Le marché du béton prêt à  l’emploi à  la peine

Les ventes en baisse à  deux chiffres sur le premier semestre après un recul de 3% enregistrée en 2013. La moitié du marché est détenue par les cimentiers, le reste est aux mains de bétonniers indépendants dont la majorité exerce dans l’informel.

Le marché du béton prêt à l’emploi (BPE) ne se porte pas au mieux. Les ventes, qui seront communiquées par les cimentiers à l’occasion des résultats semestriels 2014, devraient en apporter la preuve, selon les anticipations des professionnels. D’ores et déjà, Ciments du Maroc, leader sur le segment, annonce une baisse de 27% de ses quantités commercialisées sur la première moitié de l’année. Mais les ventes des cimentiers ne renseignent pas sur l’ensemble du marché dans la mesure où ils n’en contrôlent que 50%. Le reste est aux mains de bétonniers indépendants, dont une majorité exerce dans l’informel, selon les professionnels. Tous les opérateurs s’accordent néanmoins à dire que les ventes globales de BPE sont actuellement sur une pente descendante dans la lignée de la baisse de 3% enregistrée en 2013 ; le marché étant évalué à cette dernière date à 5,2 millions de m3.

Dans ce contexte, les cimentiers sont les plus pénalisés. Jusqu’en 2011 encore, leurs ventes de BPE augmentaient à deux chiffres, soutenus par des écoulements de ciment en aussi bonne santé. Mais le vent a tourné du fait de la limitation de la charge utile induite par le nouveau code de la route. Cela a en effet augmenté les charges de transport des cimentiers qui en plus ont fait les frais d’une concurrence déloyale de la part des opérateurs informels qui ne respectent pas la limitation de charge. Par exemple, le leader Betomar, filiale béton de Ciments du Maroc, a vu ses ventes régresser de 17% en 2011. La baisse de la demande de ciment de 1,6% est venue enfoncer le clou en 2012. Ce mouvement s’est accéléré en 2013 avec l’émergence de grands opérateurs indépendants, ce qui n’a pas arrangé les affaires des cimentiers. Il faut dire que ces derniers ont eux mêmes encouragé l’implantation de nouveaux bétonniers sur le marché en rachetant systématiquement les unités qui se créaient, justifient les spécialistes.

Pour maintenir à flot leurs activités dans le béton, les cimentiers ont dû réviser leur politique commerciale. Les prix du BPE écoulé par les industriels ont ainsi baissé de plus de 20% en 2012 pour se stabiliser autour de 620 DH/m3 avant de revenir à 720 DH/m3.

La reprise est attendue en 2015

Il faut préciser qu’en dépit de ce contexte globalement difficile, les cimentiers disposant de centrales à béton bien positionnées par rapport aux grands chantiers actuels ont pu profiter d’une évolution d’activité favorable. En effet, le BPE est un produit destiné à être consommé localement et il ne peut être transporté au-delà d’une distance de 70 km sans risque d’altérer ses propriétés. Betomar, par exemple, a ainsi profité d’une hausse de ses ventes de 12,5% en 2013 grâce à la fourniture du chantier d’extension du port de Jorf Lasfar. Cette dernière construction ajoutée aux usines de l’OCP à Jorf Lasfar, aux infrastructures de base à Casablanca, à l’autoroute Berrechid-Béni-Mellal ou encore aux pôles urbains sont autant de chantiers qui devraient alimenter la consommation de BPE sur les prochaines années. Les cimentiers anticipent même une nette reprise de la consommation courant 2015. Et pour reprendre le dessus sur les bétonniers indépendants et les opérateurs informels, ils sont en phase d’absorber leurs filiales dans le béton, ce qui leur permettra de faire l’économie de la taxe spéciale sur le ciment utilisé comme intrant pour la fabrication du BPE (www.lavieeco.com).
Ces appétits qui grandissent autour du BPE devraient contribuer à développer ce marché qui conserve une grande marge de croissance au Maroc. En effet, le BPE absorbe aujourd’hui près de 11,5% du ciment fabriqué au niveau national (taux de pénétration). Cette part est en progression certaine, puisqu’elle était de 2 à 3% en 1992. Mais en comparaison avec des marchés plus avancés, le Maroc a encore beaucoup de chemin à faire. En France, ce taux est de 40% tandis qu’aux Etats-Unis, au Japon et au Canada, on en est à plus de 60%.