Par conséquent, ces dernières deviennent naturellement de plus en plus rigides dans l’octroi des crédits. A ce titre, opérateurs et banquiers s’accordent à dire qu’il est très difficile aujourd’hui de financer son parc à crédit et que plusieurs bonnes signatures de la place n’arrivent plus à s’entendre avec leurs banquiers. «Les financements sont accordés au compte-gouttes, avec des garanties rédhibitoires, et la banque s’arrange dans la majorité des cas pour financer seulement une partie de l’enveloppe sollicitée», rapporte un opérateur. Hormis ces facteurs liés à la demande, les ventes de l’occasion continuent de limiter l’activité des concessionnaires. D’après le GPLC, le manque à gagner du secteur est équivalent aux ventes du marché du neuf. «L’Etat accuse aussi un manque à gagner puisque le noir règne en maître sur les transactions d’occasion et les acomptes versés pour l’achat du véhicule sont généralement effectués en devises», note le membre du GPLC. Ce dernier met également en garde contre  les risques sécuritaires et environnementaux que représente le parc d’occasion.